En Vendée, la maison de rêve de Marine cachait des champignons xylophages

Par

Stéphanie Hourdeau

Publié le

24 mai 2024 à 16h00

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Depuis un an, la vie de Marine Grosjeanjeune laborantin de 30 ans, Balancement. Son rêve de devenir propriétaire transformé en cauchemar.

Nous sommes début 2023, la jeune femme, qui habite à Poitiers, souhaite acheter une maison en Vendée. « J’avais envie d’être plus proche de mon travail à La Roche-sur-Yon et de mes parents qui habitent Mouchamps, explique Marine.

Sur LeBoncoin, une maison située Moutiers-les-Mauxfaits lui donne l’oeil.

La vidéo réalisée par l’agent immobilier dévoile une charmante maison de 63 m²2, lumineux, avec une cuisine équipée, un petit séjour surélevé et une mezzanine. Marine vient lui rendre visite le 19 janvier. « Meublée, murs blancs, comme dans la vidéo », la jeune femme est charmée. « L’agent m’a alors expliqué qu’il fallait changer les sols de la chambre et du séjour et m’a présenté un devis d’artisan établi sur plan qui s’élevait à 6 000 €. Marine en profite pour négocier et fait une offre d’achat qui est acceptée à 124 000 €.

Du rêve au cauchemar

Jean-Claude se balance sur la seule poutre encore viable de la pièce pour montrer l’étendue des dégâts. ©Stéphanie HOURDEAU

Le compromis est signé le 25 janvier. Marine vend son appartement à Poitiers.

Le 31 mars, l’acte est réalisé chez le notaire avec remise des clés.

Le rêve vendéen de Marine peut alors commencer. Sans perdre de temps, le lendemain, le 1ereuh En avril, elle fait appel à l’artisan pour commencer les travaux du parquet. Une visite qui va immédiatement briser son rêve. Et plongez Marine dans un dépression sévère. « En soulevant le lino, l’artisan a découvert des poutres rongées et a constaté l’étendue des dégâts. Il ne cessait de répéter que cela ne correspondait pas du tout à son devis qu’il avait établi sur plan et m’a fait comprendre qu’il y avait un gros problème », se souvient Marine.

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Le lendemain, Marine ramène l’ancien propriétaire. « Elle était pleine d’excuses, m’a dit qu’elle avait honte d’avoir vendu ça ! » Mais n’a pas non plus proposé de solution.

Un champignon aussi envahissant que la pourriture sèche

Le polypore tisse sa toile et infeste rapidement toute une construction. ©Stéphanie HOURDEAU

Quelques jours plus tard, l’agence immobilière, informée, charge un laboratoire de réaliser des prélèvements, « le même qui avait certifié la maison conforme à la vente », précise Jean-Claude, le père de Marine. Mais les échantillons arrivent tardivement au laboratoire. « L’un des échantillons n’était plus utilisable. J’ai alors décidé de retourner à la maison pour prélever moi-même des échantillons. Je suis laborantin, je sais comment les faire. Elle les envoie aussitôt au laboratoire qui, une semaine plus tard, annonce le coup de grâce : la maison est infesté par deux champignons xylophagesy compris polypore” UN champignon nécessitant le même traitement que la pourriture sèche ». Un maître d’œuvre estime alors la restauration de la maison à plus de 100 000 €.

“Annihilation.” En apprenant cette nouvelle, Marine s’effondre.

Je venais de réaliser que j’avais acheté une maison inhabitable, avec un crédit sur le dos et des mensualités de 600 € par mois pendant des années pour rien !

Marine Grosjean

Une maison inhabitable et dangereuse

La maison est rongée par un champignon qui ronge le bois, comme les termites. ©Stéphanie HOURDEAU

« Financièrement et psychologiquement, c’est très compliqué », dit-elle, les larmes aux yeux.

Soutenue par ses parents, son compagnon, Marine ne lâche rien. Elle s’est constituée partie civile contre les deux anciens propriétaires, dans l’espoir d’obtenir l’annulation de la vente. « Elle a un dossier épais et complet », assure son papa. Ce que dit son avocat, M.e Stéphanie Guédo. «C’est un dossier très bien étayé», estime-t-elle.

Marine a commencé par faire appel à un expert en immobilier faire évaluer l’état de la maison. Ce dernier a rapidement identifié conditions insalubres de la maison. « Il constate un effondrement du plancher dû aux poutres de soutènement rongées par des champignons et énumère de nombreux autres défauts comme une fenêtre de toit non conforme créant des infiltrations, pas de support IPN pour la mezzanine, une toiture mal conçue… Son le rapport conclut quec’est inhabitable et dangereux», indique Marine.

La jeune femme s’est également rapprochée de l’association d’aide aux victimes de la pourriture sèche et des champignons lignivores, créée par Frédéric Fauchard, un Vendéen lui-même victime de ces champignons. « Un soutien précieux qui me donne du courage. Avec l’association, je me sens soutenue et moins seule », confie Marine.

Depuis, un expertise judiciaire a été effectuée. Réalisée en décembre dernier, elle a délivré une note d’information aux parties dans laquelle les mêmes troubles ont été constatés, à savoir un parquet en mauvais étatde la solives rongées et soutenu par des montants de fortune récupérés dans une vieille cheminée, champignonsde la défauts d’étanchéité impliquant infiltrationset les défauts rendant le la maison n’est pas conforme aux règles de constructioncertains dangereux comme les installations électriques avec des câbles nus non protégés et à proximité de zones infiltrantes.

Une poutre qui soutenait le plancher, complètement rongée. ©Stéphanie HOURDEAU

Un dossier solide, mais une procédure longue

Marine doit attendre les conclusions de l’expertise judiciaire. “Mais avant de rendre ses conclusions définitives, l’expert judiciaire doit avoir convoqué et entendu toutes les personnes liées directement ou indirectement à cette affaire”, explique M.e Stéphanie Guédo. Ce n’est qu’une fois ces conclusions rendues qu’une procédure au fond pourra alors être engagée en vue d’un jugement. Codes de procédure qui doit nécessairement être respecté « avec limite de temps qui sont long, compte tenu de l’état de la justice. Cela se compte en années », concède l’avocat qui se montre « confiant » en Marine. « Son dossier est solide. Le plus dur sera de tenir le coup. »

73 dossiers en cinq mois

Marine n’est pas un cas isolé. Il y a quelques années, un autre Vendéen, Frédéric Fauchard, a découvert que sa maison était infestée de pourriture sèche. « On se sent alors abandonné. C’est un sentiment que ressentent toutes les victimes. Aucun recours côté assurance et procédures complexes et longues, les personnes concernées ne trouvent aucun réconfort. »
C’est pour les aider et les conseiller que Frédéric Fauchard a décidé de créer, il y a cinq mois, l’association d’aide aux victimes de la pourriture sèche et des champignons xylophages (aavmcl 85). « Le but est aussi d’alerter l’Etat, le législateur, pour que les infestations d’habitations soient couvertes par l’assurance, au même titre que les incendies. »
L’association venait de se lancer, le fondateur ne s’attendait pas à découvrir l’ampleur du fléau. « En cinq mois, j’ai reçu 73 dossiers de toute la France, Grenoble, Avranches, Strasbourg… L’association se retrouve débordée et, faute de moyens, n’a pas de solutions pour tout le monde », regrette Frédéric qui part chercher des subventions. « Il faut aussi que des gens adhèrent, c’est 1 € par mois. » L’association lance également un appel « pour trouver un juriste ou un avocat bénévole qui serait prêt à prêter main-forte pour orienter les victimes ».
Ainsi qu’un appel à donc via la plateforme helloasso.
Contacter aavmcl85 : sur Facebook [email protected] ou 06 68 23 97 51

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