Celui qui ne guérit que si vous « avez l’air stupide »

Vétérinaire associé à la clinique du Rongeant à Joinville, Thibault Lejeune est un vétérinaire de campagne comme on en voit rarement plus. Sur le terrain, à tout moment, il se rend là où l’animal en a besoin. Concrètement, cela représente 75 000 kilomètres par an, dans un périmètre d’activité en constante expansion.

Thibault Lejeune est mi-Haut-Marnais, mi-Aubois, et est tombé dedans quand il était petit : « À l’âge de 5 ou 6 ans, j’ai attrapé le virus dans la ferme familiale. Moutons, lapins, poules, canards… J’ai décidé de devenir vétérinaire avant même de savoir ce que cela signifiait. » Après une prépa à Paris et une école à Nantes, la spécialisation se dessine, Thibault choisit la vie rurale : « J’avais entendu dire qu’il y aurait du travail après la sortie de l’école, et j’aimais le domaine. » Il obtient son premier poste en Vendée, l’année de la vache folle, réalise sa thèse en 2002, rejoint Commercy puis enfin Joinville, en 2006, où il finit comme associé.

« Je ne fais vraiment que du travail rural, pas d’interventions en clinique à quelques exceptions près. C’était important pour moi de reprendre le contrôle des soins aux équidés, de 50 vaccins on est passé à 350″, c’est fait. Son approche, des humains comme des animaux puisque les deux sont liés, l’amène à parcourir 75 000 kilomètres par an. Le vétérinaire est très demandé, d’autant plus que les néo-collègues ne se précipitent pas au portail.

« Un changement s’est amorcé il y a une quinzaine d’années. Les jeunes vétérinaires se retrouvent déconnectés une fois sur le terrain, acceptent difficilement un animal qui ne guérit pas – même le meilleur des meilleurs ne peut pas faire de miracles – ou ne supportent pas une certaine dureté dans les relations humaines. Ils veulent les 35 heures, leur confort de vie, leurs loisirs, pas de garde de nuit ni de week-end… » Pourtant, pour Thibault Lejeune, tout cela est le seul moyen de réussir dans ce métier, forcément fait de passion, quitte à rencontrer la mort parfois au hasard pendant ses 70 heures hebdomadaires. De nombreuses entreprises sont rachetées par des groupes qui ne recherchent que la rentabilité, on s’éloigne alors du sujet qui reste le dévouement et la proximité.

Des soins et beaucoup d’enseignement

De nombreuses interventions ont pu être évitées grâce à une meilleure prévention de la part des propriétaires : « J’ai dû intervenir en urgence pour un chien qui avait absorbé 800 g de chocolat, laissé à portée de main par le propriétaire. Ou alors, une éleveuse avait des problèmes avec ses agneaux qui ne se développaient pas bien, la nourriture n’était tout simplement pas adaptée à leurs petites bouches. » Thibault prend donc le temps d’éduquer et de conseiller. Si l’éleveur ou le propriétaire « pratique » bien, l’animal s’en sortira bien et le cercle vertueux avancera.

Sang prélevé sur un jeune veau, potentiellement problématique car né avec un jumeau fraternel

En cet après-midi de mai, pas moins de cinq visites de chantier, 200 km et pas un verre d’eau. « Notre métier est unique, nous soignons le vivant avant la conception, puis l’obstétrique, l’accouchement, la pédiatrie, la croissance, la vieillesse. » D’autant que pour les animaux de ferme, la réglementation est lourde. Il faut se tenir au courant des normes et gérer les éventuelles crises sanitaires, sans oublier la paperasse.

Dans l’utilitaire de Thibault, c’est l’équivalent d’une petite clinique qui sillonne les routes. En plus des médicaments, si nécessaire, il livre également des sacs de nourriture spécialement conçus par ses soins selon les besoins spécifiques de l’animal. La personne également qualifiée pour s’occuper des abeilles fournit son numéro personnel et se déplace en cas d’urgence même si elle n’est pas en service. Gardons-le, justement, le veto de nos campagnes, précieusement. Tant qu’il a des bébés.

Élise Sylvestre

  • Alizée, une jument de 25 ans, a été sauvée par le « vétérinaire » suite à une grave infection de la mâchoire, alors qu’elle était partie de rien. Visite de contrôle et examens complémentaires par analyse des fientes.
  • Ici, près de Chaumont, injection d’hormones pour un jeune Falabella, un cheval miniature, dont le testicule persiste à ne pas descendre et bloque la castration
  • En parallèle, une échographie pour savoir si Marguerite attend ou non un heureux événement.
 
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