Un Vieux-Montréal en…fleurs artificielles

La tendance européenne ravit les instagrameurs, mais soulève aussi son lot d’inquiétudes


Publié à 1h33

Mis à jour à 5h42

Proliférant depuis quelques années dans les grandes villes européennes, les fleurs artificielles gagnent le Vieux-Montréal. Cette tendance, portée par les réseaux sociaux, suscite l’inquiétude, notamment dans la capitale française, où les élus envisagent de les interdire.

Ce qu’il faut savoir

Depuis quelques années, les fleurs artificielles se multiplient dans les restaurants, cafés, salons de coiffure et fleuristes des grandes villes européennes.

Face à la multiplication des décors floraux sur les façades, la Mairie de Paris souhaite encadrer cette pratique, critiquée pour son impact environnemental.

Avec l’arrivée du printemps, cette tendance se transporte dans le Vieux-Montréal, où des compositions de fleurs artificielles font leur apparition à l’extérieur de plusieurs commerces.

Sur la rue Saint-Paul, au cœur du Vieux-Montréal, les arches fleuries qui ornent une douzaine de commerces attirent les visiteurs qui s’y arrêtent pour prendre la pose. Plusieurs de ces photos se retrouveront sur Instagram, pour le plus grand plaisir des commerçants qui ont investi plusieurs centaines, voire quelques milliers de dollars, pour égayer la devanture de leur café, restaurant ou magasin.

«Le nombre de personnes qui viennent se faire prendre en photo devant ma porte est assez intense», constate Ann-Marie Hamel, propriétaire de la Maison Margan, une boutique de produits pour le corps et la maison, située sur la Place Royale.

Il y a des photographes, des mariés qui prennent leurs photos ici. Cela suscite un grand intérêt.

Ann-Marie Hamel, propriétaire de la Maison Margan

Comme rappelé Le gardien dans un article publié en 2021, les fleurs artificielles ne font plus l’objet de mépris. D’abord adoptées par les restaurants branchés de Londres, qui ont fait du mur de fleurs et de faux feuillages une toile de fond populaire pour les autoportraits, ces décorations se sont répandues dans les entreprises du Royaume-Uni et dans plusieurs grandes villes européennes, suscitant des critiques sur leur impact environnemental. Car si certaines fleurs sont en soie, comme celles choisies par la Maison Margan, la majorité sont en plastique.

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PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, -

Pangea, rue Saint-Paul Est, a également opté pour des fleurs artificielles.

A Marseille, l’installation de fleurs artificielles dans de vrais arbres a récemment suscité l’indignation de l’association Clean my Calanques en raison du risque qu’elles finissent en mer.

Trouver des alternatives

En février dernier, face à la multiplication des façades ornées de fausses fleurs – l’Atelier parisien d’urbanisme en dénombrait 325 en avril 2023 – le Conseil de Paris a adopté un vœu demandant l’élaboration d’une charte sur ces aménagements. “L’idée n’est pas d’interdire ces décorations aux commerçants, mais plutôt de trouver des alternatives”, précise-t-il. Figaro Conseiller Boris Jamet-Fournier. Pour justifier cette mesure, il invoque des raisons de sécurité incendie et d’hygiène et un souci écologique, la Ville de Paris s’étant engagée dans une démarche zéro plastique.

Face à une tendance qui, à Montréal, n’en est qu’à ses balbutiements, la Ville affirme ne pas avoir encore pris position sur cette question. «Nous sommes cependant conscients des préoccupations environnementales que soulève cette pratique, notamment en ce qui concerne les déchets plastiques», a indiqué par courriel Béatrice Saulnier-Yelle, attachée de presse à la mairie.

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PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, -

Des fleurs artificielles ornent la terrasse du Vieux-Port Steakhouse, dans le Vieux-Montréal.

Quant aux risques d’incendie soulevés à Paris, le Service d’incendie de Montréal indique que même si les fleurs artificielles sont plus inflammables, elles ne sont pas considérées comme un risque d’incendie en tant que tel.

Dans l’arrondissement Ville-Marie, le règlement d’urbanisme n’interdit pas spécifiquement l’installation de fleurs artificielles sur les façades. Mais si une plainte était déposée à ce sujet, elle serait évaluée selon les dispositions de ce règlement, précise la responsable des relations publiques à la Ville de Montréal, Camille Bégin.

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PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, -

Le Tommy Café de la rue Saint-Paul Ouest a opté pour des plantes artificielles vertes et jaunes.

“C’est sûr que la mentalité doit évoluer et il faut l’absorber, mais on est au début de tout ça [à Montréal] », fait valoir la copropriétaire du Florilège Jardinerie Urbaine, Rosanna Sanfilippo, dont l’entreprise est à l’origine de l’installation de trois compositions florales dans le Vieux-Montréal, en plus de celle qui orne la devanture de son magasin, dans le quartier Saint-Henry. « Les décors qui ont été réalisés à Paris sont énormes. Cela n’a rien à voir. »

Nous voulons ramener le tourisme, nous voulons que les gens fassent du shopping pour ne pas tuer le commerce local, je pense que toutes les stratégies sont bonnes. Ce que nous pouvons faire pour l’environnement, c’est les réutiliser jusqu’à ce qu’ils deviennent obsolètes.

Rosanna Sanfilippo, copropriétaire de Florilège Jardinerie Urbaine

La fleuriste dit espérer que ses décorations florales, stockées en hiver, pourront durer quatre ans, quitte à remplacer quelques éléments endommagés.

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PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, -

La crèmerie Saint Paul suit également la tendance de l’ornement artificiel.

«Nous voulons un Vieux-Montréal authentique»

Opter pour des fleurs naturelles pour ce type d’installation nécessiterait beaucoup plus d’entretien et coûterait plus cher aux commerçants, argumente-t-elle. Et l’effet est moins percutant.

  • >De vraies plantes se trouvent à la porte de Chez Mère Grand, rue Berri.>

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    De vraies plantes se trouvent à la porte de Chez Mère Grand, rue Berri.

  • >Idem pour le Marché Saint-Laurent, face à la Place d'Armes.>

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, -

    Idem pour le Marché Saint-Laurent, face à la Place d’Armes.

  • >La première arche florale réalisée par Chantal Royer dans le Vieux-Montréal a nécessité quatre ans.>

    PHOTO FOURNIE PAR CHANTAL ROYER

    La première arche florale réalisée par Chantal Royer dans le Vieux-Montréal a nécessité quatre ans.

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« Si on veut des choses vraies, on ne peut certainement pas avoir des couleurs vives à moins de les teindre », confirme Chantal Royer, artiste botanique à l’origine de la création de plusieurs aménagements naturels dans le quartier. . « Mon dada est de prouver que nous pouvons avoir quelque chose de réel à l’extérieur. » L’une de ses premières installations est toujours en place après quatre ans.

Estimant qu’une certaine esthétique doit être respectée dans un secteur patrimonial comme le Vieux-Montréal, elle estime néanmoins que des insertions artificielles devraient être possibles, « dans la juste mesure ».

«Quand on recouvre entièrement un bâtiment de feuillage en plastique, cela devient problématique», observe Dinu Bumbaru, directeur des politiques chez Héritage Montréal. « Nous ne voulons pas d’un Vieux-Montréal déguisé, nous voulons un Vieux-Montréal authentique. »

Banni au cimetière

La réflexion sur l’impact environnemental des fleurs artificielles gagne également les cimetières de la province. Un article publié le 8 mai dans les quotidiens des Coops de l’information indiquait que certains cimetières déconseillent, voire interdisent, les fleurs artificielles sur leurs terrains. C’est le cas des Cimetières catholiques de Granby, qui ont adopté un règlement en ce sens l’automne dernier.

«Nous venons d’interdire les fleurs artificielles car elles ne sont ni compostables ni recyclables», explique Élyse Champagne, directrice des Cimetières catholiques de Granby. Avec le vent, la pluie, ça finit par terre et il y en a beaucoup. Chaque semaine, il faut faire le tour pour ramasser ces fleurs qui finiraient chez les voisins, notamment au Zoo de Granby. »

Les risques que font peser sur les machines les tiges métalliques présentes dans ces aménagements expliquent également cette décision.

 
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