Une catastrophe attendue cet été dans les hôpitaux de l’Outaouais

Le plan de contingence du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) ne laisse aucun doute sur la précarité de la situation. Le document « confidentiel » dont La droite L’exemplaire obtenu présente deux plans de match pour la période du 17 juin au 8 septembre : l’un pour les blocs opératoires, l’autre pour le secteur de l’imagerie. Chaque plan contient trois étapes et identifie les conditions qui doivent être remplies pour qu’elles soient réalisées.

Les conséquences seraient dramatiques à bien des égards. Dans le pire des cas, l’Hôpital de Gatineau pourrait devenir un centre n’offrant que des services d’urgence limités, ainsi que des lits pour la santé mentale et pour les patients en attente d’hébergement de longue durée. Les blocs opératoires des hôpitaux de Gatineau, Papineau, Pontiac et Maniwaki pourraient fermer.

Les syndicats ont pris connaissance du plan de match du CISSSO, jeudi. La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO), Karine D’Auteuil, parle de « plan catastrophe » et dit avoir eu « un choc » en voyant à quel point les services pourraient être perturbés cet été. Même réaction de la part de la présidente régionale de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Guylaine Laroche. «Je n’ai jamais vu un tel plan d’urgence dans ma carrière syndicale», affirme celle qui s’implique dans les activités syndicales depuis 17 ans.

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Guylaine Laroche est présidente de l’APTS en Outaouais. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)

Le CISSSO n’a pas souhaité réagir mardi sur le contenu de son plan d’urgence. L’organisme a plutôt choisi de convoquer les médias régionaux à un point de presse prévu mercredi matin en présence de son président-directeur général, le Dr Marc Bilodeau.

Étape 1 en chirurgie

Dans les salles d’opération, la première étape serait déclenchée s’il manquait 90 % du personnel pour le quart de soir à l’Hôpital de Gatineau, sans possibilité de recourir à des retraités pour compenser. Le CISSSO s’appuierait alors sur le « mouvement volontaire » des employés de l’Hôpital Papineau vers Hull et Gatineau. Les endoscopies seraient également suspendues à Papineau.

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La salle d’opération de l’Hôpital de Hull. (Archives Le Droit)

A partir de ce stade, il y aurait un « retard de prise en charge », même pour les urgences chirurgicales. À l’Hôpital de Gatineau, les activités en salle d’opération seraient réduites de 93 %. Il n’y aurait plus de chirurgies électives à Papineau.

Les patients atteints de cancer ne seraient pas épargnés. Seuls 60 % des cas oncologiques ont pu être opérés dans le délai maximum de 56 jours.

Une réduction aussi drastique des activités chirurgicales en Outaouais exposerait le réseau régional à un « risque de démissions d’anesthésiologistes », estime le CISSSO.

Au SPSO, Karine D’Auteuil estime que la situation dans laquelle se trouve le réseau régional résulte de « l’inaction du gouvernement ». Le plan de contingence « n’est rien pour aider à la situation critique en Outaouais », proteste-t-elle. “C’est le soin de la population qui est mis en danger avec un tel plan.”

Étape 1 de l’imagerie

En imagerie médicale, le plan d’urgence serait mis en place s’il n’y a pas suffisamment d’employés pour les quarts de travail touchant les services d’urgence, de soins intensifs et de traumatologie. Le CISSSO tenterait alors de trouver des bénévoles au sein de son maigre bassin de technologues à l’Hôpital de Hull. L’organisme a déjà été avisé du « refus catégorique » de technologues d’autres hôpitaux de se déplacer pour travailler à Hull.

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Le secteur de l’imagerie médicale fait l’objet d’un plan de contingence au CISSSO pour la saison estivale. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)

À l’APTS, Guylaine Laroche explique qu’en optant pour les déplacements volontaires, les technologues n’auraient pas accès aux incitatifs financiers récemment annoncés pour les hôpitaux de Hull et de Gatineau.

Le plan de match du CISSSO mentionne également la fermeture de certains services externes moins prioritaires et la fermeture d’un des deux appareils de tomodensitométrie (scan) de l’hôpital de Hull pendant le quart de jour – ce qui est déjà parfois le cas, selon l’APTS.

La situation est « grave et lourde de conséquences », affirme Guylaine Laroche. Le CISSSO parle entre autres d’une augmentation des délais pour les diagnostics de cancer, des séjours prolongés à l’urgence et dans les unités de soins et du risque de perdre d’autres technologues.

Étape 2 en chirurgie

Si les mesures de la première étape ne suffisent plus à assurer une couverture adéquate au bloc opératoire de l’Hôpital de Gatineau, ce sera l’Hôpital Papineau qui en souffrira. Le CISSSO y fermerait complètement les salles d’opération afin de rapatrier le personnel à Gatineau. Pour certaines spécialités, les interventions devraient quand même être déplacées à Hull, car la salle d’opération de Gatineau ne ferait plus de chirurgies non urgentes (sauf les césariennes) et risquerait de connaître une interruption de services.

>>>Karine D'Auteuil est présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais.>>>

Karine D’Auteuil est présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)

A ce stade, le CISSSO s’attend à un « impact significatif » sur les ressources humaines. Il y aurait une « perte nette » du nombre d’employés en raison des départs et des arrêts maladie, craignent les autorités. Les heures supplémentaires obligatoires devraient être encore plus utilisées. Le plan de contingence mentionne également la possibilité que la salle d’opération Papineau ne rouvre pas à « moyen et long terme ».

Le président du SPSO estime que « l’employeur attend d’être le nez au mur pour réagir ». En forçant les déplacements du personnel, estime Mme D’Auteuil, les conséquences seraient dramatiques sur les efforts de recrutement et de rétention. « Le gouvernement devra prendre conscience que les salaires doivent être compétitifs », insiste-t-elle. […] Nous devons mettre de l’argent sur la table et améliorer les conditions de travail.

Celle qui représente les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes du CISSSO dit avoir « une grande crainte » que les services ne puissent redémarrer s’ils sont interrompus dans le cadre du plan de contingence.

Étape 2 de l’imagerie

En imagerie médicale, la deuxième étape prévoit la « fermeture complète du service de radiologie de Gatineau », le soir et la nuit, afin de forcer le déplacement des technologues vers l’hôpital de Hull.

Le CISSSO devrait alors procéder à une fermeture partielle de l’urgence de Gatineau, semblable à celle vécue entre juin 2021 et janvier 2022. L’urgence serait alors réservée aux cas de santé mentale, d’obstétrique et de pédiatrie lors des quarts de travail. soir et nuit, de 16h à 8h

Dans un tel scénario, l’urgence de Hull serait encore plus encombrée. Des ambulances devraient être ajoutées à la route. Il y aurait des retards tant pour les diagnostics que pour les traitements, « notamment pour les pathologies oncologiques ».

En termes de ressources humaines, le CISSSO estime que le déclenchement de cette deuxième étape en imagerie médicale entraînerait de possibles démissions de technologues à Gatineau et une surcharge de travail pour ceux de Hull. Tout cela dans un contexte où les technologues « sont à bout de souffle, fatigués et épuisés » parce qu’ils effectuent des quarts de travail de 12 heures, constate Mme Laroche de l’APTS.

Parallèlement, le réseau ontarien serait plus demandé par les résidents du côté québécois. Le CISSSO y voit un «risque d’escalade des irritants concernant le volume de consultations de patients québécois aux urgences d’Ottawa».

Étape 3 en chirurgie

À partir du moment où le CISSSO ne sera plus en mesure d’assurer une couverture permettant de réaliser un minimum d’interventions chirurgicales à l’Hôpital de Gatineau, la salle d’opération sera complètement fermée. La salle d’opération de l’hôpital Papineau aurait déjà été fermée à l’étape précédente. Ceux de Maniwaki et de Pontiac connaîtraient le même sort.

Dans cette troisième et dernière étape du plan d’urgence chirurgical, il ne resterait que le bloc opératoire de l’hôpital de Hull pour desservir une population de quelque 400 000 habitants.

>>>Il y a un manque flagrant de personnel dans les blocs opératoires de l'Outaouais.>>>

Il y a un manque flagrant de personnel dans les blocs opératoires de l’Outaouais. (Archives Le Droit)

La concentration des soins à Hull serait intensifiée dans d’autres sphères d’activité. Le CISSSO rapatrierait plusieurs services offerts dans les hôpitaux de Gatineau, Maniwaki et Pontiac. Les unités de soins, de néonatalogie, d’obstétrique et de soins intensifs (adultes et enfants) seraient regroupées au sein de l’ancien centre hospitalier du secteur Hull. L’Hôpital de Gatineau pourrait être contraint d’offrir uniquement des services ambulatoires.

Le CISSSO s’attend à ce qu’il y ait davantage de personnes gravement malades et même un « risque de décès évitables » en raison des retards dans les diagnostics et les traitements, si cette dernière étape du plan d’urgence devait être atteinte.

Les lits se font de plus en plus rares à Hull, tant pour les séjours de courte durée que pour les soins intensifs. Il y aurait également une « diminution de l’accès aux soins obstétricaux » dans la région, où de nombreuses femmes enceintes choisissent déjà d’accoucher en sol ontarien.

Étape 3 de l’imagerie

La dernière étape du plan de contingence du CISSSO en imagerie médicale prévoit une « fermeture complète » de l’Hôpital de Gatineau afin d’envoyer des employés à Hull.

Alors que les activités hospitalières de Gatineau seraient transférées à Hull, les patients alités à Hull en attente d’un hébergement de longue durée seraient dirigés vers Gatineau.

À ce stade, l’hôpital de Hull s’occuperait donc des unités de soins aigus, de maternité, de néonatologie, d’obstétrique, de soins intensifs, de pédiatrie et de maternité. L’Hôpital de Gatineau se concentrerait sur un minimum de services d’urgence et d’hospitalisations en santé mentale, tout en accueillant les personnes en attente d’une ressource plus adaptée à leurs besoins.

Là encore, un tel scénario ne serait pas sans conséquences sur le moral des troupes. Le CISSSO estime qu’il y aurait sans doute un « désengagement » et de possibles départs d’employés et de médecins.

Dénonciations publiques

Ce plan de contingence a été établi dans un contexte où des voix s’élèvent partout pour dénoncer l’état du réseau de santé en Outaouais. Syndicats, médecins et hommes politiques ont notamment fait des sorties publiques ces dernières semaines pour exiger une intervention rapide du gouvernement pour atténuer la crise.

Au SPSO, Karine D’Auteuil s’interroge également sur les dépenses qu’il faudra engager pour déplacer autant de services d’un hôpital à un autre. “Pourquoi ne pas utiliser cet argent pour offrir des incitations [aux employés]?», se demande-t-elle.

À l’APTS, Guylaine Laroche plaide également pour que les avantages accordés à certains travailleurs soient offerts partout en région, pour éviter de « seulement déplacer le problème ». Tout en reconnaissant que le CISSSO fait des demandes au Québec pour tenter d’améliorer le sort de la région, le président régional de l’APTS juge que « le Conseil du Trésor et le ministère [de la Santé] ne gérer qu’en cas d’extrême urgence » au lieu de présenter des solutions globales.

 
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