Personne n’accepte de démissionner à Saint-Antoine-de-Tilly

Malgré les bisbilles au conseil municipal, il n’y aura pas d’élections de courte durée à Saint-Antoine-de-Tilly. C’est le statu quo dans le village de Lotbinière, où s’enlise le conflit entre élus municipaux, empêchant la municipalité de fonctionner normalement.

Les tensions au sein du conseil municipal, où s’opposent deux conseillers et quatre élus, dont le maire, se sont encore cristallisées mardi soir, lors d’une séance extraordinaire où le seul point à l’ordre du jour était la potentielle démission des élus.

Dans l’espoir de repartir à zéro, les conseillères dissidentes Myriam Lambert-Dumas et Valérie Caron ont réclamé la démission du conseil municipal en bloc, sans l’obtenir.

Ils ont fait valoir que la démission totale de l’ensemble du conseil – à l’exception d’un conseiller élu ces derniers mois – est le moyen le plus rapide et le plus efficace de résoudre le conflit qui ravage le village depuis des mois. Selon eux, l’arrivée d’une nouvelle équipe est la « seule » solution pour espérer un certain retour à la normale à la mairie.

« En ce moment, la municipalité perd, perd, perd. […] [Le retour à la normale] Cela va être plus court sans nous tous.

— Valérie Caron, conseillère municipale de Saint-Antoine-de-Tilly

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La conseillère Valérie Caron espérait obtenir la démission de cinq des six membres du conseil municipal, dont elle. (Simon Carmichael/Le Soleil)

Cette proposition découle d’une réunion où les élus ont été invités par les employés municipaux à régler leurs différends le plus rapidement possible. Les cols bleus et blancs de Saint-Antoine font savoir que les divisions municipales ont des impacts directs et très mesurables sur leur travail, et donc sur les services offerts à la population.

En réponse à la proposition de démission massive, les conseillers Caron et Lambert-Dumas ont également été invités à quitter le conseil.

Le conseiller Gaétan Laliberté, qui a invité ses homologues à abandonner leurs fonctions, s’est dit convaincu que le conseil municipal redeviendrait fonctionnel advenant la démission des représentants 1 et 4.

Dans les deux cas, les élus concernés ont refusé d’accéder à l’appel à la démission lancé à l’autre bout de la table du conseil. A la fin de la longue séance, où plus d’une centaine de citoyens étaient présents, la situation restait la même qu’avant le début.

Certains diront que le climat s’est encore encore dégradé, alors que les élus ont mis près de deux heures à laver leur linge sale devant le public.

Au fil des échanges, où les émotions ont régulièrement pris le dessus, les conseillers de Saint-Antoine-de-Tilly ont eu beaucoup à dire. Les deux parties se sont mutuellement reprochées des manquements à la procédure et des intentions malveillantes, témoignant des profondes divisions au sein du conseil.

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Une centaine d’habitants de Saint-Antoine-de-Tilly ont assisté mardi soir à une véritable séance de « lavage du linge sale » devant public. (Simon Carmichael/Le Soleil)

Une dernière chance, demande le nouveau conseiller

Le conseiller Marc Ferland, élu ces derniers mois et donc « indépendant » dans le conflit qui nous concerne, s’est opposé à l’idée de voir ses collègues démissionner en bloc.

Le nouvel élu, qui a souvent manifesté son exaspération face à la situation au conseil, a jugé que la demande des conseillers Lambert-Dumas et Caron était « infondée en droit », mais surtout « prématurée ». D’autant plus que les élus de Saint-Antoine-de-Tilly ont récemment entamé une démarche de médiation avec des représentants du ministère des Affaires municipales.

M. Ferland, possédant une expérience en relations de travail, a demandé à ses homologues de se donner « une dernière chance » avec le processus de médiation récemment entamé.

L’élu qui a rejoint le conseil ces derniers mois suite à une démission a affirmé avoir rencontré tous ses homologues ces derniers jours pour trouver « une base de discussions ». « Et tout le monde semblait ouvert », a-t-il déclaré.

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M. Ferland estime que si cinq des six élus démissionnaient, Saint-Antoine-de-Tilly se retrouverait de facto sous tutelle. (Simon Carmichael/Le Soleil)

“Au moins on est d’accord sur le fait qu’on n’est pas d’accord”, philosophe le nouveau conseiller entre des interventions où ses collègues s’accusaient mutuellement de tous les maux. « Nous sommes engagés dans une démarche. Pouvons-nous au moins lui donner une chance, a-t-il demandé. Et si ça ne marche pas, il démissionnera tout seul, et d’ailleurs rapidement, a prédit Marc Ferland. Parce que ce n’est pas durable.

« Ces processus ne sont pas faciles », a-t-il prévenu le conseil. Mais dans de nombreux cas, ça marche […] Nous avons la responsabilité de nous donner une chance [avec la médiation]parce que c’est le seul instrument qui nous reste, en dehors de la dispute.

L’ensemble des élus se sont dits ouverts à participer au processus qui devrait s’intensifier dans les semaines à venir.

Mais les conseillers Caron et Lambert-Dubois ont souligné la lourdeur et les délais associés au processus. Ils ont également affirmé que même un médiateur ne parviendrait pas à sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le conseil municipal. Au mieux, cela permettra à la machine municipale de se remettre partiellement en marche en attendant les prochaines élections, selon eux.

D’autres membres du conseil ont exprimé des réserves quant aux véritables intentions des élus de participer de bonne foi au processus.

Un conflit qui s’étend

Le conflit dure depuis plusieurs mois, voire quelques années, à Saint-Antoine-de-Tilly, dans Lotbinière.

Les hostilités ont repris de plus belle en octobre dernier, lorsqu’un employé municipal a déposé une plainte de harcèlement psychologique contre les conseillers Caron et Lambert-Dumas.

Selon les informations de Soleille directeur général de la commune, désormais en arrêt maladie, aurait déposé la demande, s’estimant harcelé par les questions et insinuations des édiles.

Les autres élus du conseil ont alors décidé de traiter le dossier en interne dans une « commission restreinte », dont ont été exclus les élus visés par la plainte. Le conseil municipal a également retiré certains pouvoirs et responsabilités à Mme Caron et Mme Lambert-Dumas.

>>>Le maire de Saint-Antoine-de-Tilly, Richard Bellemare, a été sévèrement blâmé par la Commission municipale du Québec pour ses décisions concernant le traitement d'une plainte de harcèlement psychologique visant deux élus.>>>

Le maire de Saint-Antoine-de-Tilly, Richard Bellemare, a été sévèrement blâmé par la Commission municipale du Québec pour ses décisions concernant le traitement d’une plainte de harcèlement psychologique visant deux élus. (Simon Carmichael/Le Soleil)

Dans un rapport très critique rendu début avril, la Commission municipale du Québec (CMQ) a sévèrement imputé la responsabilité de la majorité élue au conseil. L’organisation, qui se revendique indépendante, accuse le maire Bellemare et ses partisans d’« actes répréhensibles » et de « cas graves de mauvaise gestion ».

Lors de la séance suivante, le conseil municipal a adopté et mis en œuvre la plupart des recommandations de la CMQ. Mais la majorité des élus ont refusé de lire publiquement les conclusions du rapport, estimant que le processus révélait « des irrégularités importantes qui ne garantissent pas l’intégrité des conclusions ».

Depuis, une pétition réclamant la démission du maire circule. Un peu plus de 160 personnes, en grande majorité anonymes, l’ont signé.

Le conflit a aussi dégénéré sur les réseaux sociaux, où des groupes réservés aux citoyens se sont transformés en véritables champs de bataille, où faux comptes et attaques personnelles se sont multipliés ces derniers mois.

 
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