L’arrondissement germanophone du canton de Fribourg se tourne de plus en plus vers Berne

L’arrondissement germanophone du canton de Fribourg se tourne de plus en plus vers Berne
L’arrondissement germanophone du canton de Fribourg se tourne de plus en plus vers Berne

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Tiraillée entre deux cantons, la Singine semble toujours plus orientée vers sa grande voisine Berne. Cela se reflète dans le développement démographique et économique de la région.

Le Riedernbrücke entre Ueberstorf et Thörishaus (BE) : les habitants du quartier de Singine sont naturellement attirés par le canton de Berne, que ce soit pour le travail ou les loisirs. © Charles Ellena

Le Riedernbrücke entre Ueberstorf et Thörishaus (BE) : les habitants du quartier de Singine sont naturellement attirés par le canton de Berne, que ce soit pour le travail ou les loisirs. © Charles Ellena

Publié le 21/05/2024

Temps de lecture estimé : 5 minutes

C’est Fribourg, mais pas tout à fait non plus. Seul district entièrement germanophone du canton, Singine a des yeux chimènes pour son voisin bernois, ce qui se reflète dans le développement démographique et économique de la région. Lors d’une soirée débat récemment organisée par l’association Seisler. Suisse, son président Rudolf J. Merkle a notamment rappelé que la part des germanophones dans le canton de Fribourg est passée de 30,7% en 2011 à 25,2% en 2022.

Le nombre de navetteurs singapouriens se rendant à Berne est en constante augmentation. En 2002, 72% des étudiants universitaires de la région germanophone étudiaient à Fribourg et 13% à Berne. En 2022, ces proportions étaient respectivement de 43 et 39 %. Le point de vue du préfet Manfred Raemy.

Le Singe s’éloigne-t-il de Fribourg ?

Manfred Raemy : Je ne le vois pas de cette façon. À mon avis, c’est une grande chance que nous soyons nombreux à parler français. De nombreux Singapouriens sont même multilingues et comprennent également l’anglais ou d’autres langues. Sur le marché du travail, ils sont donc très demandés. Il est tout à fait logique qu’ils se tournent vers les employeurs les mieux rémunérés. Il s’avère cependant que Fribourg est trop peu compétitive à cet égard : les salaires sont plus attractifs dans la Confédération que dans l’administration cantonale fribourgeoise et les grands employeurs établis à Berne et en Suisse alémanique paient mieux. Résultat : des personnes bien formées partent pour Berne, Zurich, Bâle, etc.

Les statistiques montrent une diminution de la part des germanophones dans la population fribourgeoise…

C’est vrai. Mais cela est dû au fait que le Singine et Fribourg alémanique affichent une croissance démographique plus faible que la partie romande. La région de Bulle a notamment connu une explosion, on le sait. En 2001, la Singine comptait encore plus d’habitants que la Gruyère (38 525 contre 38 361). Aujourd’hui, c’est le contraire : nous en avons 15 000 de moins (45 643 contre 59 754).

Est-ce un problème si les habitants de Singin préfèrent travailler à Berne plutôt qu’à Fribourg ?

Je ne pense pas. Évidemment, j’aimerais avoir plus de postes de travail à Singine. Il y aurait moins de navetteurs. Mais en fin de compte, ces gens ont souvent des postes bien rémunérés et paient leurs impôts ici, ce qui n’est pas à dédaigner. Le problème de notre développement économique est qu’il est devenu beaucoup plus difficile de zoner les terres. C’est quelque chose que nous aurions dû faire il y a 30 ans.

« Le français est en fait notre deuxième langue étrangère »
Manfred Raemy

Nous avons peut-être été un peu trop sages à l’époque, mais nous ne pouvons pas revenir en arrière. Nous travaillons à améliorer les conditions-cadres, ce qui devrait nous permettre d’accueillir de plus grandes entreprises. Mais nous n’avons tout simplement pas la possibilité d’attirer un employeur proposant 2000 emplois comme Rolex.

Il y a une quinzaine d’années, le Singe était encore très bien représenté au sein des différentes autorités cantonales. C’est moins le cas aujourd’hui. Ce qui s’est passé?

Je n’ai pas de réponse définitive à cette question. Je dirais que c’est lié à l’évolution de la société. La politique est moins attractive. Il est vrai que la Singine a produit des hommes politiques très influents, tant au niveau cantonal que national et qu’il était alors difficile pour la génération suivante de se faire une place dans l’ombre de ces grandes personnalités. C’est sans doute aussi pour cela qu’il y a un certain vide aujourd’hui. Mais il faut quand même rappeler que Singine compte deux présidents de conseils d’administration importants : Alex Geissbühler à la Banque cantonale et Hubert Waeber à Fribourg-Gottéron. Mais partout ailleurs, il faut reconnaître que les Gruériens sont devant.

Les Singines sont souvent fiers de leurs connaissances linguistiques. Mais parlent-ils vraiment bien français ?

(Sourire) Ce n’est pas toujours le cas, il faut l’admettre. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles certains Singapouriens préfèrent travailler à Berne. Les jeunes sont aussi régulièrement exposés à l’anglais, que ce soit à travers la musique ou les réseaux sociaux. Dans ce contexte, le français est évidemment moins important. On a aussi tendance à oublier que les Singapouriens doivent apprendre trois langues étrangères : l’allemand standard, le français et l’anglais. Le français est en fait notre deuxième langue étrangère.

Et les Singinois qui le parlent finissent quand même par se faire aspirer par le marché du travail bernois…

C’est ainsi que le bilinguisme y est également apprécié. Nous avons également de très bonnes écoles dans le canton et il s’avère que les étudiants germanophones se démarquent régulièrement, tant dans le secteur professionnel que dans les hautes écoles. Ces personnes ont souvent le choix lorsqu’elles acceptent un emploi et privilégient généralement l’aspect salarial. Heureusement, certains décident alors de revenir, comme Alex Geissbühler.

Qu’est-ce que Monkey pourrait faire de mieux ?

Nous devons faire un meilleur lobbying auprès des autorités cantonales. Par exemple, il faut actuellement au moins dix étudiants pour ouvrir une classe à l’École des métiers. Résultat : les jeunes germanophones souhaitant se former dans certaines branches, trop peu nombreux, ne trouvent pas de place à Fribourg et doivent aller faire leur apprentissage dans le canton de Berne, comme 30% des jeunes de Singapour. Il faudrait demander que cette limite de dix étudiants soit abaissée. Ceci est un exemple parmi d’autres. Et il faut bien sûr augmenter le nombre de places de travail à Fribourg alémanique.

 
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