Manche. Face à la mer, plus de 20 000 logements et locaux menacés

Manche. Face à la mer, plus de 20 000 logements et locaux menacés
Manche. Face à la mer, plus de 20 000 logements et locaux menacés

Par

Géraldine Lebourgeois

Publié le

21 mai 2024 à 6h58
; mis à jour le 21 mai 2024 à 7h04

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Devant l’instabilité du littoral, devant l’érosion côtière, force est de constater qu’il reste difficile d’entrer pleinement et collectivement dans une nouvelle logique d’aménagement du territoire.

Depuis des années déjà, les constats et déclarations d’intention sont là. Réflexions, rencontres, programmes et projets se sont multipliés pour tenter d’établir des stratégies adaptées.

Déjà plusieurs propriétés en danger

Le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), établissement public qui accompagne l’État et les collectivités sur ces questions, a étudié les conséquences du retrait du trait de côte sur les côtes françaises à l’horizon 2100. La Manche fait partie des six départements les plus menacés, avec presque 20 000 logements affectée par le recul du littoral.

Dans ces projections, 5 logements et 22 locaux d’activités (commerces, hôtels, campings, bureaux) sont déjà menacé à court terme, d’ici 2028, pour une valeur de plus de 2 millions d’eurostandis que les ouvrages de protection (digues, enrochements, etc.) sont considérés comme toujours efficaces dans ce scénario.

En cela pour 2050, la machine s’emballe et les chiffres s’élèvent à 309 logements et 48 locaux menacés dans la Manche, et une perte de 42,6 millions d’euros. Pour 2100, en appui aux projections du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui estime que le niveau de la mer va monter de plus d’un mètre, et en intégrant ce temps que les travaux de défense ne seront plus efficaces, 18 748 logements et 2 146 locaux seraient menacés, pour une valeur de plus de 3 milliards d’euros…

Identifier les lieux pour agir en priorité

Cette étude, dont la part d’incertitude est reconnue (lire notre encadré ci-dessous) est une aide à la réflexion menée par le Comité National du Littoral, dont est membre le président du conseil départemental de la Manche. Jean Morin rappelle que le Ministère est présent et agit pour protéger le littoral. Il a voté pour un budget de « 8 millions d’euros pour animer la régionsensibiliser, sensibiliser.

Tout le monde est concerné par la montée du niveau de la mer.

Jean Morin, président du Département

Un scénario « conditionné aux tempêtes majeures »

En appui aux collectivités avec d’autres experts comme le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), le Cerema explique la difficulté d’estimer les enjeux du retrait du trait de côte, même à court terme, car il est « largement conditionné par les effets des tempêtes majeures ou de la effet cumulé de séries de tempêtes » (Source : cerema.fr).
« Il est presque certain que ce type d’événements se reproduira dans les décennies à venir (et plus fréquemment en raison des effets du changement climatique), mais il est beaucoup plus difficile de commenter leur occurrence et leurs conséquences. chances de reproduction de tels phénomènes dans les années à venir», ajoute-t-on pour évoquer la part d’incertitude.
« La position du trait de côte pourrait reculer plus rapidement qu’estimé lors d’un événement majeur, ou à l’inverse ne pas évoluer ou évoluer plus tard en l’absence d’événement significatif. »
156 stations de surveillance
Aussi les outils se multiplient pour aborder le scénario le plus plausible. Le conseil départemental de la Manche est également impliqué depuis plusieurs années et il existe un « observatoire du littoral » local. A ce jour, 156 stations de surveillance ont été installées le long des côtes de la Manche, dans des zones déjà identifiées comme sensibles, explique Clément Nalin, ingénieur risques naturels côtiers et inondations.
Dans une politique axée sur la gestion durable, le conseil départemental soutient la nécessité d’adapter la stratégie de défense et de protection aux spécificités de chaque site et à son évolution, en s’appuyant sur des méthodes scientifiques et rationnelles. « Attention aux choix dont nous subissons les conséquences à long terme », estime Clément Nalin, qui annonce également la mise en place prochaine d’observatoires citoyens, où chacun pourra contribuer au suivi.

Ce dernier espère pouvoir travailler encore davantage avec les communes pour identifier les lieux. où agir en premier.

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Parce que chaque nouvelle tempête ne se passe plus sans sa part de dégâts importants. Lors du dernier assaut de des vents forts couplés à de fortes marées, Le 9 avril 2024, avec la tempête Pierrick, les constructions et défenses maritimes souffrent une nouvelle fois. Encore, cordons dunaires ont été mutilés en de nombreux endroits.

Des arrêtés municipaux ont été pris pour interdire l’accès au bord de mer, voire d’interdire l’accès à des biens en danger. Il s’agit alors d’arrêtés de sécurité, par lesquels les propriétaires et occupants se voient interdire l’accès à la maison. Pour l’instant, ces arrêtés municipaux sont rares et ne concernent que les résidences secondaires, mais jusqu’à quand ?

En attendant une gestion durable efficace, des plans s’élaborent et on peut s’attendre à un coup d’accélérateur en 2025 pour « identifier les conséquences de l’évolution du littoral à horizon 30 et 100 ans ». Par ailleurs, au décret fixant la liste des communes « dont l’action en matière de politique d’urbanisme et de développement doit être adaptée aux phénomènes hydrosédimentaires conduisant à l’érosion côtière », liste que l’État s’apprête à mettre à jour, il y en a 40 dans la Manche au 31 juillet 2023.

Les défenses maritimes, même gérées en douceur, sont adaptées à certains sites, d’autres non. ©Géraldine LEBOURGEOIS

Pouvons-nous attendre encore un siècle ?

Pour l’instant, les collectivités (communes, intercommunalités) cartographient les zones d’exposition aux horizons 30 ans et 100 ans, des cartes qui seront intégrées dans les documents d’urbanisme. L’État s’engage à leur fournir des outils pour les accompagner dans cette démarche (soutien technique et financier).

L’objectif est d’améliorer les connaissances et de partager l’information face à des phénomènes qui vont s’accélérer, de manière obligation de transparence, afin de faire des choix, d’élaborer des stratégies locales de gestion du littoral, d’évaluer les atouts exposés, de prioriser les enjeux en toute connaissance de cause, et d’envisager « un véritable bail d’adaptation à l’érosion côtière, une éventuelle dérogation à la loi côtière pour gérer les délocalisations, des financements attachés aux gestion du littoral », comme elle a été exposée le 12 avril 2024 lors du conseil de la Communauté Urbaine du Cotentin. La mise en œuvre de PPA (projet de partenariat pour le développement), comme celui signé sur le territoire de Coutances Mer et Bocage (PPA « Entre deux paradis », il n’en existe que trois actuellement en France) et PPRL, devraient également se généraliser.

N’est-il pas grand temps d’entrer ensemble dans le concret, ce qui nécessitera certainement d’ouvrir les vannes financières…, sachant que les phénomènes maritimes et climatiques, qui demeurent largement imprévisiblen’attendra pas après la procrastination.

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