les enfants perdent la chance de guérir leurs allergies en raison de longs retards

Les enfants doivent attendre plusieurs années pour bénéficier d’un traitement de désensibilisation aux allergies alimentaires, un délai long qui réduit leurs chances de guérison et de changement de vie, déplorent les allergologues, qui souhaitent offrir davantage de services.

“Nos listes d’attente nous font juste grandir, grandir, grandir”, déplore le D.r Philippe Bégin, allergologue à l’hôpital Sainte-Justine. Pour moi, c’est une urgence médicale.

« Il faut y aller le plus vite possible. Tous ceux qui attendent pourraient bénéficier d’un traitement plus tôt », ajoute le Dr Rémi Gagnon, président de l’Association des allergologues et immunologistes du Québec (AAIQ).

Depuis près de 10 ans, l’arrivée d’un traitement de désensibilisation des allergies alimentaires, l’immunothérapie orale, donne aux familles l’espoir de guérir de cette pathologie qui peut s’avérer infernale.

  • Écoutez l’entrevue d’Héloïse Archambault, journaliste santé à JDM au micro d’Alexandre Dubé via QUB :
“Ça change la vie des gens”

Le traitement consiste à ingérer une microdose de l’allergène (lait, œuf, cacahuète) pour apprendre au système immunitaire à le reconnaître et à ne pas réagir. Chaque jour, l’enfant doit consommer la dose prescrite à la maison. Des analyses sanguines et cutanées régulières en clinique permettent de vérifier le seuil de tolérance et de l’augmenter.

Janny Pier Gauthier est testée pour le suivi de ses allergies par Liane Beaudette, infirmière spécialisée en immunothérapie orale.

Photo JOEL LEMAY, Agence QMI

Malgré les résultats positifs, de nombreux allergologues refusent de proposer l’immunothérapie orale en clinique, nous dit-on, car ils n’ont pas les ressources nécessaires pour réagir rapidement en cas de réactions allergiques graves.

Après quelques années de traitement, les petits patients sont complètement guéris ou peuvent en consommer une quantité suffisante sans risquer la mort.

“Ça change la vie des gens”, jure le Dr Bégin, qui admet que les traitements sont exigeants et peuvent être anxiogènes en raison de réactions allergiques.

«C’est une médecine positive et constructive, c’est rare», ajoute Liane Beaudette, infirmière spécialisée en immunothérapie orale à l’Hôpital de Montréal pour enfants (CUSM).

Liane Beaudette, infirmière spécialisée en immunothérapie orale au CUSM.

Photo JOEL LEMAY, Agence QMI

Fait important : plus le patient est jeune, plus les chances de guérison sont grandes et rapides (le système immunitaire réagit mieux).

“Tout le monde veut le faire”, admet le Dr Moshe Ben-Shoshan, allergologue pédiatrique au CUSM, qui traite 175 enfants par année.

À Sainte-Justine, 250 patients sont suivis par année, mais la liste d’attente atteint plus de 1 200 noms et peut prendre jusqu’à 10 ans. Le Centre hospitalier universitaire Laval et certaines cliniques offrent également ce service.

Des familles frustrées

Puisque les tout-petits répondent mieux au traitement, ils sont prioritaires. Une réalité qui frustre de nombreuses familles.

«Nous aussi, nous aimerions sortir de là», déclare sous couvert d’anonymat une mère dont les fils attendent depuis quatre ans. Nous sommes un peu dans le flou.

L’AAIQ dit avoir soumis plusieurs projets au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour bonifier l’offre de services en immunothérapie orale. Une solution consiste à embaucher davantage de personnel dans les hôpitaux ou les cliniques.

« Il y a urgence d’agir », souligne le Dr Rémi Gagnon. Nous aimerions avoir des réponses rapides, nous pensons que les projets sont prêts.

Interrogé sur le sujet en avril dernier, le ministre de la Santé Christian Dubé évoquait le manque de personnel.

“Nous ne pouvons pas promettre d’ouvrir cela à court terme alors que nous n’avons pas les médecins”. […] et pas le personnel », a-t-il souligné.

Par courriel, le MSSS a répondu que « des réflexions sont en cours » pour développer davantage de services dans les centres pédiatriques régionaux.

Devenir allergique en attendant de consulter un allergologue

Les longs délais d’attente pour consulter un allergologue augmentent le risque d’allergies permanentes chez les tout-petits, déplore un spécialiste qui souhaite un traitement rapide.

« Nous voulons que le monde introduise les allergènes le plus tôt possible. Si un enfant réagit, il doit y avoir un mécanisme pour y faire face rapidement et arrêter l’allergie précocement, au lieu qu’elle ne s’aggrave », souligne le Dr.r Philippe Bégin, allergologue à l’hôpital Sainte-Justine.


Dr Philippe Bégin, allergologue à l’hôpital Sainte-Justine.

Photo Pierre-Paul Poulin, Le Journal de Montréal / Agence QMI

Arrêter de donner quoi que ce soit et attendre ?

Depuis des années, les consignes sont claires pour les parents : les allergènes doivent être introduits le plus tôt possible. Cependant, dès qu’un enfant présente une réaction allergique, le conseil du médecin est généralement d’interdire l’aliment en attendant de consulter un allergologue.

Cependant, le retard peut prendre des mois, voire des années. Pendant ce temps, l’enfant n’est pas exposé et risque de développer une allergie permanente, souligne le spécialiste. Pour éviter cela, le Dr Bégin souhaite un meilleur accompagnement de la part des médecins de famille et des pédiatres pour les guider dans les doses sécuritaires d’un allergène, en attendant de voir un spécialiste.

Le Québec compte 69 allergologues en pratique. Onze postes sont vacants.

«Il devrait y avoir plus d’allergologues, mais cela n’arrivera pas», répond le Dr Bégin sur un ton fataliste.

Près de 80 000 Québécois attendent une consultation chez un allergologue, dont 58 % ont raté le délai (depuis plus d’un an), selon les récentes données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). C’est la troisième spécialité avec le plus de demandes en attente. Ces chiffres incluent les allergies alimentaires, mais aussi d’autres problèmes.

Un délai raisonnable ?

Le MSSS n’est pas en mesure de dire combien d’enfants attendent un rendez-vous, ni le délai moyen. Selon l’Association des allergologues et immunologistes du Québec, les jeunes enfants et certains allergènes (lait, œufs, soja) sont prioritaires.

«Il serait préférable de tous les voir en moins d’une semaine, mais ce n’est pas possible», réagit le président Dr Rémi Gagnon. Nous ne sommes pas plus heureux que la population de voir qu’elle s’accumule.

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