INRS : histoire d’une singularité | Le devoir

INRS : histoire d’une singularité | Le devoir
INRS : histoire d’une singularité | Le devoir

Ce texte fait partie du cahier spécial 55 ans de l’INRS

« L’INRS a été la révolution tranquille dans la recherche », rappelle Charles E. Beaulieu, premier directeur général de l’INRS de 1969 à 1976, à qui l’on doit la création de cet institut. «C’était du jamais vu à l’époque, mais encore aujourd’hui, il y en a très peu dans le monde qui lui ressemblent», affirme l’actuel directeur général, Luc-Alain Giraldeau. « Nous avons acquis un instrument formidable et unique. C’est une réalisation spectaculaire que peu de gens connaissent. »

En 1969, le développement de la recherche au Québec accusait du retard. Un rapport de l’OCDE, intitulé Examen des politiques scientifiques nationales, a conclu qu’il était excessivement compartimenté. « Les universités, les gouvernements et l’industrie avaient peu de contacts », résume Charles E. Beaulieu, qui préside alors à la création du Centre d’études universitaires de Rimouski (qui deviendra plus tard l’Université du Québec à Rimouski). . « Les établissements étaient organisés en disciplines. Et les professeurs y faisaient des recherches pour faire progresser leur discipline, mais aucun n’avait vocation à aligner leurs recherches sur les besoins spécifiques du Québec. »

L’INRS innove dès le premier jour. Charles E. Beaulieu structure l’ensemble de la recherche et de la formation autour de niches sélectionnées, organisées en centres de recherche multidisciplinaires. Et l’INRS ne formera que des étudiants à la maîtrise et au doctorat. Luc-Alain Giraldeau insiste sur l’originalité fondamentale de cette idée initiale. « Aujourd’hui, toutes les universités affirment que leur mission est de favoriser le transfert des connaissances vers la communauté. Mais c’est arrivé après coup. Si vous regardez leurs lettres patentes, cela n’apparaît nulle part. En 1970, il n’existait aucun établissement à qui le gouvernement pouvait dire : « Faites quelque chose pour aider Hydro-Québec ». Notre mission était de répondre aux besoins du Québec. »

Premiers succès

En quelques années, l’INRS met sur pied huit centres de recherche et lance des formations – le premier doctorat est décerné en 1973. Les trois premiers centres appelés Centre québécois des sciences de l’eau, Centre de l’énergie INRS, Centre de recherche urbaine et régionale sont rebaptisés INRS- Eau, INRS-Energie, INRS-Urbanisation. Ils sont rapidement suivis par l’INRS-Santé, l’INRS-Télécommunications, l’INRS-Pétrole, l’INRS-Éducation et l’INRS-Océanologie.

L’INRS se rapproche rapidement des utilisateurs industriels. En 1969, l’INRS-Énergie s’installe à l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ). En 1976, son Centre de recherche en génie des communications est établi à Bell-Northern Research, d’abord à Ottawa, puis à Montréal. « Une université au sein d’une entreprise de recherche industrielle était du jamais vu au Canada. C’est ainsi que le Québec a développé une réputation internationale en matière de reconnaissance vocale. »

En 1973, Charles E. Beaulieu profite d’une demande d’accréditation syndicale pour imposer une autre première : l’exclusivité de l’emploi. Ses chercheurs ne pourront pas procéder à des consultations externes. L’INRS négociera les ententes et recevra les honoraires qu’il partagera selon les règles prévues à la convention collective.

La recherche n’a jamais souffert de ce contrôle, bien au contraire. Dans les classements de la recherche universitaire, comme celui de Research Infosource, l’INRS s’est rapidement démarqué et tient toujours la route. «Nous étions premiers l’an dernier au Canada, avant Toronto, avant McGill», raconte Luc-Alain Giraldeau. Nos professeurs recevront 450 000 $ par année en budget de recherche. Quand j’étais enseignant, je pensais que j’étais très bon lorsque je suis allé récolter 55 000 $. »

Et si c’était à refaire…

Avec le recul, Charles E. Beaulieu n’exprime qu’un seul regret : « Les universités ne nous ont jamais acceptés, et ce fut une bataille douloureuse. »

Cela remonte à l’annonce de la création de l’INRS en décembre 1969. Selon des propos rapportés par Gilles Lesage, de Devoirle ministre de l’Éducation du Québec de l’époque, Jean-Guy Cardinal, a déclaré : « L’INRS jouera un rôle de coordination et sollicitera la participation des trois universités constituantes. [de l’Université du Québec], d’autres universités québécoises ainsi que d’autres organismes gouvernementaux parapublics et privés. »

«C’était une maladresse que les universités interprétaient comme une volonté d’imposer une coordination de l’ensemble de la recherche au Québec», explique Charles E. Beaulieu, qui a dû déployer de gros efforts pour clarifier le rôle de l’INRS et le défendre devant le Conseil des universités et le ministère de l’Éducation afin de maintenir son statut et ses subventions.

Au début des années 1970, la première grande étude commandée par le gouvernement a même failli lui coûter ses budgets, rappelle Luc-Alain Giraldeau. L’INRS-Urbanisation concluait alors que non seulement le développement de l’aéroport de Sainte-Scholastique (futur aéroport de Mirabel) serait préjudiciable au Québec, mais aussi qu’il profiterait surtout à l’Ontario.

«Le Québec et Ottawa l’ont très mal pris. Disons que nous risquons la fermeture », a-t-il déclaré.

En poste depuis 2017, Luc-Alain Giraldeau est d’avis que l’objectif des fondateurs d’autofinancer l’INRS à près de 50 % s’est avéré un fardeau à long terme. « Le financement des universités est désormais basé sur le nombre d’étudiants de premier cycle. Cela nous oblige à collecter chaque année. Ce qui nous manque, c’est une formule de financement adéquate et prévisible. »

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales de Devoir, relatif au marketing. L’écriture du Devoir n’y a pas participé.

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