comment le dernier abattoir des Landes a été sauvé de la disparition

Uans un peu plus de deux ans après sa reprise par sept associés du monde de l’élevage et de la boucherie (1), l’ancien abattoir municipal d’Hagetmau, aujourd’hui SAS l’Abattoir des Landes, continue son bon chemin. Lentement mais sûrement.

S’étendant sur les Landes et les « Pyrénées », la structure abat quelque 3 000 tonnes de viande bovine et porcine par an (2 000 à son lancement). Avant la fin des abattages Baillet, en 2019, qui ont failli précipiter la disparition de la structure, la dernière dans les Landes, nous étions autour de 4 500 tonnes annuelles, soit 120 porcs par jour.

« Nous pourrions pousser jusqu’à 4 500 tonnes, mais nous ne pouvons pas aller au-delà pour des raisons de bien-être animal. Nous sommes sur une petite échelle de production», insiste Michel Labarthe, de la boucherie éponyme et président de la SAS qui, depuis la reprise effective de l’activité (le 1euh avril 2022), travaille avec des éleveurs locaux dans un rayon de 100 kilomètres pour la viande destinée à la consommation. Elle travaille également au « service d’urgence » (quand un animal est voué à mourir) et s’occupe des taureaux sacrifiés pendant la temporada.

Réluctance

Réunis dans la salle de restauration devenue salle de presse improvisée pour parler de cette « aventure » inédite, Michel Labarthe et Laurent Civel, le président du Pays Adour Chalosse Tursan, propriétaire du terrain loué au SAS, parlent à l’unisson d’un « victoire collective ». «On savait où ça allait finir, mais on ne connaissait pas le chemin», précise le président du Pays (2), qui se souvient de fin 2021, moment du rachat par la collectivité du dernier abattoir landais. .

Un « abattoir d’amis » landais qui se sont unis et ont retroussé leurs manches pour la bonne cause : ne pas perdre l’unique outil de transformation du secteur. A l’époque, il s’agissait d’économiser aux éleveurs locaux plusieurs centaines de kilomètres de transports, vers Bazas, Anglet ou encore Castres. Il était intéressant de noter que le projet devait être expliqué. Dans le pays, il a fallu « convaincre » les élus, réticents à l’idée de voir la collectivité devenir gestionnaire d’abattoir, mais aussi les banques, dubitatives à l’idée de la laisser emprunter sur quinze ans pour un tel un projet. .

Après un vote « à l’unanimité », 613 494 euros ont été investis – avec l’aide de l’État pour 245 389 euros – pour le rachat. “C’était logique de l’acheter, et cela ne coûte que 1,20 euro par habitant (NDLR : par an)”, estime Laurent Civel, qui vante une “belle aventure” qui “fonctionne bien”.


« Vieillissant », l’abattoir avait besoin d’investissements. Le piège à bovins sera remplacé par un nouvel outil, plus moderne et conforme aux exigences en matière d’hygiène et de bien-être animal.

Philippe Salvat/SO

« Nous avons découvert des lacunes. On avait des efforts à faire, des choses à revoir »

1,2 million d’investissement

Car le chemin s’avère tortueux. En juin 2023, l’abattoir, qui bénéficiait alors d’une autorisation provisoire d’exploitation, a été contraint de fermer pendant un mois sur décision préfectorale : ce n’est plus conforme aux normes d’hygiène en vigueur. « L’outil avait vieilli, les normes avaient changé entre-temps. Nous avons découvert des lacunes. On avait des efforts à faire, des choses à revoir», reconnaît Laurent Civel.

Comme le « piège » bovin. Dépassés, les équipements où sont installés les animaux destinés à l’abattage seront remplacés en septembre 2024 par un nouvel outil, plus moderne et conforme aux exigences en matière d’hygiène et de bien-être animal. Sept mois de travaux et 1,2 million d’euros investis sont prévus pour ce projet de modernisation (qui prévoit également la mise en conformité de l’aire de nettoyage des bétaillères ou la création d’un bassin de rétention pour le feu d’eau, la modification des réseaux ou la poursuite des travaux de maintenance).


En 2024, 1,2 million d’euros seront investis dans la modernisation du site.

Philippe Salvat/SO

Les salaires ont augmenté

Si la fermeture d’un mois a laissé un déficit important, elle a encouragé le duo public-privé à revoir et améliorer ses procédures. Les 12 collaborateurs ont notamment été formés aux dernières règles et bonnes pratiques en matière d’hygiène, de sécurité et de bien-être animal.

L’Abattoir des Landes affirme vouloir « être un modèle » dans l’accueil et la manipulation des animaux. Suite à ces modifications, l’abattoir, accompagné et soutenu par l’Etat et la Région dans ces investissements, a obtenu l’agrément définitif des services de la préfecture des Landes en mars dernier.

“Nous ne sommes pas là pour gagner des manches, juste pour être équilibrés”


Après avoir repris l’abattoir, la direction a rapidement augmenté les salaires de ses 12 salariés. «Ils font un métier pas assez mis en valeur», juge Michel Labarthe.

Philippe Salvat/SO

«C’est une marque de reconnaissance des efforts que nous avons déployés. Mais même si nous avons l’accord, rien n’est définitif», prévient Michel Labarthe, dont le bien-être de ses salariés est également une préoccupation majeure. A sa création, la SAS, confrontée à des coûts de production et des charges énergétiques exponentielles (« fois trois à quatre »), a choisi d’augmenter drastiquement les émoluments de ses salariés, notamment les bouchers : « Ils font un métier pas assez valorisé. Et puis il a fallu garder les types», insiste l’artisan.

Un parti pris qui n’a pas permis d’éviter l’écueil du turnover des effectifs. Ni le recours à la main d’œuvre étrangère au départ. « Nous avons ramé pendant un an », se souvient Michel Labarthe, bien décidé à « réinvestir » les revenus du SAS dans le fonctionnement de l’entreprise. En deux ans d’existence, il ne roule pas sur l’or mais semble avoir trouvé son rythme de croisière : “On n’est pas là pour gagner des manches, juste pour être en équilibre”, conclut le patron.

(1) Viandes et Terroirs Chalossais du grossiste Mathieu Mazot, les bouchers Labarthe, Bignalet et Dartiguelongue, Ferme des Vallons de l’éleveur Stéphane Labrouche, Alitec (Daniel Ferreira – vétérinaire), association Abattoir Hagetmau demain (Loïc Massy – éleveur).

(2) Six communautés pour 150 communes, 90 000 habitants.

L'abattoir Pays Adour Chalosse Tursan.


L’abattoir Pays Adour Chalosse Tursan.

Philippe Salvat/SO

 
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