à quoi sert encore la fierté ? – .

à quoi sert encore la fierté ? – .
à quoi sert encore la fierté ? – .

La réponse est claire et directe. “Par rapport à d’autres pays, nous avons les fesses dans le trou, mais nous devons nous battre pour que les acquis restent des acquis.» C’est ce que répond Chile Deman, ex-président de Pride, lorsqu’on lui demande si la Belgique est un pays sûr pour les personnes gays, lesbiennes, bi et trans. Le défilé de cette année se déroulera sous le signe de la revendication d’une plus grande sécurité pour les personnes LGBT. Or, depuis 2023, la Belgique occupe la deuxième place du classement Ilga Europe des pays disposant du meilleur arsenal juridique en faveur des citoyens LGBT, après Malte et devant le Danemark.

Il y a vingt et un ans, la Belgique était le deuxième pays d’Europe (après les Pays-Bas) à légaliser le mariage homosexuel. Un droit auquel il faut ajouter la loi ouvrant l’adoption aux couples gays et lesbiens, la loi anti-discrimination, la loi donnant accès à tous à la PMA (procréation médicale assistée), la loi protégeant les personnes transgenres, la loi interdisant les thérapies de conversion. La Belgique, laboratoire juridique et gardien progressiste de l’Europe, est donc un pays où il fait bon vivre son homosexualité… en théorie. Si notre royaume était un paradis gay, pourquoi aurait-il adopté un plan d’action fédéral (alignant cent trente-trois mesures) « pour une Belgique LGBTQI+ friendly » ?

Je compare souvent les droits LGBT aux droits des femmes, explique Chile Deman, qui a collaboré au récent livre Pride In The City, l’histoire des luttes LGBT en Belgique. Les femmes ont obtenu le droit de vote en 1948, mais jusqu’à aujourd’hui, l’égalité des sexes n’est toujours pas atteinte. Sur la question LGBT, il y a un long travail à faire sur les mentalités qui n’ont pas suivi l’évolution des lois.« Si la Belgique a entamé ce travail sur les mentalités, son statut à l’avant-garde des droits LGBT l’oblige à rappeler combien l’actualité est expressive sur la situation des minorités – ici et ailleurs, et avec plus ou moins d’influence sur la sécurité des personnes.
Les propos lesbophobes tenus lors d’une projection au récent Festival international du film fantastique de Bruxelles sont là pour prouver – malheureusement – ​​qu’on peut plaisanter publiquement sur la sexualité des lesbiennes. L’Irak vient d’adopter un texte criminalisant les relations homosexuelles et les transitions de genre prévoyant des sanctions pouvant aller jusqu’à quinze ans de prison. Comme en Russie, connue pour ces mêmes lois homophobes, l’Irak interdit «toute organisation faisant la promotion de l’homosexualité».

En France, le tweet de Marion Maréchal, membre de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, qui demande « Où est la mère ? à propos de la naissance de jumeaux du créateur de mode Jacquemus et de son mari, il s’agit clairement de souligner un soi-disant dysfonctionnement dans la répartition des rôles dans la famille traditionnelle.

Fierté ©BelgaImage

Au lendemain de la Journée internationale contre l’homophobie (17 mai), les droits de l’homme seront à nouveau au centre du défilé du 18 mai qui avancera dans une ambiance idéologique d’un pays riche où beaucoup s’interrogent sur le sens d’un événement qui n’accueille désormais que les gays. et les lesbiennes, mais tous ceux qui ne s’identifient pas aux normes hétérosexuelles – d’où l’abandon du sigle « Gay Pride » au profit de celui de « Brussels Pride ». Une plus grande visibilité et un changement de vocabulaire qui accompagnent les changements de société à travers lesquels certains membres de la communauté LGBT ne se reconnaissent pas – ou plus -.

Interrogés sur la Fierté, Louis, notaire, 55 ans, Frank, entrepreneur, 61 ans et Marc, dentiste, 63 ans, tous gays à fort pouvoir d’achat, n’hésitent pas à se positionner… plutôt en dehors du cortège. Louis : « Je m’en fiche, je sais qu’il y a des gens qui vivent des choses difficiles, mais je ne pense pas que la Fierté fasse avancer les choses. Je ne suis jamais allé à la Pride, je n’aime pas son côté provocateur, j’aurais tendance à dire que pour vivre heureux, il vaut mieux vivre caché ». Frank, plus reconnaissant : «Je ne ressens plus le besoin d’aller à la Pride qui a été récupérée politiquement. Cependant, critiquer la Pride ne serait pas rendre hommage à ceux qui montaient sur les chars et grâce auxquels nous avons obtenu les droits.». Marc, plus franc : « Vivre l’épreuve du sida a rendu la communauté plus forte et plus unie, mais je ne m’identifie pas au combat des personnes trans par exemple, même si je trouve logique qu’elles soient représentées.».

La présence de partis

“Si l’ancienne génération a su contester la Pride, son côté flamboyant, les critiques viennent aujourd’hui surtout des jeunes”, poursuit Chile Deman. Les jeunes qui trouvent que la Pride n’est plus assez militante, trop commerciale ou attaquée par les politiques, ce sont des voix contestataires qu’on peut entendre.» La présence des partis politiques – du PS (premier à envoyer un tank) à la N-VA, en passant par Écolo, le MR, le PTB et Les Engagés (dernier arrivé) – continue d’interpeller militants et participants. Bien plus que la présence par exemple de la Belgian Defence Rainbow Community, le groupe LGBT de l’armée soutenu par la ministre Ludivine Dedonder.

Si tout le monde veut désormais sa place à la Pride, il y a fort à parier que cette année – année électorale – ce lieu sera encore plus remarqué et transformé en espace de campagne. « En 1996, nous nous sommes mis à genoux pour avoir des politiques et nous ne les avions pas – maintenant, elles viennent toutes, reconnaît Chile Deman. Ils ont réalisé l’importance de l’événement. Si l’on prend en compte cette estimation selon laquelle 10 % de la population est gay, cela fait un nombre considérable d’électeurs.» Si certains critiquent la dérive commerciale de la Pride – qui n’est plus seulement gay –, il faut reconnaître que cela est attendu à l’agenda bruxellois. En 2003, 12 000 participants sont descendus dans les rues de la capitale. En 2023, ils étaient 150.000… Car la Pride, qu’on le sache ou non, est devenue un objet événementiel mis en valeur par l’office de tourisme VisitBrussels.

En mars, lors de la dernière édition de l’ITB – le Salon International du Tourisme -, VisitBrussels a reçu le Spartacus Travel Award de la meilleure destination LGBTQIA+. Il y a deux ans, lors du même salon, Frederick Boutry, conseiller LGBTQIA+ de VisitBrussels, s’est vu décerner le LGBTQIA+ Pioneer Award, récompensant son travail de « pionnier » au sein de VisitBrussels. Des distinctions qui soulignent l’effort politique de la capitale pour mettre en avant l’attractivité de la communauté LGBT en matière de tourisme et de loisirs. Chargé de promouvoir la vie gay, Frederick Boutry livre quelques éléments de la stratégie mise en place depuis près de dix ans pour faire de Bruxelles « la capitale LGBT de l’Europe »…

Bruxelles et le marketing gay

Quand on a commencé à y réfléchir, c’était quelque chose d’assez nouveau, peu de villes investissaient dans le secteur LGBT, commente-t-il. Nous avons identifié ce qui pourrait attirer des touristes à Bruxelles, d’abord en provenance des pays voisins, puis de plus loin. Nous avons travaillé sur la promotion de Pride, dont VisitBrussels est partenaire depuis 2012, et de La Démence (une soirée gay réputée pour ses deux pistes de danse, sa house music et son ambiance sex – NDLR), qui, à l’époque , était assez sulfureux. Mais au-delà de l’aspect sulfureux, il y avait une économie à explorer… Ce travail de promotion a porté ses fruits. En 2014, La Démence a accueilli vingt-deux nationalités ; en 2019, il en accueille plus d’une centaine.»

L’idée de promouvoir l’image de marque de Bruxelles à travers sa communauté gay suppose donc qu’il fait bon être gay dans la capitale. “Tout n’est pas parfait, répond Frédéric Boutry, il y a encore du travail à faire sur les questions d’homophobie et de racisme, mais aussi sur la représentation des lesbiennes et des personnes trans. Mais Bruxelles est une ville où la diversité est un atout, on peut rencontrer des gens qui viennent de partout.« Une diversité à laquelle la communauté LGBT apporte ses couleurs, sa culture, son pouvoir d’achat et même, si l’on en croit Frederick Boutry, son talent pour animer la ville. “Le public LGBT bruxellois a su montrer sa capacité de résilience dans la durée. Après les attentats et après l’épidémie de Covid, les touristes LGBT ont été les premiers à revenir. Ce public a aidé la ville à sortir de sa torpeur, c’est un public qui aime faire la fête.» C’est connu, et on le reverra le 18 mai…

 
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