à L’Oulibo, Pierre-André Marty a écrit 43 ans d’histoire de l’emblématique coopérative oléicole de Bize-Minervois

Pierre-André Marty n’a que 22 ans et est très courageux quand, en 1981, il prend la direction de la coopérative L’Oulibo à Bize-Minervois, une structure surendettée et en faillite. Pendant plusieurs années, il a fait cavalier seul pour réaliser ce qu’est ce fleuron de l’Aude qui emploie aujourd’hui 40 équivalents temps plein. Avec le sentiment d’avoir accompli son devoir, il prend sa retraite et laisse à son successeur une coopérative saine.

Depuis sa création en 1942, la coopérative oléicole L’Oulibo de Bize-Minervois n’a pas connu que des chapitres joyeux. Ce n’était au départ qu’un moulin, mais il a cessé de fonctionner en 1956 lorsque, à cause du gel, les oliveraies ont été complètement dévastées. Son sommeil a duré jusqu’en 1975 et le redémarrage a été pour le moins lent. En 1991, les dirigeants de la coopérative décident de recruter un directeur. Une dizaine de candidats ont été auditionnés. Pierre-André Marty en faisait partie. « En fait, j’ai été maintenu en deuxième position. Quelqu’un d’autre que moi était assis dans le fauteuil du réalisateur. Il n’a tenu qu’une semaine et a claqué la porte, effrayé par la situation et l’ampleur du chantier »il dit.

« C’était le Far West quand je suis arrivé ! »

Promu immédiatement réalisateur, Pierre-André Marty ne se doutait sûrement pas qu’il dirigerait L’Oulibo pendant 43 ans. Surtout compte tenu des circonstances : « C’était le Far West ! Je m’enferme dans le bureau, volets fermés, pour éviter les huissiers et la police. Cela a duré cinq ans »il se souvient.

Le logo Oulibo qu’il a créé s’inspire de celui de Batman projeté dans le ciel et sur les bâtiments de Gotham City.
L’Indépendant – PHILIPPE LEBLANC

“Faire des olives n’est pas une science empirique”

Il a dû tout apprendre au fil des années. « La fabrication des olives n’est pas une science empirique. Ce sont surtout les processus de désamérisation qui sont difficiles à maîtriser au départ. », il explique. Durant plusieurs années, il fut au four et au moulin, gérant l’administration et la production. Très vite, il sent que l’olive de Lucques est une opportunité, un atout pour la coopérative, un produit à valoriser et à promouvoir. Alors, une fois le savoir-faire acquis, il entreprend de parcourir chacune des rues de toutes les villes de la région, mais aussi les marchés, les foires, les restaurants, tout en gérant la petite coopérative. « C’était fastidieux parce que je récupérais les conteneurs que les clients apportaient. J’ai donc décidé de fabriquer des pots que j’ai moi-même étiquetés avec de la colle à tapissier”, se souvient André-Pierre Marty. Et puis sont arrivées les premières embauches. Création du logo…

«Nous ne proposons pas de luxe, mais du haut de gamme», affirme celui qui remet un poulailler en parfait état.
L’Indépendant – PHILIPPE LEBLANC

« Peu de gens le savent, mais j’étais un grand fan de bandes dessinées et de comics. Le lolo de L’Oulibo, tel que projeté, s’inspire de celui de Batman qui était alerté par la projection de son propre logo lorsqu’il était appelé à l’aide., dit Pierre-André Marty. Ce logo est devenu emblématique en Languedoc et au-delà. Les produits de la coopérative, olives et huiles, comptent parmi les joyaux d’Occitanie et bénéficient d’une appellation d’origine protégée. Les picholines, oliviers et lucques de l’Oulibo font référence et trônent même à l’honneur dans les rayons de Fauchon. « Ce n’est pas du luxe, c’est du haut de gamme que nous proposons »se réjouit le réalisateur, récemment retraité.

Aujourd’hui, la coopérative oléicole de Bize compte 40 salariés en équivalent temps plein, dont 33 salariés à l’année. Le magasin enregistre 120 000 visites par an et puise sa force dans un réseau de partenaires, tous producteurs locaux, tissés au cours de quatre décennies de travail forçat poursuivant un objectif louable : une rémunération équitable pour les 700 adhérents et établir un modèle économique fiable. « Pour que la production d’olives reste le 13ème mois des vignerons», souligne Pierre-André Marty.

L’Oulibo est devenu un fleuron de la gastronomie languedocienne grâce au dévouement d’un homme.
L’Indépendant – PHILIPPE LEBLANC

Celui qui a tout créé ici, à Bize-Minervois, qui a fait d’une coopérative moribonde une véritable destination touristique, notamment grâce à l’Odyssée, une visite guidée volontairement payante pour garantir la qualité, tournera la page. Parce qu’il a « le savoir », il l’a transmis à Antoine Pirès, ancien responsable qualité qui devient son successeur. Parce qu’il possède des oliviers, il devient « adhérent » de L’Oulibo. Il n’est pas question pour lui d’intervenir dans l’avenir de la coopérative. « J’exprime le souhait que le produit ne soit jamais bradé, que la qualité soit maintenue et que les producteurs soient équitablement rémunérés. Et j’ai une confiance totale, notamment dans l’émergence d’idées nouvelles. Bien sûr, si je demande conseil, je serai là.»

Des récoltes de plus en plus aléatoires

A 65 ans, Pierre-André Marty n’a pas forcément des perspectives de retraite « pépères ». Entre ses enfants et petits-enfants, son déménagement à Narbonne, son envie (diminuée) de voyages, sa passion pour la moto et ses oliviers, sa fin de carrière sera active. Et avant de passer de la lumière à l’ombre, il évoque les inquiétudes liées au climat. « L’irrigation des oliveraies sera à terme indispensable. Mais pas seulement. Toute notre agriculture du Sud est désormais menacée, je pense aux vignerons ainsi qu’aux producteurs de fruits et légumes », il a dit. Des préoccupations économiques aussi. Selon lui, la diversification des viticulteurs qui travaillent dur ne doit pas se traduire par une plantation excessive d’hectares d’oliviers. Parce que l’équilibre économique est pour le moins précaire. Et les récoltes sont souvent remises en cause.

La colombe apporta le rameau d’olivier à Noé pour signaler la fin du déluge et annoncer le retour de la vie sur Terre. La colombe minervoise vient de remettre, en plus de la branche, des droits à la retraite pour André-Pierre Marty. “Je travaille avec lui depuis 23 ans et, croyez-moi, honnêtement, il est plus que merveilleux.”nous a dit un employé avant de quitter le nouveau retraité.

 
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