des étudiants en ébénisterie ont restauré des meubles anciens du Château de Bourdeilles

« Un travail d’orfèvre. » Au Château de Bourdeilles (Dordogne), Sophie Guerlais, directrice du lycée professionnel de la Porte d’Aquitaine à Thiviers, observe avec fierté le travail des élèves de première année du certificat de métier d’ébénisterie de l’établissement. Les 11 jeunes hommes qui l’ont composé ont restauré six meubles anciens du château, classés Monument Historique, dans le cadre d’un partenariat avec le Département, propriétaire des lieux.

« Cela permet de confier du mobilier, qui n’est pas classé, aux étudiants pour qu’ils puissent pratiquer », explique Régine Anglard, vice-présidente du Conseil départemental chargée de la culture, qui rappelle que le site est géré par la Semitower. Les lycéens ont participé à ce projet pédagogique sous la houlette de Patrick Noble, professeur d’ébénisterie artistique et Meilleur Ouvrier de France, tourneur et tordeur sur bois en 2015, et Barbara Sibille, conservatrice au service départemental du patrimoine.


Les 11 étudiants de la classe avaient préparé leur présentation à l’avance.

Stéphane Klein/SO

« Ce qui est intéressant dans la restauration de meubles anciens, c’est qu’il faut penser à l’aspect éthique. L’objectif est de conserver autant de matériaux originaux que possible. Dans ce cas, ce sont des meubles qui sont en usage dans un monument historique, ce n’est pas comme un meuble de musée qu’on va mettre dans une vitrine. Ainsi, même si son authenticité et son intégrité doivent être respectées, elle doit être fonctionnelle. Il faut donc intervenir un peu plus que sur un objet de musée », explique Barbara Sibille.

Une centaine d’heures de travail

Coffres, prie-Dieu, chaire, table basse… Parmi tous les meubles traités, certains ont nécessité une « restauration en urgence », d’autres une « consolidation », indique Patrick Noble. Lundi 13 mai, les étudiants ont présenté à tour de rôle le produit de leur travail, réalisé entre début janvier et fin avril, avec les différentes étapes pour le réaliser.

Pour la majorité d’entre eux, il y a eu « beaucoup de travaux de nettoyage », précise le professeur. «Nous avons utilisé de la laine d’acier, de la térébenthine et du white spirit», raconte Timothée, qui a travaillé sur un prie-Dieu italien du XVIIe siècle avec son ami Hugo.


Hugo et Timothée ont restauré ce prie-Dieu du XVIIème siècle.

Vermont

Florian, qui a restauré un coffre Cassone du XVIe siècle, détaille le processus de restauration : « D’abord, nous avons repéré les défauts. Après nettoyage, nous avons ensuite appliqué un traitement contre les insectes xylophages [NDLR : des insectes qui se nourrissent de bois]. »

« C’est un honneur d’avoir restauré ces meubles anciens »

Certains meubles, comme celui-ci ou la chaire de style gothique de la fin du XVe siècle, restaurée par Mattis et Gaëtan, ont dû être partiellement démontés. « Nous avons démonté les pieds, qui n’étaient pas au même niveau, puis les avons recollés, les solidifiant. Par la suite, poursuit Florian, nous avons fait des greffes à plusieurs endroits. » Ceux-ci sont fabriqués à partir de bois massif, de la même essence que l’original (pour ce coffre, il s’agissait de noyer), et de résine époxy.

Mattis et Gaëtan, dans le but de simuler l’usure des plaintes qu’ils ont ajoutés à leur chaise, après avoir trouvé des chevilles au niveau des pieds lors du démontage, s’y sont par exemple rendus à coups de marteau pour reproduire les marques laissées par un usage régulier.


Mattis et Gaëtan travaillent sur les finitions finales.

Vermont

Chacun utilisait alors son huile de coude, mais surtout la cire d’abeille et le carnauba (issu des feuilles de palmier) pour vernir et polir les meubles, touches finales de leur ouvrage.

Recherche historique

Pour de nombreux étudiants, il s’agissait de leurs premiers pas en matière de restauration, car ils sont plus habitués à créer des choses. « Les élèves ont travaillé dur, il y avait une centaine d’heures de travail pour chaque élément », souligne leur professeur Patrick Noble.

Ils étaient également accompagnés de François-Xavier Trébucq, professeur d’arts appliqués, qui les a accompagnés dans le travail de recherche historique autour des différents meubles. Pour la chaire de style gothique, sur laquelle est représenté l’arbre de Jessé (l’arbre généalogique présumé de Jésus), ce travail fut particulièrement important, si bien que Mattis et Gaëtan matérialisèrent des « propositions » sur le motif de la fresque située en partie haute, cassé avant la restauration. Leur résultat, sous forme de dessin, a été ajouté au produit final.

«C’est un honneur d’avoir restauré ces meubles anciens», déclare Mattis. Un sentiment partagé par ses camarades de classe, ses professeurs et la directrice de l’établissement, qui se déclare « très fière » de ses élèves.

 
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