Quel mandat pour le Musée d’Art Contemporain ? – .

Quel mandat pour le Musée d’Art Contemporain ? – .
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Tous les mardis, Le devoir offre un espace aux créateurs de périodique. Cette semaine, nous vous proposons un texte publié dans le magazine Vies des artsnuméro 274 (printemps 2024).

Soyons réalistes, « musée » et « art contemporain » sont des termes contradictoires. Alors que le premier mot renvoie aux notions de savoir, de pouvoir, d’histoire et de patrimoine, le second évoque l’innovation, la contestation, la recherche et le présentisme.

Cette pensée n’est cependant pas partagée, car, dès le 19ee siècle, le musée dans sa volonté de contrôle a admis l’art contemporain selon les impératifs du marché. La présence de l’art « vivant » au musée est apparue dans une volonté de l’État, des collectionneurs et des artistes de placer cette production dans une continuité et de lui accorder la valeur ajoutée qu’apporte l’institution.

Bien que créé en 1964, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) s’inscrit dans cette logique en vue d’assurer l’accessibilité et la pérennité à la création artistique contemporaine. Le MAC a établi comme référence de l’art contemporain l’année 1939, date de la création de la Société d’Art Contemporain. Cela signifie qu’en 2024, le musée conservera une collection couvrant 85 ans.

La définition de l’art contemporain varie selon les musées, certains le font remonter aux années 1950, d’autres aux années 1960, d’autres encore incluent l’art des 25 dernières années. La collection antérieure est repoussée vers l’art moderne dont les limites temporelles sont également variables.

La mission du MAC s’énonce ainsi : « Faire connaître, promouvoir, préserver l’art contemporain québécois et assurer une présence de l’art contemporain international par le biais d’acquisitions, d’expositions et d’autres activités. » La formulation est volontairement large et ambiguë afin de profiter des opportunités qui se présentent. De plus, chaque direction et chaque équipe de conservation interprète cette mission différemment. […]

L’application de ce mandat évolue et elle est obligée de s’adapter aux circonstances auxquelles elle est confrontée. […] Force est de constater que le MAC ne dispose pas et n’aura jamais, même après son expansion, les ressources physiques, budgétaires et humaines pour remplir sa mission telle qu’elle est largement définie avec les 8 000 parties dont elle a la charge.

Défis

Face aux défis posés par la situation de ressources limitées, nous ne pouvons qu’espérer que le musée repense sa mission en des termes plus réalistes. Cette réflexion s’accompagnera d’un remaniement de son conseil d’administration afin de prendre en compte les orientations à définir selon les fonctions du musée (ex. médiation, éducation, muséologie, évaluation).

L’offre d’art contemporain et actuel est relativement vaste à Montréal. Maisons de la culture, centres d’artistes, galeries universitaires et commerciales, événements ponctuels et centres d’exposition privés proposent une programmation variée.

Ne pourrait-on pas imaginer que le MAC joue un rôle fédérateur dans cette offre ? Si le musée acceptait de s’engager plus directement dans l’écosystème de l’art contemporain québécois et montréalais, plusieurs conséquences directes en résulteraient. Celle qui apparaît la plus évidente se situe du point de vue de la recherche. En effet, les lieux qui présentent l’art contemporain ont majoritairement une approche monographique. S’il est thématique, il est souvent limité en termes de nombre de participants et de leur origine en raison des ressources dont dispose chaque organisation.

Nous tenons pour acquis que puisqu’il s’agit d’exposer la production actuelle, elle prend un sens pour les communautés où elle est présentée. En approfondissant les thématiques, en sélectionnant rigoureusement les artistes et les œuvres et en adaptant les formes de médiation en fonction des besoins du public, on obtiendrait une meilleure appréciation des enjeux de la création contemporaine.

La production de routine ne nécessite pas nécessairement des conditions muséales idéales et uniformes. Plusieurs ouvrages, à condition que leur intégrité physique soit assurée, s’accommodent de conditions environnementales moins strictes que celles des normes actuellement définies. […]

En libérant ses salles de la nécessité de proposer toutes ses expositions dans le bâtiment principal, le MAC pourrait ainsi présenter et animer sa collection. Par ailleurs, une partie, à caractère plus historique, pourrait être confiée à d’autres musées, afin qu’ils composent leur propre ensemble d’œuvres.

Précision du mandat et implication dans la communauté montréalaise et québécoise qui partage des objectifs comparables en matière de collection et d’expositions, tels sont les vœux que j’exprime pour le MAC.

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