La Suisse connaît une « pénurie d’enfants » et c’est un problème

La Suisse connaît une « pénurie d’enfants » et c’est un problème
La Suisse connaît une « pénurie d’enfants » et c’est un problème

Il y a une « pénurie d’enfants » en Suisse.Image : CLÉ DE CLÉ

La natalité baisse presque partout dans le monde, plus largement et plus rapidement que prévu. La Suisse n’échappe pas à ce phénomène et, malgré l’immigration, risque de voir bientôt sa population décliner. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

« Le monde se trouve à un tournant démographique surprenant », le journal Wall Street. La raison : le nombre de naissances est en chute libre. Et ce, « presque partout ». Un « effondrement » bien plus rapide et généralisé que prévu, qui risque d’avoir de profondes répercussions sur le plan économique, social et géopolitique, prévient le quotidien américain.

La preuve en est que le taux de fécondité mondial, indice représentant le nombre moyen d’enfants par femme, sera bientôt trop bas pour permettre à la population de se renouveler naturellement. Pour ce faire, le taux ne doit pas descendre en dessous de 2,2 (2,1 dans les pays développés).

En 2017, le taux de fécondité mondial s’élevait à 2,5 enfants par femme. A l’époque, les Nations Unies estimaient qu’il atteindrait 2,4 d’ici la fin des années 2020. Mais déjà en 2021, ce chiffre n’était que de 2,3. Selon les estimations faites par le le journal Wall Streetil pourrait désormais être inférieur à 2,2.

« Pénurie d’enfants » en Suisse

C’est particulièrement le cas en Suisse, où le taux de fécondité est tombé sous ce seuil à la fin des années 1960 et se situe actuellement à 1,3 enfant par femme. “Dans notre pays, les couples ont de moins en moins d’enfants”, confirme Philippe Wanner, démographe à l’Université de Genève. “C’est une situation de pénurie.”

Le spécialiste rappelle cependant que le taux de 2,1 est « une limite théorique », car il ne prend pas en compte la migration.

«La plupart des pays ayant un taux de fécondité inférieur à 2,1, dont la Suisse, bénéficient d’une contribution migratoire»

La migration permet donc de compenser la baisse des naissances. Toutefois, cette situation ne durera pas éternellement., prédit le démographe. «La Suisse est actuellement capable d’attirer beaucoup d’étrangers car elle favorise la migration locale et offre des salaires élevés, mais ce flux migratoire risque de se tarir», explique-t-il. La cause est que nos voisins « se retrouvent dans une situation démographique plus avancée que la nôtre », poursuit Philippe Wanner. “Leur population a déjà commencé à décliner, leur solde naturel est négatif, ce qui signifie que le nombre d’emplois disponibles augmente.”

«L’avantage salarial de la Suisse risque donc de ne plus suffire à attirer de nouveaux jeunes»

Philippe Wanner, Université de Genève

« La situation est grave »

Le danger d’un déclin démographique en Suisse est donc réel, estime Philippe Wanner. «Pour le moment, la population suisse continue d’augmenter. Ce sera encore le cas à court terme, mais les choses devraient changer à partir de 2035-2040 », explique-t-il.

« Si rien n’est fait, la population pourrait alors commencer à décliner de plus en plus nettement. La situation est grave et doit être surveillée attentivement.

Philippe Wanner, Université de Genève

Les conséquences d’un tel scénario ne doivent pas être sous-estimées. “Le déclin démographique se traduit d’abord par une pénurie de main-d’œuvre», explique Philippe Wanner. « À mesure que la population diminue, moins de jeunes entrent sur le marché du travail. À un moment donné, ils ne pourront plus remplacer les travailleurs âgés qui partent à la retraite.» Et le démographe rappelle que les retraités « continueront à vivre et à consommer encore de nombreuses années ».

Résultat : « Les charges sociales vont augmenter, tout comme les cotisations des actifs. » De plus, « cette situation entraîne également un déclin de la croissance, car les travailleurs ne sont plus en mesure de produire suffisamment ».

Une question privée

Dans de nombreux pays, les autorités considèrent qu’il s’agit d’une urgence nationale. Le dernier exemple en date est le plan de « réarmement démographique » annoncé fin janvier par Emmanuel Macron pour lutter contre la baisse de la natalité en France.

Plusieurs gouvernements ont mis en œuvre des programmes similaires. Jusqu’à présent, ils n’ont pas réussi à faire bouger les choses, rappelle le le journal Wall Street. « Ces expériences montrent qu’il est très difficile de faire évoluer la fécondité, et que des politiques natalistes très généreuses ne fonctionnent pas », confirme Philippe Wanner.

« En Europe de l’Est, par exemple, les autorités ont promis des discours très importants aux couples décidant d’avoir des enfants, mais cela n’a pas permis d’augmenter la démographie. »

Philippe Wanner, Université de Genève

Rien de tel n’a été tenté en Suisse. Et pour une bonne raison. “À la maison, nous considérons la famille comme une affaire privée., et que l’État ne doit pas interférer avec le comportement reproductif de la population », explique le démographe. «Pour cette raison, les autorités suisses ne mènent pas une politique de fécondité dont l’objectif clair est d’augmenter le nombre d’enfants.»

Si offrir de l’argent ne suffit pas, Philippe Wanner estime que créer un environnement favorable aux familles pourrait être plus efficace. Y compris en Suisse : « L’Etat et les entreprises pourraient intervenir à ce niveau : faciliter la conciliation entre activités professionnelles et familiales, proposer une politique fiscale avantageuse, proposer des réductions sur le prix des transports publics, accroître l’accès aux crèches », énumère-t-il. Autant d’embûches qui contribuent à expliquer la baisse de la natalité, selon le démographe.

« Des enquêtes montrent que certains couples aimeraient avoir plus d’enfants, mais ce désir se heurte à de nombreuses difficultés pratiques »

Philippe Wanner, Université de Genève

Pour résumer, Philippe Wanner invite à « remettre l’enfant à la place qu’il mérite au sein de la société ». Il y a urgence : « Quand la natalité baisse, il est difficile de rétablir une situation d’équilibre », conclut-il.

 
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