Le bilinguisme à petits pas à Timmins

Le bilinguisme à petits pas à Timmins
Le bilinguisme à petits pas à Timmins

Le français est en déclin dans les plus grandes villes du nord de l’Ontario. Mais un vent nouveau semble souffler sur Timmins, depuis la nomination, en octobre 2022, du premier maire franco-ontarien. Le devoir s’y rend pour faire le point sur l’état des Français dans la ville au cœur d’or, rattrapée par de nombreuses crises.

La mairesse de Timmins, Michelle Boileau, a le français dans l’âme. Depuis son bureau où flotte le drapeau franco-ontarien, elle souhaite faire de sa ville une « communauté accueillante pour les francophones ». Mais le chemin vers le bilinguisme est encore long, prévient l’élu, qui préfère « [s]nous nous concentrons » sur « les choses […] réalisable”.

« Ce n’est un secret pour personne : la vie quotidienne à Timmins est majoritairement en anglais. […] Je pense que nous avons encore du chemin à parcourir pour devenir véritablement une communauté accueillante pour les francophones », reconnaît M.moi Boileau.

Il existe encore « un certain niveau d’offre de services » dans cette ville du nord de l’Ontario, où le français est la langue maternelle de 38 % des 42 000 habitants. « Toutes les communes ne peuvent pas dire cela », tient-elle à souligner. Et le Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et nordiques, désormais durable, a permis l’intégration des nouveaux arrivants d’expression française. Mais ces derniers ont tendance à s’installer le long de la route 11, où ils ont « plus de chances de trouver du travail ». […] en français», explique M.moi Boileau. Les étudiants étrangers se dirigent souvent vers les grandes villes du sud de la province, comme Ottawa et Toronto, ou traversent la frontière pour se rendre à Montréal.

En effet, à Timmins, les immigrants francophones se heurtent à des employeurs anglophones, qui ne voient pas la « valeur ajoutée d’embaucher un travailleur francophone ». Même les « francophones de souche » sont réticents, affirme le maire. «Dès qu’on entend un accent québécois, un accent européen, un accent africain, du coup on a l’impression de ne pas être assez francophone. […] Il y a des barrières linguistiques entre nous et la personne, donc il y a une hésitation à embaucher de nouveaux arrivants francophones. »

La Ville a néanmoins besoin de cette main-d’œuvre, souligne Michelle Boileau, non seulement pour répondre à la pénurie, mais aussi pour « maintenir le même niveau d’offre de services en français » malgré le vieillissement de la population et l’exode des jeunes. « Il y a plein de postes à pourvoir dans toutes les industries, mais il y a certains secteurs dans lesquels on a besoin de francophones », ajoute-t-elle en citant les services sociaux et de santé. Le secteur minier, activité économique phare de la municipalité, bénéficierait également de « pouvoir faire des affaires en français ». « J’aimerais que ces gens puissent voir leur avenir ici. »

Pas à pas vers le bilinguisme

Malgré sa volonté de promouvoir la langue française, la maire ne « sait pas[t] non » si désigner Timmins comme ville bilingue était la meilleure solution. « Oui, à terme », précise-t-elle, mais elle craint que la démarche ne fasse sourciller de nombreux riverains. « Cela peut être très Source de division pour une communauté. Ensuite, je préfère me concentrer sur les choses qui peuvent être faites, qui sont réalisables. » Le changement se fera donc étape par étape, pour créer une « poussée volontaire ».

Élu président de l’Association française des municipalités de l’Ontario en septembre 2023, Mmoi Boileau préconise également cette stratégie à l’échelle de la province. « Il y a un intérêt de la part de mes homologues anglophones à être informés, à en apprendre davantage sur la Loi sur les langues officielles. […] Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au point où la municipalité est désignée bilingue pour pouvoir avoir une communauté plus accueillante. […] Il y a des petites choses ici et là que nous pouvons faire […], ce qui faciliterait la vie des francophones. »

Améliorer son image

Parmi ces « petites choses », Timmins cherche à redorer son blason. En effet, la ville au cœur d’or, durement touchée par les sans-abris et la crise des overdoses, connaît également un taux de criminalité élevé.

« J’entends des employeurs qui essaient d’embaucher, puis leurs candidats potentiels, une fois qu’ils effectuent une recherche sur Google et voient les gros titres sur la ville, ils se disent : « OK, ce n’est peut-être pas l’endroit pour nous », explique M.moi Boileau. « Nous devons également mieux communiquer sur les bonnes choses. […] Ce n’est tout simplement pas facile quand on est confronté à tant de défis. »

La gestion des problèmes de sans-abrisme et de toxicomanie, notamment la localisation d’un refuge d’urgence, a suscité de vives critiques à l’encontre de la maire, qui dit désormais craindre « très concrètement pour[s]”sécurité”. L’élue, enceinte de son deuxième enfant, a installé des caméras chez elle et s’est vue offrir une protection rapprochée de la part de la police municipale.

« Ce n’est certainement pas un environnement de travail très agréable en ce moment », dit-elle. Mais « je pense qu’au cours des prochaines années, il y aura une histoire positive pour Timmins. » »

Ce rapport est soutenu par l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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