«Je suis parti de rien»

«Je suis parti de rien»
«Je suis parti de rien»

La Voix de l’Est (LVE) : Alain, je sais que tu es toujours amoureux de ton travail. Alors pourquoi se retirer ?

Alain Préfontaine (AP): J’ai 67 ans et je suis en bonne santé. Mais ce que ça va être à 73, 74 ou 75 ans, je ne sais pas. Donc je veux profiter du fait que je suis en forme pour faire autre chose.

LVE : Comme quoi ?

PENNSYLVANIE: J’ai envie de voyager, ce que je n’ai jamais fait assez à mon goût. J’ai envie de prendre du temps avec Sandra, ma conjointe, qui s’est occupée de la famille sans rien dire pendant que je dirigeais les arénas. Croyez-moi, elle le mérite. Elle, je vous le jure, elle va droit au Ciel !

LVE : Nous nous retrouvons tous les vendredis soirs de l’été, ou presque, à l’Autodrome Granby. J’imagine qu’aller à des courses partout fait partie de vos projets.

PENNSYLVANIE: J’ai mes abonnements à l’Autodrome et au total, je dois voir entre 50 et 60 programmes par an. J’aime ça pour de vrai. J’ai vu des courses partout aux États-Unis, mais je n’ai jamais vu le Daytona 500. C’est dans mes projets !

LVE : Racontez-moi, comment a commencé cette belle aventure dans le monde du recrutement ?

PENNSYLVANIE: C’était avec les Bisons de la LHJMQ, à Granby, en 1981. J’étais préposé à l’équipement et, après une séance d’entraînement, l’entraîneur et directeur général Gaston Drapeau m’a convoqué dans son bureau. Il m’a dit : “Alain, je veux t’offrir une belle promotion !” J’étais heureux, mais je ne savais pas de quoi il s’agissait. Il m’a dit qu’il me proposait le poste de chef recruteur ! Je lui ai dit : « On n’en a pas déjà un ? Il m’a dit oui, mais qu’il ne l’avait jamais vu ! Quand j’ai dit à Gaston que je n’avais jamais fait ça, il m’a dit : “Ce n’est pas grave, je sais que tu iras bien !” Et quand je lui ai demandé si j’avais des recruteurs avec qui travailler avec moi, il a répondu : « Oui, oui, ils sont tous ici au bureau ! » Le truc, c’est qu’il n’y avait que Gaston et moi au bureau !

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Alain Préfontaine en discussion avec Jocelyn Thibault, alors directeur général du Phoenix de Sherbrooke. (Vincent L. Rousseau/Phoenix)

LVE : Quelle histoire !

PENNSYLVANIE: Mais c’est vraiment comme ça que tout a commencé. On peut vraiment dire que je suis parti de rien, si ce n’est de l’amour du hockey. Le plus drôle, c’est qu’à la suite du prochain repêchage que j’ai effectué, le journaliste Marc Lachapelle, à l’époque la bible du hockey junior, a écrit que Granby avait réalisé le meilleur repêchage de la ligue. Je me suis dit : “Je dois être sur la bonne piste! »

LVE : Vous avez repêché le grand Patrick Roy et, plus tard à Shawinigan, Stéphan Lebeau, qui a été l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de la LHJMQ. Mais être recruteur est un métier exigeant.

PENNSYLVANIE: Il faut aimer ça, c’est clair. Cette saison, j’ai vu 280 matches et j’ai parcouru 40 000 kilomètres pour assister à tous ces matches. C’était évidemment plus difficile à l’époque où j’avais un travail de jour.

LVE : Vous avez été chauffeur-livreur chez Labatt pendant plus de 30 ans, n’est-ce pas ?

PENNSYLVANIE: Oui. J’adorais mon travail, j’adorais travailler avec le public. Mon horaire était fixe et quand j’avais un match de hockey programmé en soirée, ça arrivait beaucoup plus vite !

LVE : Mais le recrutement est un travail solitaire, n’est-ce pas ?

PENNSYLVANIE: Oui, mais c’était parfait comme ça. J’adorais partir en voiture et être toute seule. Je n’écoutais même pas la radio, j’appréciais le silence. J’étais calme et je pensais à mes affaires.

LVE : À Granby, tout le monde vous connaît sous le surnom de « Pee-wee ». D’où vient le mot « pipi » ?

PENNSYLVANIE: Mon père était un bon joueur de baseball et son idole était l’arrêt-court des Yankees Pee Wee Reese. Quand je suis arrivé au niveau midget avec les Orioles, le grand Jean Patenaude m’a dit : « Tiens, voilà Pee-wee 2 ! C’est resté. C’est drôle, car il n’y a vraiment qu’à Granby qu’on m’appelle « Pee-wee ».

LVE : Nous avons parlé des Bisons de la LHJMQ plus tôt. Regrettez-vous cette époque de la LHJMQ chez nous ?

“Énormément. Et je me pose toujours la même question : pourquoi ça marche dans des villes comme Drummondville, Victoriaville et même Baie-Comeau et pourquoi ça ne pourrait pas marcher à Granby ? Je pense qu’il fut un temps où les propriétaires manquaient de vision. On voulait économiser de l’argent et ça faisait que ce n’était pas toujours les meilleures décisions qui étaient prises… Aujourd’hui, il faudrait refaire le Centre sportif Léonard-Grondin pour accueillir une équipe.

— Alain Préfontaine

LVE : La retraite approche donc bientôt. Allez-vous abandonner complètement le hockey ?

PENNSYLVANIE: Ce n’est pas ce que je veux, non. Je me verrais dans un rôle de consultant, disons, dans la LHJMQ. Question de rester proche du jeu que j’aime tant sans être toujours là.

LVE : Vous verriez-vous aider les Bisons de la Ligue Senior AAA ou les Inouk ?

PENNSYLVANIE: Personne n’est prophète dans son propre pays, vous savez. Je n’ai jamais reçu un seul appel de ces deux organismes. Quoi qu’il en soit, je préférerais demeurer dans la LHJMQ, dans une ligue que je connais parfaitement.

 
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