La rive du lac à Saint-Sulpice se revitalise

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Redonner aux rives du lac Léman un caractère proche de son état naturel: tel est l’objectif d’un projet pilote vaudois de renaturation des berges. Rapport.

Un projet pilote de renaturation des berges du Léman est en cours à Saint-Sulpice. © © Fabrice Ducrest/UNIL

Un projet pilote de renaturation des berges du Léman est en cours à Saint-Sulpice. © © Fabrice Ducrest/UNIL

Sevan Pearson, Saint-Sulpice (VD)

Publié le 10/05/2024

Temps de lecture estimé : 4 minutes

A quelques mètres du rivage, des troncs empilés horizontalement sur environ un mètre de haut et renforcés par de solides pieux verticaux trônent dans le lac Léman. Plusieurs structures similaires coexistent à faible distance du rivage. C’est ici, en bordure des terrains d’enseignement supérieur, que le canton de Vaud, la commune de Saint-Sulpice, l’Université de Lausanne et l’EPFL mènent un projet pilote de renaturation des rives du lac, sur une longueur d’environ 250 mètres.

«En raison de la forte érosion de la berge, il est devenu nécessaire d’entretenir l’enrochement», explique Yves Scheurer, chef de projet d’aménagement à la Direction générale de l’environnement du canton de Vaud. « Nous avons plutôt opté pour un projet de revitalisation des berges du fleuve. » Le but? Redonner au bord du lac un caractère proche de son état naturel, avec le profilage de la rive en pente douce et la création d’espaces favorables au développement de la végétation aquatique.

De nouvelles roselières

Le principe : créer un substrat composé d’un mélange de sable et de graviers dans un endroit abrité des courants et y faire pousser des roseaux et autres espèces humides.

« Cela permet de développer la biodiversité, que ce soit au niveau de la flore ou de la faune », explique le gérant. Les roselières sont particulièrement appréciées par certaines espèces de poissons qui s’y nourrissent ou y frayent. Des oiseaux comme le grèbe huppé ou la paruline s’y reproduisent également, sans oublier de nombreuses espèces d’insectes ou d’amphibiens.

« Cela contribue à développer la biodiversité »
Yves Scheurer

«Il ne s’agit cependant pas de créer une réserve protégée, mais plutôt un environnement biologiquement fonctionnel», souligne Yves Scheurer. De plus, les humains ne seront pas bannis des lieux. « Une plateforme en bois surplombant le rivage permettra d’observer le site. »

À l’heure actuelle, de jeunes pousses de roseaux sortent encore de l’eau. Car le lac, comme chaque Source, a vu son niveau baisser, ce qui facilite les travaux. « Nous les avons démarrés le 25 mars et ils devraient durer environ deux mois. C’est un peu une course contre la montre, car le lac Léman a commencé à monter depuis le 15 avril, selon le calendrier officiel», explique Patrick Arnold, responsable des parcs et jardins de l’Université de Lausanne.

Beaucoup de banques artificielles

Une entreprise, utilisant le trax, construit les structures faites de troncs et dépose le fameux mélange alluvionnaire, dans lequel les roseaux prendront racine. « Un paysagiste vient les planter, précise le gérant. Pour Patrick Arnold, ce projet pilote s’inscrit dans une démarche cohérente. « L’ensemble du site du lycée est 100 % naturel et il était logique qu’une partie des rives du lac le redevienne également. »

Des roseaux sont plantés dans la zone en cours de revitalisation. © © Fabrice Ducrest/UNIL

Car dans les années 1960, là où se trouve aujourd’hui un terrain de rugby au bord du lac Léman, s’étendaient des prairies humides. Pas de rochers sur le rivage, mais des roselières. Cependant, le projet ne prévoit pas un retour à cet état. «Le sentier qui longe le lac sera à nouveau entièrement accessible dès que les travaux seront terminés», assure Patrick Arnold.

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« La communauté universitaire est associée au projet »
Patrick Arnold

Le gestionnaire voit un autre avantage dans ce projet pilote. « La communauté universitaire, et notamment nos botanistes, est associée au projet. Dans le futur, on pourrait tout à fait imaginer que des étudiants viennent effectuer des travaux pratiques dans cet environnement naturel recréé. »

Si cette expérience a vocation à devenir une sorte de « vitrine », elle ne peut être répétée telle quelle. « Chaque cas est particulier et nécessite une étude. Par ailleurs, plusieurs projets sont en cours de développement sur différents lacs vaudois», révèle Yves Scheurer. Sur 194 kilomètres de rives lacustres du canton (plans d’eau naturels), 26 présentent un fort bénéfice en cas de revitalisation. Mais le défi est de taille: 90% des rives vaudoises du lac Léman sont artificielles, alors que ce taux n’atteint que 40% pour le lac de Neuchâtel.

Un projet à Fribourg aussi

Et dans le canton de Fribourg ? Selon le Département de l’Aménagement du Territoire, des Infrastructures, de la Mobilité et de l’Environnement, environ 61% des rives des lacs (Neuchâtel, Morat, Noir, Seedorf et Pérolles) sont dans un état naturel, proche de celui de-celui-ci ou peu dégradé. .

“Aucun projet n’a encore été réalisé, mais des études sont en cours pour le site de Muntelier”, précise la secrétaire générale Sonja Gerber. Au cours des 15 à 20 prochaines années, le canton prévoit de revitaliser 17 tronçons d’une longueur totale de 6,1 kilomètres. A cela pourraient s’ajouter 11 tronçons subsidiaires d’une longueur de 6,8 kilomètres, à réaliser au-delà de ce délai.

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Environ 250 mètres de berges sont concernés par le projet pilote de revitalisation à Saint-Sulpice. © © Fabrice Ducrest/UNIL

A l’échelle suisse, selon les plans stratégiques de revitalisation établis par les cantons, 511 kilomètres (soit 37%) des 1’381 kilomètres de rives des lacs concernés ont une morphologie naturelle ou proche de celle-ci, selon l’Office fédéral de l’Environnement. environnement. Entre 2011 et 2022, 23 projets de revitalisation ont été réalisés pour une longueur totale de 8,4 kilomètres. D’ici 2090, l’objectif est de revitaliser un quart de l’ensemble des rives (rivières et lacs), soit environ 220 kilomètres de rives lacustres. Le coût? Environ 3000 francs le mètre. La Confédération subventionne les projets à hauteur de 35 à 55%.

 
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