Rapport de la Banque du Canada | Les locataires sont dans une situation pire que les propriétaires

Rapport de la Banque du Canada | Les locataires sont dans une situation pire que les propriétaires
Rapport de la Banque du Canada | Les locataires sont dans une situation pire que les propriétaires

La hausse rapide des taux d’intérêt fait craindre le pire aux détenteurs de prêts hypothécaires. Mais ce sont les ménages sans crédit immobilier qui montrent le plus de signes de difficultés financières, révèle le Rapport sur la stabilité financière publié jeudi par la Banque du Canada. Son gouverneur, Tiff Macklem, a répondu à nos questions.


Publié à 1h08

Mis à jour à 5h00

Les ménages sans prêt hypothécaire ont plus de difficulté à joindre les deux bouts que ceux qui en ont un. Comment expliquer cela ?

Cela est dû à la hausse rapide des prix des loyers, mais ce n’est pas seulement à cause de cela. C’est aussi parce que les taux d’intérêt sur les prêts à la consommation et les prêts automobiles ont augmenté. La nourriture coûte également plus cher. Les locataires ont généralement des revenus inférieurs à ceux des propriétaires, ce qui explique pourquoi les défauts de paiement sur les cartes de crédit et les prêts automobiles parmi les ménages sans hypothèque augmentent et sont revenus aux niveaux d’avant la pandémie, tandis que les défauts de paiement parmi les emprunteurs ayant un prêt hypothécaire sont faibles et stables.

La moitié des créanciers hypothécaires ont déjà renouvelé leurs prêts à des taux d’intérêt plus élevés et le taux de défaut reste très faible, à 0,5 %. Pensez-vous que ce taux va encore augmenter ?

Le taux de défaut est faible, mais cela ne veut pas dire que ce n’est pas difficile pour ces ménages. Ils se sont adaptés en réduisant leurs dépenses. Ils remboursent leurs hypothèques, leurs cartes de crédit et leurs prêts automobiles. Mais les taux d’intérêt sont plus élevés et ils disposent de moins d’argent pour d’autres dépenses. Ils ont ajusté leur consommation. Cela n’a pas eu d’effet majeur sur la stabilité financière (jusqu’à présent).

Il ne serait pas surprenant que le taux de défaut augmente au cours des deux prochaines années, car les ménages qui renouvellent leur prêt hypothécaire connaîtront une variation du taux d’intérêt plus importante que ceux qui l’ont déjà renouvelé. On sait également que ces ménages ont moins de valeur nette sur leur logement et qu’ils ont contracté des prêts hypothécaires plus élevés en moyenne en fonction de leurs revenus. Pour ces raisons, l’ajustement au cours des deux prochaines années pourrait être plus difficile. En revanche, l’emploi est plutôt bon, les ménages ont vu leurs salaires augmenter et ils ont économisé pendant la pandémie. Il y a donc des choses qui vont dans l’autre sens.

Le nombre de faillites d’entreprises est en forte augmentation. Faut-il s’inquiéter ?

C’est inquiétant pour ces entreprises qui font faillite, mais en termes de stabilité financière, ce n’est pas si inquiétant car il y a de bonnes raisons de penser que certains éléments de cette forte augmentation des faillites traduisent un certain rattrapage. Pendant la pandémie, les faillites étaient très faibles, bien en deçà d’un taux de faillite normal, parce que les taux d’intérêt étaient très bas et qu’il y avait plusieurs programmes pour aider les petites entreprises.

Après une période de trois ans marquée par un très faible nombre de faillites, il n’est pas si surprenant que les faillites augmentent. Oui, c’est plus élevé que la normale. S’il rattrape son retard, il devrait diminuer. Les données les plus récentes montrent un certain déclin, mais il est un peu tôt pour conclure que ce déclin continuera. En termes d’impact sur la stabilité financière, la plupart de ces entreprises en faillite sont de très petite taille et si l’on considère l’ensemble du portefeuille de prêts aux entreprises des banques, les taux de défaut sont globalement faibles. Les grandes entreprises se portent plutôt bien.

Le dernier Rapport sur la stabilité financière est plus optimiste que l’année dernière. Alors que les taux d’intérêt devraient baisser, quel est le principal risque pour la stabilité du système financier ?

Le plus inquiétant est l’adaptation des ménages à des taux d’intérêt plus élevés. La plupart des ménages s’adapteront. Parmi ceux qui ont un prêt hypothécaire, il y en a encore 50 % qui le renouvelleront au cours des deux prochaines années et nous savons que ces renouvellements se feront avec une plus grande augmentation des taux d’intérêt. C’est quelque chose que nous examinons de près.

Certes, le marché s’attend à une baisse des taux d’intérêt, mais s’il y avait un choc inflationniste et que les taux d’intérêt ne baissaient pas, le problème serait encore plus grave. L’économie pourrait ralentir plus rapidement et le taux de chômage pourrait augmenter, les revenus des ménages pourraient diminuer et il deviendrait plus difficile de rembourser ses prêts hypothécaires. Ce n’est pas notre scénario de base, mais il est vrai que les ménages canadiens sont davantage endettés.

Comme je l’ai mentionné, je ne pense pas que les taux d’intérêt baisseront très rapidement et je ne m’attends pas à ce qu’ils reviennent au niveau où ils étaient pendant la pandémie. Ils n’y vont même pas baisse au niveau où ils étaient avant la pandémie.

À mesure qu’une baisse des taux devient plus probable, nous constatons que des dissensions apparaissent au sein du conseil d’administration de la Banque quant au moment approprié pour amorcer la réduction des taux. Vos réunions s’allongent ou le ton des discussions monte ?

Une certaine diversité de perspectives est une bonne chose. Tout le monde vient avec des expertises et des expériences différentes et nous travaillons ensemble. J’aime cette discussion. Je pense que c’est une très bonne façon de prendre des décisions. Au Canada, ce n’est pas une personne, une voix [comme c’est le cas dans d’autres banques centrales]. Il est de notre responsabilité de travailler ensemble pour trouver la meilleure décision et pour cela, nous devons écouter nos collègues.

Mais les réunions s’allongent ?

Ils sont plus riches. Vous pouvez avoir des points de vue différents sans être en colère contre votre collègue. Je suis le président du conseil d’administration et c’est vraiment à moi d’essayer de trouver une décision où tout le monde se retrouve.

 
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