Il était une fois la route rurale numéro 3 – .

Il était une fois la route rurale numéro 3 – .
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Mort de soif comme les autres.

La seule exception est une hoya que Mononc’ Maurice m’a offerte, c’était la deuxième, la première n’a pas survécu. Mais Maurice n’est plus là pour m’en donner un troisième et je me suis fait la promesse de le faire fleurir comme il le faisait si facilement, pour le retrouver, pour entendre son rire.

Les années passent, j’attends toujours une première grappe de fleurs.

Et leur parfum sublime.

J’y ai pensé lundi, je suis allé rendre visite à Jacques Hébert qui préparait tout juste ses jardins pour l’été, sur son immense terrain boisé entouré de nouveaux développements et de lots appartenant à des promoteurs immobiliers. Comme l’année dernière et les années précédentes, il réalisera 450 massifs de fleurs, avec 1 400 variétés de plantes vivaces.

Et il a, sur une étagère de son salon vitré, une hoya resplendissante, parmi d’autres plantes tout aussi vibrantes de vie.

Je vous ai parlé de lui il y a trois ans, la Ville lui donnait du fil à retordre suite à des plaintes de voisins, elle lui avait ordonné de cesser de produire son BRF, un paillis fait de bâtonnets de bois pour lequel elle avait gagné des prix, un produit unique qui les horticulteurs rivalisaient pour faire fleurir leurs parterres de fleurs.

Le plus ironique est que la moitié de ses matières premières, des arbres coupés ou élagués, provenaient de la ville.

Jacques a dépensé des milliers de dollars pour mesurer le nombre de décibels produits par ses machines, pour réduire leur portée, jusqu’à ce que le coupable soit identifié : la thermopompe d’un de ses voisins était à l’origine de ce fameux bruit pour lequel il avait été pointé du doigt et blâmé sans plus attendre.

La saga a duré trois ans, elle s’est terminée lors d’une audience publique le 5 mai 2023 où l’on a encore salué ce qu’il apporte à la communauté. « Tout est réglé maintenant », assure l’agriculteur qui dort mieux depuis. « C’était le manque de justice dans tout cela qui était difficile, c’était tellement illogique. J’aurais pu abandonner, mais c’est ma passion.

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Les premières à fleurir, les jonquilles ouvrent le bal de l’été. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)

Tout a commencé en 1982 lorsqu’il quitte Lotbinière pour le 594 George-Muir, pour s’y installer avec son épouse et ses deux enfants. “Quand je suis arrivé, je passais pour quelqu’un de l’arrière-pays.” Il y avait une vieille chaumière, surtout quatre hectares de terrain autour. “C’était une maison de 1870, il lui manquait beaucoup d’amour… J’aurais pu la démolir et la reconstruire, mais j’ai choisi de la rénover.”

Il lui a redonné son cachet d’antan, on se croirait dans une maison de campagne, au coeur de la banlieue nord et de Canexel.

Il commence par cultiver un potager, puis des jardins fleuris, grâce à une « ancienne paysanne » de L’Ancienne-Lorette, qui lui transmet la passion des plantes vivaces. Nous sommes en 1988, année où il commence à accueillir du monde chez lui, dans ses jardins privés qu’il a depuis ouverts au public. « Dans les premières années, on me demandait mon sol… »

Son entreprise, Perennial Gardens, était née.

A l’époque, l’effervescence de la ville était plus lointaine, il restait encore quelques vestiges d’un passé pas si lointain. « J’ai reçu du courrier, il était écrit : Chemin rural numéro 3. Il y avait un monsieur qui avait une scierie, il allait bûcher dans le parc. Il se balançait sur son porche en fumant sa pipe, j’allais souvent discuter avec lui, c’était un livre ouvert de partage de cœur.

C’est Jacques, sans la flûte et la berceuse.

A 75 ans, il ne compte pas s’arrêter. « J’ai grandi avec un oncle et une tante qui n’avaient pas d’enfants. J’ai commencé à travailler à 10 ans et à 13 ans, ils m’ont proposé leur ferme ! Le travail, pour moi, est un plaisir, ce n’est pas une aliénation.

C’est tellement évident.

L’autre chose qui saute aux yeux, c’est l’importance qu’il accorde à la communauté, au collectif. “J’étais écologiste avant que ce soit à la mode.” Egalement adepte de l’économie circulaire avant la lettre. Son activité est on ne peut plus dans l’air du temps, récupérant et transformant les résidus et les feuilles des arbres pour qu’ils nourrissent les arbres et les fleurs.

Mais Jacques a un autre rêve, suite logique du chemin qu’il a patiemment frayé. « J’aimerais démarrer un projet sociétal. J’avais déjà regardé une ferme à Saint-Jacques-de-Leeds il y a plusieurs années, mais c’était un peu loin, je travaillais ici. J’aimerais faire un tout qui nous ressemble, pour me rapprocher de notre totalité.

Une petite société écologique pour de vrai, pas seulement sur le papier, pour contrebalancer celle « où l’on a toujours tendance à se référer à l’économie ».

Un peu dans l’esprit de ses jardins. « Ici, c’est une entreprise qui va bien, qui apporte de la qualité. Je n’aurais pas pensé faire des plantes ornementales, mais c’est un prétexte pour jouer dehors, rencontrer des gens, leur transmettre votre passion de l’horticulture, partager vos centaines de variétés de plantes vivaces.

Pour partager son amour de la vie.

Jacques milite à sa manière pour une société qui place la nature et l’humain avant l’économie. « On a beaucoup parlé d’écologie, mais qu’en fait-on réellement ? Il faut parvenir à réduire nos besoins et agir pour que l’action devienne le moteur de notre vie. Nous sommes tellement couverts par le protectionnisme que nous devons abandonner toute une série de filets de sécurité dont nous disposons, comme les fonds de pension.»

Aux « milliardaires qui gèrent la planète », il oppose « l’autosatisfaction ».

C’est ce qu’il retrouve au contact de la terre, dans l’effort physique, manuel, dans la force qu’il faut pour porter les poches de paillis. De son œuvre, il dirait ceci : « Je n’en ai pas besoin pour vivre, mais j’en ai besoin pour vivre. »

Comprenez-vous la nuance ?

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