« Je suis plutôt fier de la manière dont la ville se développe »

Par Daniel Cholet
Publié le

6, 24 mai à 12h31

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Victorieux en 2014 des élections municipales de Sannois (Val-d’Oise), l’ancien enseignant et directeur d’école Bernard Jamet (Dvd), 67 ans, a mis fin aux 22 ans de pouvoir de Yanick Paternotte.

L’ancien député de la jeunesse l’a emporté avec 48,20% des voix dans une triangulaire.

En 2020, il est réélu avec 47,8 % et 422 voix devant Nicolas Ponchel (40,13 %) lors d’une élection triangulaire arbitrée par Gilles Heurfin (Pcf) qui obtient 12,06 % des voix.

Qu’avez-vous appris en dix ans ?

J’ai appris qu’on apprend de ses erreurs. En 2014, l’équipe était inexpérimentée et le maire était en devenir. On a eu un premier mandat très difficile, comme tous les premiers mandats… On a manqué d’expérience. Il fallait donc fédérer l’équipe autour d’un projet. Cela s’est fait en six ans, mais avec difficulté. On a commencé à 26 ans, on a fini à 20. J’ai eu une opposition farouche qui pendant six ans a tenté, par des moyens irrespectueux, de démolir l’homme. Depuis 2020, les relations se sont améliorées.

Quelles sont les choses dont vous êtes le plus fier ?

Il s’agit tout d’abord de la réduction de la dette, en supprimant les prêts toxiques. Il ne nous reste plus que 400 000 € d’emprunts toxiques, contre dix millions au départ. Et même si nous avons réalisé des investissements très importants, nous avons réussi à réduire la dette de moitié, de 38 millions d’euros à 19 millions d’euros.

Le deuxième succès est que l’équipe s’est soudée face à l’adversité. Nous étions fragiles, nous sommes devenus des rochers ! Ensuite côté projets, je dirais l’agrandissement de l’école Gambetta avec le centre de loisirs et une aire de jeux que tout le Val-d’Oise envie ! Les cours sont des espaces de vie très importants.

Mais aussi, le nouveau bâtiment de restauration périscolaire Samuel-Paty à Pasteur, le stade Fernand-Coutif, le label 100% Eac (éducation artistique et culturelle) comme Taverny, la Villa Ribot rénovée.

La programmation culturelle a été complètement modifiée. On est passé du théâtre de boulevard au théâtre de grande qualité. Les rues ont été rénovées. Nous améliorons le patrimoine public pour enrichir le patrimoine de chacun. Enfin, je n’oublie pas le milieu urbain : le 100% LED permettant l’éclairage public la nuit ; le développement de la vidéoprotection ; la police partagée qui permet une présence policière la nuit depuis 2017. Avec ma première délégation de transport, nous avons grandement amélioré les lignes de bus pour désenclaver le quartier du Moulin.

Des regrets, des échecs ?

D’avoir enlevé les arbres quand on a refait le boulevard Gambetta pour faire des pistes cyclables. C’était une erreur que je ne ferais plus jamais. C’était un projet départemental et politiquement j’étais coincé.

La refonte du Plan Local d’Urbanisme a suscité de nombreuses discussions lors du premier mandat. Sannois évolue-t-il dans le bon sens ?

Oui. C’est une opportunité pour la communauté. Comme nous ne manquons pas de logements sociaux, la plupart des logements en construction sont privés. Cela amène une population plutôt aisée permettant à Sannois de franchir un cap sociétal et sociologique.

Nous avons plutôt bien géré le choc de la construction, géographiquement – ​​les promotions immobilières sont sur les grands boulevards – et quantitativement : nous avons su dire oui, mais aussi dire non aux promoteurs. Il y a un équilibre dans la façon dont la ville se développe dont je suis assez fier.

On vous a reproché d’avoir détruit plusieurs projets emblématiques de l’époque Paternotte, le musée de la boxe, le musée Utrillo-Valadon. Était-ce justifié ou pour tourner la page de Paternotte ?

Non, ce n’était pas pour tourner la page de Paternotte, c’était justifié. Le musée de la boxe n’avait rien à voir à Sannois même s’il existe de très bons clubs de boxe. Pour le musée Utrillo-Valadon, nous avons dû l’arrêter car le bâtiment était en mauvais état. Nous allons rénover cette Villa Rozée en y installant les services municipaux, la salle des mariages et en remettant les tableaux d’Utrillo.

Mais c’est vrai que j’ai toujours pensé que la culture devait s’orienter en fonction des besoins de la population et que la politique élitiste des musées ne correspondait pas aux attentes de la population.

Vous avez annoncé que vous seriez candidat en 2026 après avoir affirmé que vous arrêteriez le 31 octobre 2024. Pouvez-vous encore changer d’avis d’ici deux ans ?

Non. Impossible, c’est définitif. C’est une réflexion menée en famille, avec mon épouse, suite aux émeutes. Si je suis en bonne santé, je terminerai le trimestre. Mais je ne donne aucune garantie quant aux élections de 2032.

Vous soutenez Éric Zemmour. Certains vous reprochent ce positionnement d’extrême droite.

Tout d’abord, je ne suis pas entraîneur. Mais j’ai une cohérence politique. Depuis 2002, je me présente comme souverainiste. J’ai fait la campagne Chevènement. Je suis très attentif à l’indépendance de la France. Je suis démocrate.

Dans mon équipe, les gens ne pensent pas comme moi politiquement. Ma liste reste hétéroclite et sans étiquette. Mais je suis transparent, je dis les choses et pour moi c’est le contraire du mépris, du fascisme.

J’ai assisté à la réunion (pour les élections européennes) du Nouveau Centre avec Gilles Mentré.

Nous avons discuté avec beaucoup de respect mutuel malgré nos différences. Quand j’écoute Gabriel Attal qui parle de souveraineté et du danger de la charia dans les écoles, je me dis qu’à un moment donné, il faudra tomber les frontières artificielles.

“L’esprit du village a été détruit par la construction”

Nicolas Ponchel. ©DC/La Gazette du Val-d’Oise/-.fr

Nicolas Ponchel (centre droit), élu en 2014 sur la liste de Bernard Jamet, entré dans l’opposition en 2015, estime que c’est « la qualité de vie » qui a le plus souffert ces dix dernières années.

“La dette est moindre mais la ville s’appauvrit”, affirme le leader du groupe À l’Unison, avec Sannois en tête, qui estime que “l’esprit du village a été ravagé par la construction, qui se fait sans nouveaux services, ni de nouvelles routes ou écoles. Nous sommes saturés à tous les niveaux. Sannois est devenue une ville dortoir.

Pour l’élu, le fait que Bernard Jamet ait rejoint Éric Zemmour constitue

“un marqueur d’extrême droite embarrassant pour la ville, alors que nous étions une liste sans étiquette en 2014”.

Enfin, il estime que « la démocratie participative est inexistante ou très limitée » à Sannois. Il reproche au maire d’avoir « coupé le micro » en conseil. “C’est pourquoi je ne vais pas aux réunions et pourquoi je me concentre sur le terrain.” Nicolas Ponchel compte se représenter en 2026. Il se dit optimiste. “En 2020, nous n’avons perdu que par 422 voix.”

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« Une position extrémiste »

Célia Jacquet-Léger. ©DC/La Gazette du Val-d’Oise/-.fr

Célia Jacquet-Léger, 44 ans, élue (centriste) dans l’opposition depuis huit mois, a été majoritaire pendant près de dix ans. « Le premier mandat a été difficile », rappelle l’ancien deuxième adjoint, qui évoque « des moments de frictions, avec cinq ou six départs, mais nous sommes restés soudés, malgré une fin de mandat très difficile avec le Covid ».

Mais en 2022, Bernard Jamet a opéré, selon elle,

» en soutenant Éric Zemmour à la présidentielle, un revirement flagrant. Une décision personnelle qui n’a pas été partagée par son équipe, qui n’en a pas été informée. J’avais senti ces positions extrêmes monter. Il y a eu une rupture à ce moment-là et son comportement est devenu de plus en plus autoritaire.

Célia Jacquet, qui ne « regrette pas » [son] travail » accompli durant toutes ces années avec Bernard Jamet, dénonce aujourd’hui un

« Une gestion qui n’est pas favorable aux Sannois : le centre de santé, reporté quatre fois ! On en parle depuis 2016-2017. La première pierre devait être posée en 2020. Il y a aussi le manque de gestion correcte de la Villa Rozée. Il aurait fallu chercher des subventions, y mettre une belle tournure, mais M. Bernard Jamet n’en voyait pas l’intérêt.»

Célia Jacquet évoque « l’absence d’aménagement du centre social », le mauvais entretien de la route et un plan local d’urbanisme « très critiqué, avec des habitations trop hautes et trop proches des routes. J’en ai parlé à l’époque, mais personne ne m’a écouté.

Gilles Heurfin. ©DR

Gilles Heurfin (Pcf), 70 ans, leader du groupe Avec vous – Sannois pour tous – Écologique et solidaire, élu depuis 2014, estime qu’avec « plus de 17 millions d’euros de surplus en 2023 », la majorité aurait dû davantage agir dans le domaine social, « généraliser le quotient familial, baisser le taux communal de taxe foncière ».

L’absence de nouveaux logements sociaux critiquée par la gauche

« Avec son Plu, poursuit l’opposant, [le maire] a mis Sannois à disposition des promoteurs. Nous atteindrons 2 000 nouveaux logements. Je ne suis pas contre la construction, mais il s’agit presque exclusivement d’accession à la propriété, sous prétexte que la Ville a ses 25 % de logements sociaux, alors qu’il y a 1 000 demandes de logements. Il y a parfois trois générations par logement. Les élus ne travaillent pas sur ce dossier. J’ai dit au maire : « vous vous fichez des quartiers populaires ». ”

Gilles Heurfin propose que la gestion des logements sociaux soit transférée à l’agglomération. Hors de question pour Bernard Jamet de perdre cette prérogative.

L’élu critique également le projet de centre de santé dans l’ancienne cuisine centrale (à côté du tennis d’Oss), dont la première pierre doit être posée en septembre 2025, selon Bernard Jamet.

« Il va falloir démolir cette cuisine centrale ce qui nous a coûté beaucoup d’argent. C’est de la connerie”. Enfin sur le plan politique : « [Bernard Jamet] a déclaré qu’il quitterait la mairie en 2024. Puis il a annoncé qu’il se présenterait à nouveau en 2026. Il n’est pas fiable. S’il reste, cela n’a rien à voir avec les émeutes : ce n’est pas Zorro ! C’est Zemmour qui a dû lui demander de rester maire. »

– Le pire jour du mandat ?
En 2018, lorsque nous avons dû voter le budget au scrutin secret à la demande de l’opposition. Il y avait de l’incertitude, mais l’équipe restait soudée. Et le soir du conseil municipal, j’ai réuni l’équipe et je leur ai dit : “Ce soir, nous avons gagné l’élection municipale.”

– Le plus beau jour ?
L’inauguration du programme parascolaire Samuel-Paty.

– Votre plus belle rencontre ?
La rencontre avec Pierre Moreels, le fils de François Moreels (cycliste professionnel). Un cycliste amateur qui a failli devenir équipier de Jacques Anquetil. Un gars extraordinaire.

– La bévue du mandat ?
Ce n’est pas une erreur, mais il m’a fallu un an pour devenir maire. Je ne faisais pas les choses comme je le ressentais, mais comme le ressentait l’équipe, et j’ai réalisé que nous allions avoir des ennuis.

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