Réforme du « choc de la connaissance ». Contre le tri sélectif des élèves, parents et enseignants du Val-d’Oise organisent une journée « écoles mortes »

Réforme du « choc de la connaissance ». Contre le tri sélectif des élèves, parents et enseignants du Val-d’Oise organisent une journée « écoles mortes »
Réforme du « choc de la connaissance ». Contre le tri sélectif des élèves, parents et enseignants du Val-d’Oise organisent une journée « écoles mortes »

Ils se rassemblent ce lundi à Garges-lés-Gonesse lors d’une « journée des écoles mortes » pour marquer leur opposition au projet gouvernemental en matière d’éducation. Ils le considèrent comme discriminatoire et autoritaire.

Nous sommes contre la stigmatisation de nos enfants.» Émilie Guigniard se mobilise. Avec d’autres parents d’élèves de Sarcelles et de Garges-lés-Gonesse dans le Val-d’Oise, cette mère de trois enfants dénonce le « choc des savoirs », prévu par le gouvernement à la rentrée prochaine.

En ligne de mire notamment, la mise en place de groupes de niveaux au collège pour les mathématiques et le français. “On craint un tri sélectif des étudiants. Cela risque de créer une ségrégation à l’école. Certains enfants pourraient se sentir dégradés en étant placés dans des niveaux jugés moins forts.», s’inquiète cet habitant de Garges.

Ce lundi, elle est à la tête d’un rassemblement et lance le mouvement des « écoles mortes » dans plusieurs établissements des deux communes du Val-d’Oise. Les écoles maternelles, primaires et secondaires y participent.

Les quatre collèges de Garges sont concernés», dit-elle, assurant que «les enseignants nous soutiennent car eux aussi sont impactés« . Le concept des écoles mortes signifie que les parents choisissent de ne pas envoyer leurs enfants à l’école.

Dans notre collège, il n’y a aujourd’hui que 36 étudiants sur 750 habituellement», constate Bruno Lambert, professeur de mathématiques au collège Henri Wallon de Garges et membre du syndicat Sud Education 95. “Nous soutenons ce mouvement car nous sommes également contre le Choc du Savoir qui prévoit de catégoriser les élèves de 5ème et 6ème dans nos matières“Du point de vue des enseignants, cette réforme constitue un obstacle à leur travail à long terme.”Avoir le même professeur dans une classe toute l’année permet un suivi constant des élèves. Ici, on nous demandera de renouer avec un groupe toutes les six semaines, cela risque de mettre à mal notre travail et la confiance des étudiants.», poursuit celui qui enseigne depuis 25 ans au Réseau d’éducation prioritaire.

La question des groupes de niveaux cristallise donc les tensions entre parents et enseignants. “Pour les étudiants, cela créera des sentiments malsains. D’abord dans les groupes les plus faibles où ils se sentiront stigmatisés. Egalement pour les plus forts car chaque professeur crée inconsciemment une hiérarchie quel que soit le niveau du groupe», appuie un professeur de français également au sein d’Henri Wallon.

Autre problème avec les groupes de niveaux selon les professeurs : «Pour les 6 ansème qui passent déjà d’un seul référent en primaire à 8 ou 9 professeurs au collège, on ajoute de nouveaux professeurs et donc d’autres repères à prendre en compte», explique Bruno Lambert.

Parents et enseignants dénoncent également le manque de moyens matériels alloués aux écoles du département. “Nous nous sentons discriminés car nous sommes dans des quartiers défavorisés et les enseignants peinent à avoir les moyens d’enseigner décemment à nos enfants.», peste Emilie Guignard.

Ainsi, ce mouvement dans le Val-d’Oise s’oppose au projet gouvernemental en matière d’éducation. Au Collège Paul Eluard, le professeur-bibliothécaire Mathieu Marciniak estime que «le gouvernement croit pouvoir résoudre les problèmes scolaires avec plus d’autorité, mais ce sont les moyens dont nous avons besoin. Des enseignants plus formés, plus de personnel médico-social», clame cette membre du syndicat Sud-Éducation. Les enseignants sont particulièrement soucieux de la prise en compte du comportement des élèves dans les résultats des examens de fin d’année.

Tout ne peut pas être résolu par une réponse autoritaire, cela créera inévitablement des ressentiments négatifs chez certains étudiants qui se traduiront ensuite par des actions concrètes au cours de leur vie d’adulte, c’est une pente dangereuse», selon Marion Jasseron, également professeur à Paul Eluard et membre de Sud-Éducation 95.

De leur côté, les parents se disent opposés à l’établissement d’un lien entre «pénal et scolaire, la militarisation de la jeunesse et le travail éducatif » que le gouvernement envisage de mettre en place pour les moins de 16 ans.

Cette opération «écoles mortes» fait suite à la même mobilisation en Seine-Saint-Denis en mars dernier. Dans ce département, parents, enseignants et élus locaux réclament depuis plusieurs mois un plan d’urgence »pour sauver les écoles publiques« .

Selon l’académie de Versailles, les cours se déroulent normalement dans tous les établissements du département bien que «certains établissements connaissent des absences d’étudiants allant jusqu’à 1 étudiant sur 2

Le cortège des parents et du personnel éducatif s’élancera de Sarcelles vers 18 heures pour rejoindre la Mairie de Garges.

 
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