Les électeurs charentais entre désintérêt et peur d’une montée des extrêmes

Les électeurs charentais entre désintérêt et peur d’une montée des extrêmes
Descriptive text here
B

Une montre sous le bras, Josiane arpente les rues de l’Angoumois en ce jour de marché. Ce retraité garde-t-il en tête le rendez-vous électoral du 9 juin avec les élections européennes qui inviteront les électeurs à choisir 81 députés pour autant de sièges ? « Absolument, ma petite dame ! », assène le septuagénaire pour qui « ne pas voter n’est absolument pas une option ». Une question « générationnelle », analyse son mari Jean-Pierre, à ses côtés. Eux qui ont grandi en assistant à la construction de cette Europe « d’abord économique puis politique » sur les ruines d’un conflit qui a marqué le continent. Politique ? “Ça nous inquiète quand même un peu”, souffle Josiane, qui confie qu’elle “ne sait pas encore à qui (sa) voix ira” pour “sortir la de ce pétrin”.

La rédaction vous conseille

En Charente, comment le RN bat la campagne

Samedi, une cinquantaine de personnes étaient présentes à la réunion publique du RN, à Saint-Germain-de-Montbron. Visage visible d’un labourage électoral régulier du parti d’extrême droite dans les campagnes charentaises.

Si un peu plus d’un mois avant le scrutin, qui avait rassemblé 52,54% de participation en 2019, les têtes de liste semblent être dans l’esprit des électeurs rencontrés, le choix de ces fonds ne semble évidemment pas toujours tranché. “La campagne va commencer à s’accélérer”, analyse Thomas Mesnier, porte-parole d’Horizons qui a posé “sa première affiche de Valérie Hayer le 1er mai à Angoulême”. Accordéon à la main, Florida inonde la place Victor-Hugo avec le thème d’Amélie Poulain. Au visage juvénile, le jeune de vingt ans s’est lancé il y a trois mois dans un voyage à vélo à travers le pays. Le 9 juin, il votera par procuration comme ses deux acolytes. Une certitude. La question de savoir à quoi sert le Parlement européen semble un peu moins fondée : « Je vois vaguement », sourit l’Arlésien. A ses côtés, Margot, cheveux blonds décolorés et bijoux sur le visage, votera « pour faire barrage au RN ». Une « montée des extrêmes » qui inquiète aussi beaucoup Denis, producteur de noix en Charente. Cheveux blancs, yeux céruléens, ce « paysan » autoproclamé craint cette réalité. Sans compter qu’en tant qu’agriculteur « si la PAC (politique agricole commune, ndlr) ne nous intéresse pas, je ne sais pas qui le fera à notre place », tranche celui qui revendique « des idées un peu vertes ».

Une politique « confisquée par les élites »

Quelques mètres plus loin, Sandrine sirote un café chaud en fumant une cigarette en marge de son stand de pain et viennoiseries. Ce quadragénaire ne va « clairement pas voter ». « Trop déçu » par « les politiques qui passent leur temps à parler » alors que « rien ne change. » Alors « bien sûr, si tout le monde pense comme ça, ce n’est pas génial », formule-t-elle sous forme d’autocritique. A ses côtés, son amie Sandrine semble partager la même désillusion : “J’ai peur pour nous, pour nos enfants, aujourd’hui c’est l’inflation qui nous ronge, c’est terrible, c’est l’enfer, on n’y arrive plus,” » déplore cette maman qui « regrette le passage à l’euro. » Car avant ça « on allait mieux, on pouvait profiter de la vie. Les politiciens nous promettent des merveilles et nous sommes toujours en quête de survie. » Sur le terrain, « on a du mal à intéresser les gens à l’Europe », reconnaît Thomas Mesnier pour qui « il faut expliquer que cela nous a permis, par exemple, d’amortir considérablement la crise du covid, avec l’achat de vaccins ou le financement de plans de relance ». Parler concrètement, c’est aussi le chemin qu’empruntent les militants de LFI pour parler de l’Europe : « c’est un sujet bien accueilli lors de nos visites en porte-à-porte », estime le député René Pilato. « L’augmentation de l’électricité, conséquence du démantèlement public de l’énergie, est due aux traités européens. »

Je regrette le passage à l’euro.

Ce sentiment d’« une politique confisquée par les élites », Françoise, retraitée de la fonction publique, version curseur complètement à gauche, le partage également. Dénonçant des décideurs préoccupés par le « grand capital ». Quant au pouvoir d’attraction des extrêmes envers les jeunes, « je crois qu’ils ne comprennent pas tous les conséquences de l’adhésion à ce parti. » Pour Thomas Mesnier, le dévoilement progressif des programmes « va révéler l’absence totale de proposition du RN qui, en 2019, n’avait que le Brexit et le retrait de l’euro à vendre. »

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV Le gouvernement du Canada annonce un soutien financier pour décongestionner les chaînes d’approvisionnement et améliorer l’efficacité du port de Sept-Îles
NEXT orageux et variable – .