Rencontre avec Mathieu Lacombe | « En tant que ministre, vous devez être capable de débrancher un projet »

Rencontre avec Mathieu Lacombe | « En tant que ministre, vous devez être capable de débrancher un projet »
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Le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a beaucoup de travail à faire. J’ai profité de sa visite au festival Transistor qui avait lieu la semaine dernière à Gatineau, sa région, pour aborder certains enjeux cruciaux.


Publié à 1h37

Mis à jour à 7h15

Premier sujet : l’abandon du fameux projet Blue Spaces. Lancé il y a trois ans, ce concept de musées régionaux dans les 17 régions administratives du Québec a bénéficié d’un budget de 259 millions de dollars pour la rénovation et l’aménagement d’édifices patrimoniaux pour accueillir ces espaces dédiés à notre histoire.

À ce jour, quatre bâtiments (l’ancien couvent des Petites Franciscaines, à Charlevoix, la villa Frederick-James, en Gaspésie, le Vieux-Palais, en Abitibi-Témiscamingue, le pavillon Camille-Roy du Séminaire de Québec) ont subi ou fera l’objet de rénovations. Le coût de ces travaux est estimé à environ 120 millions.

Le pavillon du Séminaire, qui devait être la maison mère des Espaces Bleus, sera désormais transformé en musée d’histoire nationale. Les trois autres places vont désormais devoir trouver une vocation.

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PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES DU SOLEIL

Le pavillon du Séminaire de Québec ne deviendra pas un Espace bleu, mais plutôt un musée d’histoire nationale.

Voyant qu’on se dirigeait vers une sérieuse augmentation des coûts (estimés à 1 milliard), Mathieu Lacombe a décidé de freiner cette idée qualifiée de « fiasco » par l’opposition. « J’ai pris cette décision et j’en suis fier. En tant que ministre, vous devez être capable de débrancher un projet. »

Lors du lancement de cette idée, de nombreux experts disaient que la somme de 259 millions initialement prévue serait clairement insuffisante. Comment le gouvernement ne s’en est-il pas rendu compte ?

L’explosion des coûts dans la construction m’a amené à ce choix, soit je persévère, soit j’autorise des dépenses qui n’avaient aucun sens.

Matthieu Lacombe

Mathieu Lacombe a hérité de ce concept dévoilé en juin 2021 par François Legault et Nathalie Roy. Il se rendit vite compte qu’il avait une énorme patate chaude dans les mains. Il n’a pas pu défendre ce projet alors que les revendications du milieu culturel se multiplient.

« C’est clair que pour moi, il faut plutôt investir dans les théâtres et les organismes qui ont des besoins. » C’est une phrase qu’il préfère répéter dans le milieu culturel.

Bien qu’il ait abandonné le projet des Espaces bleus, Mathieu Lacombe défend avec beaucoup d’enthousiasme celui du futur musée d’histoire nationale qu’il imagine au goût du jour. « J’ai l’ambition d’en faire le musée le plus numérique du pays. Nous devons attirer les jeunes. Je ne veux pas seulement des dates et des portraits de ceux qui nous ont gouvernés sur les murs. »

Lors d’une entrevue podcast réalisée devant le public du festival Transistor, sa relation avec son homologue d’Ottawa, Pascale St-Onge, ministre du Patrimoine canadien, a été évoquée. On a souvent l’impression que la circulation entre ces deux politiques est très difficile.

Mathieu Lacombe a mis l’animateur au défi d’organiser une rencontre qui les réunirait sur scène. « J’aime ça, Pascale, c’est juste qu’on travaille pour des gouvernements qui défendent leurs domaines d’expertise. »

Justement, au sujet des domaines d’expertise. Il y a quelques jours, Mathieu Lacombe évoquait la création d’un fonds financé par la fiscalité des géants du web afin d’aider les médias. Il répondait à une question de Sol Zanetti, député de Québec Solidaire, qui a eu cette idée.

Je lui ai fait part de ma perplexité. Pascale St-Onge a fait exactement ce travail au cours de la dernière année en récoltant 100 millions de dollars de Google. Allons-nous répéter le même exercice au niveau provincial? De quel pouvoir disposons-nous pour franchir une telle démarche ? Ne risquons-nous pas de rompre l’accord avec le gouvernement fédéral?

Mathieu Lacombe a défendu cette approche avec modération. « C’est une idée qui mérite d’être étudiée, mais ce n’est pas quelque chose qui figure en tête de ma liste. »

Le ministre québécois reconnaît qu’il n’en a pas discuté avec Pascale St-Onge.

Vous avez raison de dire que si nous dupliquions le travail, cela ne serait ni constructif ni rentable. Cela dit, il n’est pas vrai que la culture québécoise se décidera à Ottawa.

Matthieu Lacombe

Cette phrase est devenue une véritable favorite du ministre de la Culture et des Communications.

Mathieu Lacombe a annoncé la création d’un passeport culturel pour les jeunes. La tranche d’âge et la valeur n’ont pas encore été déterminées. Une chose est sûre, le ministre profite de l’expérience française et espagnole pour éviter les dérapages (en , les jeunes ont utilisé la somme pour acheter un ordinateur).

« Le passeport doit être utilisé pour les produits culturels québécois, pour moi c’est très clair. »

Celui qui a la réputation d’être proactif entend également mettre de l’ordre dans les programmes de la Société de développement des industries culturelles du Québec (SODEC) et du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) qu’il juge trop complexes. Aux spectateurs du festival Transistor, il a déclaré que s’ils voyaient certains programmes, « ils saigneraient du nez ».

«Je regarde ça et je suis découragé. Sommes-nous obligés d’avoir un programme pour les cinéastes de moins de 25 ans qui souhaitent réaliser un film sur la reproduction des singes à l’Île d’Orléans? Ou un programme de revitalisation de vieilles maisons situées du côté impair d’une certaine rue du Québec? J’exagère, mais il y a tellement de programmes. Et ils doivent être administrés. Après on se demande pourquoi nos mains sont encore liées. Je dis : simplifions et réduisons les formalités administratives. »

 
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