Quand l’entrepreneur de pompes funèbres était aussi chauffeur d’ambulance

Vous êtes victime d’un de la route. Vous ne vous sentez pas bien et devez être transporté d’urgence à l’hôpital. Accepteriez-vous d’être glissé à bord d’un véhicule qui sert également au transport du défunt jusqu’au cimetière ? Il fut un temps au Québec où le corbillard et l’ambulance avaient une double fonction, tout le personnel des salons funéraires. Dans un contexte de pénurie d’ambulances et de main d’œuvre, serait-il souhaitable de revenir à cette vieille pratique ?

Deux entrepreneurs de l’Estrie se souviennent de cette époque où, dans la même journée, un employé pouvait conduire un accidenté de la route et le corps d’une personne décédée dans un cercueil.

Steve Elkas, propriétaire de la maison funéraire du même nom, a débuté dans la profession dans les années 1960. C’était, si l’on peut dire, l’âge d’or des salons funéraires à Sherbrooke. Il y en avait huit, se souvient l’entrepreneur, alors qu’il n’en reste plus que deux aujourd’hui.

Steve Elkas faisait du transport en ambulance lorsqu’il a débuté dans la profession.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

C’était toujours la maison funéraire [qui assurait le service ambulancier]il explique. [Le propriétaire du salon] a essayé de trouver du travail à ses employés alors qu’il n’y avait pas de funérailles. Ils ont dû faire autre chose. Ils étaient occupés à faire des terrasses. Ils étaient occupés à laver les vitres. Et bien sûr pour transporter les personnes blessées ou malades jusqu’à l’hôpital.

collègue François Gamache, de la Maison Gamache et Nadeau de Thetford Mines, souligne que c’est comme ambulancier que son défunt père, Jean-Claude, a débuté dans la profession. Il a débuté dans ce domaine précisément pour répondre aux appels d’urgence. Et puis, tranquillement, son employeur l’a emmené aux funérailles et il a suivi son cours d’embaumeur.

C’était un service que les salons funéraires offraient parce qu’il y avait un vide. Le seul dans le village à disposer d’un véhicule suffisamment long pour contenir une civière était l’entrepreneur des pompes funèbres.

Une citation de François Gamache, Maison Gamache et Nadeau

Des véhicules qui font tourner les têtes

Passionné par l’histoire funéraire au Québec, François Gamache possède une impressionnante collection de véhicules qui témoignent de cette époque révolue, dont un corbillard-ambulance de 1968. Au total, il en possède sept, dont quatre ambulances.

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François Gamache au volant de son corbillard-ambulance de 1968.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Il est devenu accro lorsqu’il s’est rendu, par un beau dimanche, avec son corbillard-ambulance à une exposition de véhicules anciens à Pierreville au début des années 1990. Cela a fait tourner les têtes, se souvient-il. C’était vraiment impressionnant de voir le nombre de personnes qui venaient me poser des questions. Cela a créé une étincelle en moi.

Difficile en effet de passer inaperçu avec une telle voiture. L’un d’eux, avec ses formes allongées, son vif et sa sirène cylindrique, rappelle le rutilant Ecto-1 du film chasseurs de fantômes. François Gamache, arrivé après quelques tentatives de faire monter en régime le puissant moteur 468 pour conduire l’ambulance jusqu’à notre lieu de rendez-vous, s’est vraiment démarqué lors de son parcours dans les rues de Thetford Mines.

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Ces deux ambulances font partie de la collection de François Gamache. Ils ont été fabriqués dans l’Ohio aux États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Ils ont beaucoup de style, souligne-t-il. Il aurait pu s’agir simplement d’une simple boîte en fibre de verre posée dessus. Mais il y avait trois grandes entreprises dans l’Ohio, aux États-Unis, spécialisées dans la fabrication de ce type de véhicules et elles se faisaient vraiment concurrence. C’était celui qui aurait le design le plus percutant.

Formation de base en secourisme

Toutes les ambulances corbillard n’avaient pas une apparence flamboyante. Certains étaient de conception plus rudimentaire, explique Steve Elkas. Pour économiser de l’argent, les salons funéraires se sont convertis breaks. Cela coûte moins cher que d’acheter une Cadillac !

>>intérieur d'un corbillard/ambulance.>>

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L’intérieur du véhicule accueille un cercueil ou une civière avec des sièges escamotables pour asseoir un ambulancier à proximité du patient.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Nous étions également loin des services d’ambulance professionnels d’aujourd’hui. Sans dire que c’était comme conduire comme un fou, les répondants n’avaient ni la formation ni l’équipement requis pour assurer le transport le plus sécuritaire, mentionne Steve Elkas. Nous nous sommes débrouillés avec ce que nous avions. Il y avait un petit réservoir d’oxygène et une petite trousse de premiers secours. Cela s’est arrêté là. Dans ces années-là, [on] n’avait aucune connaissance en premiers secours.

Je me souviens que le soir, si nous faisions un trajet en ambulance, notre employeur nous donnait 2 $.

Une citation de Steve Elkas, Salons Funéraires Steve L. Elkas

Steve Elkas avoue cependant qu’il préférait de loin s’occuper des familles endeuillées. D’autres collègues, en revanche, ont apprécié la montée d’adrénaline d’un appel d’urgence. Il y avait des jeunes qui aimaient monter dans l’ambulance, puis remonter la rue King avec la sirèneil se souvient.

Il a gardé le véhicule, prêt comme ambulance, dans le garage pour répondre aux urgences. Puis, une demi-heure avant les funérailles, ils ont enlevé les gyrophares.

Une citation de François Gamache, Maison Gamache et Nadeau

C’est en 1975 que l’usage des véhicules à double fonction a cessé, ajoute François Gamache. C’est à cette époque qu’est apparue la législation pour que les ambulances soient équipées de fourgons. Mais auparavant, toutes les entreprises funéraires qui proposaient ce service étaient autorisées à utiliser le même véhicule avec une légère transformation et un peu d’équipement.

>>un corbillard.>>

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Les directeurs de pompes funèbres devaient composer avec des horaires très chargés lorsqu’ils fournissaient le service d’ambulance.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Une double pratique qui perdure en

Si telle était la pratique admise à l’époque, il serait difficile d’envisager un retour en arrière aujourd’hui, estime Steve Elkas. Ce ne serait pas intéressant, juge-t-il. Un permis d’ambulance coûte cher. Il faut le faire fonctionner, avoir des employés, payer des salaires justifiés.

En France, la pratique est toujours d’actualité. De nombreuses entreprises opèrent à la fois dans les services funéraires et dans le transport médical. Claude Delesse, qui vit à Toulon dans le sud du pays, exploite une entreprise familiale qu’il a créée il y a 45 ans. Aujourd’hui, dirigée par son fils, l’entreprise dispose de magasins et de salles funéraires, d’un crématorium et de 150 véhicules : corbillards ainsi que véhicules de transport sanitaire.

>>un crucifix dans la fenêtre latérale d'un corbillard.>>

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Le crucifix ou la Croix Rouge était installé selon les cas dans les vitres latérales du véhicule.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Le service funéraire et le service ambulancier sont complètement séparés. Chaque secteur d’activité est soumis à sa propre réglementation. Cependant, l’un est bien plus lucratif que l’autre. Comme l’explique Claude Delesse, l’aspect funéraire reste le plus lucratif. euros pour transporter un patient du village à l’hôpital. Le lendemain, si le patient décède, le transporteur funéraire revient au village et l’emmène au cimetière. Pour la même distance, il facturera 400euros.”,”texte”:”En France, le service d’ambulance facturera 100 euros pour transporter un patient du village à l’hôpital. Le lendemain, si le patient décède, le transporteur funéraire revient au village et l’emmène au cimetière. Pour la même distance, il facturera 400 euros.”}}”>En France, le service d’ambulance facturera 100 euros pour transporter un patient du village à l’hôpital. Le lendemain, si le patient décède, le transporteur funéraire revient au village et l’emmène au cimetière. Pour la même distance, il facturera 400 euros.

L’homme d’affaires français ajoute que les compagnies d’ambulances ont développé le volet funéraire pour s’assurer de meilleurs revenus. payés par l’assurance maladie, certains ont trouvé une débouché pour rentabiliser beaucoup plus le transport.

>>gyrophares d'un corbillard.>>

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Lorsque le véhicule était utilisé pour des funérailles, il suffisait de retirer les gyrophares et la sirène.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Les deux entrepreneurs estriens, Steve Elkas et François Gamache, estiment qu’il faut sortir de la double pratique encore en vigueur en France dans le passé. Ce dernier estime cependant qu’il est important de conserver vivant le souvenir de cette période antérieure.

Il prévoit également ouvrir éventuellement au grand public sa collection de véhicules anciens, ainsi qu’une exposition permanente sur l’histoire de l’industrie funéraire au Québec qu’il a spécialement assemblée dans un ancien salon mortuaire du centre-ville de Thetford Mines. . Il fera un bel accord avec notre église paroissiale qui présente la plus grande exposition de patrimoine religieux au Québec.conclut François Gamache avant de ranger soigneusement ses véhicules de collection.

 
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