« coïncidence » ou « réseau », le mystère reste entier pour les autorités

« coïncidence » ou « réseau », le mystère reste entier pour les autorités
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Trois personnes sont mortes lors de fêtes en mars et avril. Décrypter un phénomène de grande ampleur, qui ne concerne pas que la Belle au bois dormant.

Le Figaro Bordeaux

Alors que trois hommes sont morts lors de soirées « chemsex » à Bordeaux en mars et avril, la résurgence de ces drames en Gironde reste un mystère pour les autorités. A ce stade des investigations – une en cours d’enquête – ces décès n’ont été constatés que dans le Port de la Lune. “sans qu’on puisse conclure que ce phénomène serait purement bordelais”explique le parquet de Bordeaux, qui poursuit ses investigations pour déterminer s’il s’agit ou non d’un « une malheureuse coïncidence ». Et pour une bonne raison : a priori les trois défunts ne seraient liés ni par les drogues ingérées (qui diffèrent selon les analyses médicales) ni par des liens personnels. « Il n’y a pas de profils particuliers et il n’existe pas, ou du moins pas à notre connaissance, de réseau bordelais du médicament qui approvisionnerait les « chemsexers ». Dans la plupart des cas, il s’agit de personnes qui achètent sur internet pour leur consommation personnelle et qui donnent ou revendent lors de ces soirées.dit une Source policière.

Selon Fred Bladou, chargé de la thématique « chemsex » à l’association Aides, une des premières explications de ce flou persistant serait le tabou sur une pratique codifiée, apparue il y a une dizaine d’années en France. et qui se déroule dans le secret d’alcôves privées. « C’est une pratique communautaire et 95 % des homosexuels sont concernés. Lors du chemsex, les drogues sont consommées avec une motivation identifiée : la sexualité. Et si les homosexuels ne sont pas les seuls à pratiquer le chemsex, 12 à 13 % des homosexuels ont eu « au moins une pratique de chemsex au cours des six derniers mois » tandis que 30 % d’entre eux en ont fait l’expérience au moins une fois dans leur vie selon le spécialiste. « Bordeaux a toujours été une ville avec des groupes de chemsexers assez importants, mais ce n’est pas la seule. Il n’y a pas d’explications motivées. Nous étions tous sans voix face à ces trois décès. »poursuit l’addictologue.

La quarantaine en relations sur les réseaux

Le profil des « chemsexers » bordelais – difficile à établir – n’apporte pas non plus d’éclairage précis sur les drames récents. Conscient qu’il ne rencontre que ceux pour qui la pratique est “mal tourné”soit un à deux cas par mois au CHU de Bordeaux, le professeur et infectiologue Charles Cazanave dresse le portrait d’hommes dont l’âge médian est de 40 ans, issus de toutes classes sociales, qui ont « les fragilités intrinsèques ou celles qui se révèlent au cours de leur parcours de vie ». « La majorité d’entre eux ont plus de 35 ans, mais il y a de plus en plus de jeunes qui se lancent dans les pratiques du chemsex », ajoute Fred Bladou. Expériences sexuelles facilitées par les applications de rencontres LGBTQI+ et « déterminants psychologiques et psychologiques » de la communauté selon le militant.

Quand tu débarques drogué, à 3 heures du matin, dans un appartement où il y a dix mecs qu’on ne connaît pas… On s’en fout, c’est une sexualité froide. On se retrouve pas avant pour boire un verre et manger des cacahuètes

Fred Bladou, responsable « chemsex » chez Aides

« Chez les gays, il existe une incapacité à vivre leur sexualité de manière épanouie en raison d’une homophobie qui fait mal et d’un sentiment d’isolement. C’est un groupe torturé sur le plan émotionnel et sexuel. Personne n’apprend à un petit garçon gay à aimer ou à avoir des relations sexuelles avec un homme. Cela laisse donc des sites pornographiques qui sont loin d’être idéaux dans ce domaine. Et c’est un déterminant essentiel du chemsex : cela leur permet de vivre de manière artificielle ce dont ils ont été privés. décrypte l’addictologue. Lors de ses entretiens quotidiens, ce dernier reçoit ainsi aussi bien des personnes qui pratiquent le chemsex chaque week-end, que d’autres qui s’y adonnent une fois par trimestre. Pour beaucoup d’entre eux, cette sexualité sous influence de drogues est « une façon de se sentir vivant ».

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“Le préservatif n’existe pas dans le chemsex”

Des relations charnelles, à plusieurs et sous l’emprise de substances, qui ne sont pourtant pas sans risques. « Le préservatif n’existe pas dans le chemsex. Quand on se drogue depuis 12 heures, on n’y pense pas., décrit d’emblée Fred Bladou. Un manque de protection dangereux : « Parmi eux, un tiers sont séropositifs sous traitement, un tiers sous traitement préventif et un tiers qui va être infecté », explique l’addictologue. Pour limiter ce risque de contracter le VIH, l’hépatite ou les maladies infectieuses sexuellement transmissibles (IST), l’association Aides recommande un dépistage tous les trois mois et surtout la prescription d’un traitement préventif du VIH. Démocratisée dans la communauté gay, cette dernière contient « deux molécules actives, qui se fixent sur les muqueuses », explique le professeur Charles Cazanave. Selon l’infectiologue du CHU de Bordeaux, l’arrivée en France du remboursement de ce médicament en 2016 coïnciderait néanmoins avec “un gain d’échelle” de la pratique de “chemsex” parce que ses partisans « se sentir plus protégé ».

Deuxième volet pour réduire le risque, réguler la consommation de médicaments tant au niveau des doses ingérées que de la distribution du matériel à usage unique pour limiter les risques d’infections, d’hématomes et de thromboses favorisés par les seringues non stériles. Principales drogues circulant lors de ces soirées, des cathinones de synthèse aux effets stimulants, aux côtés du GHB, « la drogue du violeur » – qui est aussi souvent remplacée par le GBL, une substance contenue dans certains produits détergents. Tout cela, généralement associé au Viagra car ces médicaments peuvent provoquer des difficultés érectiles. “Sans donner de recette, il faudrait mieux réguler et prévenir les risques en disant : “Si vous consommez, c’est telle quantité, à tel rythme, sans mélanger”, car on ne pourra pas interdire ces achats faciles sur Internet. . Il faut aussi prendre le réflexe de dire aux personnes qui circulent dans ces réseaux qu’il vaut mieux passer à autre chose si on les propose”, précise l’infectiologue. De la consommation liée au sexe, certains « chemsexers » basculent en effet vers une addiction pure et dure. « Chez certains, il y a des complications neuropsychiatriques et sociales, et peu à peu on les voit diminuer. Nous sommes assez démunis pour les prendre en charge car le sujet est encore méconnu en addictologie »admet le professeur Charles Cazanave, pionnier en la matière.

Violences sexuelles et mort

Sous l’influence de médicaments qui désinhibent en donnant « une sensation de puissance qui donne envie de toucher et d’être touché »Les « chemsexers » peuvent également s’exposer à des violences sexuelles. « Quand on arrive drogué, à 3 heures du matin, dans un appartement où il y a dix mecs qu’on ne connaît pas… On s’en fout, c’est une sexualité froide, souvent associée aux pratiques BDSM pour vivre des sensations qu’on ne s’autorise pas. . On ne se retrouve pas avant pour boire un verre et manger des cacahuètes. Il y a des problèmes de consentement avec des comportements altérés par les produits et nous sommes confrontés dans les entretiens à des problématiques de violence et de viol »révèle Fred Bladou. « Quand tout le monde a pris des produits, la notion de consentement est complexe. Ce n’est pas une coupe de champagne et un joint. Quelqu’un qui tombe dans le coma peut être abandonné à son sort car tout le monde panique., alerte également le professeur Charles Cazanave. Au point que l’infectiologue avoue que « enfin, on leur dit de faire ça par groupe de trois ou quatre car il y a plus de chance que quelqu’un appelle à l’aide ».

S’il n’aboutit pas toujours à des drames désastreux, le « chemsex », révélé au grand public par l’affaire Pierre Palmade, est très loin d’être une pratique sans risque. Source de nombreux maux physiques et psychologiques (de la dépression à l’addiction), il s’agit avant tout, selon les deux experts, d’un phénomène sociétal. « présent à Bordeaux comme ailleurs » ce qui nécessite des politiques publiques de prévention. Et que ceux qui sont tentés par la pratique ne s’y trompent pas, insiste Fred Bladou : « Il peut y avoir un sentiment de dégoût le lendemain matin, comme une aventure d’un soir. Mais ce qui est pire avec le chemsex, c’est que les toxicomanes se lancent dans des pratiques chroniques avec une succession de rapports sexuels de plus ou moins bonne qualité avec des personnes plus ou moins sympas, et quand ils rentrent chez eux le dimanche soir, ils se retrouvent encore plus seuls.»

 
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