Super Nancy. Le Jardin Botanique accueille des plantes rares saisies par les douanes

Super Nancy. Le Jardin Botanique accueille des plantes rares saisies par les douanes
Super Nancy. Le Jardin Botanique accueille des plantes rares saisies par les douanes

Elle ne ressemble pas à grand-chose. Petite boule gris-vert, l’épiderme semble flétri et dessiné de rides concentriques d’où se dessinent quelques pics. L’œil profane passerait sans lui accorder un regard. L’œil perspicace s’arrêterait, soumis à un émerveillement sans précédent. Mais c’est l’œil gourmand qu’il faut craindre. Quiconque identifie cette plante comme rare, d’origine mexicaine, de la famille des Lophophora, aux propriétés hallucinogènes. Et l’objet d’un tel trafic qu’il est aujourd’hui menacé de disparition.

D’où sa présence dans ces murs, sous cette serre, dans cette cage. C’est l’une des 34 plantes que le Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MnHn) vient d’être confié au Jardin Botanique de Villers-lès-Nancy. Un échantillon très précieux d’une vaste collection comptant des milliers de plantes saisies par les douanes des aéroports de Roissy et d’Orly.

« Réseaux mafieux »

C’est la partie émergente d’un phénomène très inquiétant. Les plantes, comme la faune sauvage, font l’objet d’un commerce international clandestin, « faisant partie de réseaux mafieux parfois aussi dangereux que ceux du trafic de drogue ou d’armes. » raconte Jean-Michel Doremus, l’un des responsables des serres botaniques du MnHn, venu à Nancy pour accompagner le tout premier don de ce genre dans l’histoire nationale.

« À Madagascar notamment, c’est en train d’exploser complètement. Parce que la demande n’a jamais été aussi forte. » Ou le travail de collectionneurs enthousiastes et avertis. Ou l’œuvre des nouveaux riches qui veulent ces plantes au même titre que les joyaux de la couronne : pour attester de leur grande fortune.

“Pas seulement les éléphants!” »

« Or, à l’autre bout de la chaîne, ils ne mesurent pas les nuisances que cela provoque », poursuit Jean-Michel Doremus. « Non seulement pour les plantes, mais aussi pour les humains. » Que ce soit les cueilleurs, sommés d’obtempérer, ou les gardiens des réserves naturelles qui voudraient y faire obstacle. « Passé par les armes. Et leurs familles avec, pour l’effet dissuasif ! »

Un message que le spécialiste martèle auprès d’un public encore mal informé sur la question. « Il n’y a malheureusement pas que les éléphants, les baleines ou les tortues qui sont menacés d’extinction par l’activité humaine », confirme Frédéric Pautz, directeur du jardin botanique de Lorraine. « Les plantes aussi souffrent beaucoup ! »

Habituellement, tout « produit » saisi est destiné à être détruit. Mais par convention, les douaniers français, de plus en plus sensibilisés à ce nouveau fléau, et formés à identifier les plantes concernées, les confient au MnHn. Dont la serre réservée à cet usage est aujourd’hui menacée de saturation.

Survivants

A ses équipes de les cultiver. Et de préserver son capital génétique. Une mission souvent très délicate. Les trafiquants n’ayant pris aucune précaution lors de l’enlèvement ou du transport, l’espérance de vie de ces naufragés traumatisés est parfois très limitée.

Mais certains réussissent les tests. Et c’est parmi ces survivants que 34 individus, originaires soit du Mexique, soit de Madagascar, ont été prélevés pour entrer dans les collections du jardin Jean-Marie Pelt. Dont plusieurs variétés du genre pachypodium, « que l’on trouve presque exclusivement à Madagascar, une terre aux niches écologiques extrêmement diverses ».

Et qui va désormais tenter de se faire un avenir en Lorraine, bon gré mal gré.

#Français

 
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