Modzik – .

mercredi soirnous avons juste eu le temps d’avaler quelques poignées de Pop-corn salé de Père Noël avant d’être ébloui par l’énigmatique Zaho de Sagazan. LE W débordait de public et de professionnels de la musique, réunis pour accéder à un petit morceau du tissu vocal de Queen. Même les spécialistes du reggae – absolument rien à voir – étaient là, émerveillés.

Zaho de Sagazan © Mathieu Foucher

Pendant ce temps, à 22certains parieurs parient sur le premier INOUDITÉ comme les rappeurs de Golimar ou le collectif Akira et le sabbat dont on avait parlé un peu plus tôt dans l’après-midi.

Le jour de JEUDI a été particulièrement marquée par sa soirée. Un point culminant à 22 avec successivement Éloi Et Maraboutage. Une expérience dont personne n’est sorti totalement indemne. Ces deux projets ont en commun la joie de bousculer les codes et la liberté qui s’en dégage.

Éloi

Éloi © Jean-Adrien Morandeau

« Je pense que ma musique entretient un excellent rapport avec l’intime et l’intérieur. Le thème est souvent le combat, soit avec soi-même, soit avec ce que vous avez au-dessus de vous. Je parle aussi beaucoup de la place des femmes, de la colère, de la frustration. Je pense qu’il est très sain d’aborder ces sujets. Il ne s’agit pas seulement de se battre, c’est thérapeutique. »

Éloi fusionne des sons rock, punk et électro avec des influences du rap dans la voix et les paroles.
Elle fait les présentations : « Sur scène, nous sommes trois. Hugo Dupuy que j’ai rencontré à INOUDITÉ il y a deux ans alors qu’il jouait avec son groupe se rallier. C’est un excellent batteur, il a rejoint l’équipe il y a deux mois. Et Chorobabéun très bon ami guitariste qui m’accompagne depuis le premier jour. Depuis le INOUDITÉ en 2022 mon projet a beaucoup évolué. Ce que je fais sur scène aussi. Je sais que je suis plus à l’aise, donc ça fait plaisir de voir un repère temporel et une progression. J’ai vraiment l’impression d’avoir fait un mauvais concert quand j’étais au INOUDITÉ. Et je suis venu pour me venger (rires). »

Je pense que ma musique a un excellent rapport avec l’intime et l’intérieur. Le thème est souvent le combat, soit avec soi-même, soit avec ce que vous avez au-dessus de vous. Je parle aussi beaucoup de la place des femmes, de la colère, de la frustration. Je pense qu’il est très sain d’aborder ces sujets. Il ne s’agit pas seulement de se battre, c’est thérapeutique. Au niveau de mon style, je joue beaucoup avec les codes des genres, mais d’autant plus que je suis sur scène et que j’ai un projet musical, car je peux créer une image. J’ai aussi fait une école d’art, j’ai donc un faible pour l’art en général. La mode entre inévitablement en jeu. Je m’amuse beaucoup, j’ai travaillé avec des créateurs émergents et brillants, que j’ai rencontrés à l’école, aux Beaux-Arts. Et maintenant, je travaille avec des stylistes vraiment forts. Je pense que c’est génial tout ce qu’on peut faire avec la mode, le maquillage, la coiffure. Vous pouvez vraiment créer un personnage énorme. Comme Tumeur d’Yves que j’aime ou Rayon de fièvrela deuxième partie de Le couteau, qui a une sorte de personnage de clown. »

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir Éloi sur scène à Bourges, séance de rattrapage à Nous aimons le vert 1euh juin, en Eurockéennes de Belfort le 4 juillet et Vieilles charrues Le 14 juillet, entre autres…

Maraboutage

Maraboutage © Jean-Adrien Morandeau

« L’idée est d’aménager un espace où l’on puisse faire la fête loin des griffes de la société, de nos conditionnements, le temps d’une soirée… pour pouvoir être soi-même. L’une des valeurs que nous défendons le plus est de pouvoir nous émanciper véritablement lors de ces moments festifs car ils portent les germes qui nous permettent d’être nous-mêmes au quotidien. »

Le public a ensuite été emporté par la tornade Maraboutage. Une énorme claque. Au-delà de la musique, de la danse, des costumes, de la scène, Maraboutage c’est tout un concept plus grand que la vieune vraie philosophie.
« Notre envie est de libérer les corps, les esprits, et surtout de fédérer, de créer quelque chose avec le public, ensemble. C’est la culture « club » sans les boîtes de nuit. Nous avons toujours eu cette envie de nous rassembler. L’idée est d’aménager un espace où l’on peut faire la fête loin des griffes de la société, de nos conditionnements, le temps d’une soirée… pour pouvoir être soi-même. L’une des valeurs que nous défendons le plus est de pouvoir nous émanciper véritablement lors de ces moments festifs car ils portent les germes qui nous permettent d’être nous-mêmes au quotidien. Au-delà de venir voir un spectacle, les gens sont invités à danser et à faire la fête avec nous. Ils font partie du spectacle, comme nous tous. »

« L’esthétique fait partie intégrante du groupe et nous y travaillons beaucoup. Bébé d’art total ! Nous sommes vraiment concentrés sur les costumes. Par exemple, il y a de nombreux moments où l’on rentre dans le public avec ces costumes très colorés, très volumineux, et qui ont clairement une inspiration afro-descendante. On entre en transe quand on enfile ces costumes, ces personnages, ces personas même… parce qu’on entre dans une certaine attitude quand on porte ces costumes. Cela nous permet de créer une connexion avec le public. Nous aimons sortir de scène et entrer en contact avec le public. C’est aussi un espace inclusif, mais au sens le plus large du terme. L’idée n’est pas d’avoir seulement des queers ou des personnes racisées, ce serait exclusif, ce ne serait pas un mélange. L’idée est d’être véritablement ensemble et que toutes les communautés ne fassent qu’une. Nous avons un manifeste. Ce manifeste donne des instructions. Parce que nous voulons passer une bonne soirée ensemble et que personne ne se comporte négativement. Nous annonçons donc ce manifeste en début de soirée pour fixer les règles et pouvoir faire la fête librement dans un cadre qui le permet. »

VendrediLE Printemps de Bourges a présenté une de ses audacieuses créations originales «Viens comme tu es», hommage à Kurt Cobainà l’occasion des trente ans de la disparition du chanteur de Nirvana. Symbole de non-conformisme et de liberté, Kurt Cobain est devenu une icône. Grâce à la lecture de Béatrice Dalle de textes de ses mémoires et l’interprétation par Youv Dee de titres de son répertoire – avec Bastien Burger à la guitare, le festival a proposé au public un voyage dans le temps aux côtés de l’idole de toute une génération.

Une belle opportunité de trouver Youv Deecet artiste polymorphe que nous adorons… et de poursuivre nos rencontres avec des artistes épris de liberté et qui aiment faire bouger les lignes.

Youv Dee

Youv Dee © Coralie Waterlot.

« J’aime l’hybride, j’aime mélanger les genres. Rap, techno, rock. Je veux pouvoir synthétiser tout ce qui m’a influencé toute ma vie pour fabriquer un produit qui me correspond. »

On se souvient du passage très marquant de Youv Dee Avec l’Ordre du Périphe dans 2018, projet gagnant d’INOÏS. De retour à Bourges avec son collectif puis avec son projet solo, il s’agissait d’interpréter l’œuvre de Kurt Cobain qu’il a été invité à cette édition. « Une façon de continuer à perpétuer son héritage… et j’adore Spring. Très heureux de revenir. »

Youv Dee aime aussi brouiller les pistes. Quand on lui parle de son style de musique actuel, il répond « Tout à l’heure, j’ai changé ma bio TikTok et mis « artiste multi style ». J’aime toucher à un peu de tout, donc je ne sais pas trop comment me définir, sauf que je me considère un peu comme un scientifique, un explorateur. Je peux passer de tout à tout. “Alternative », ça peut aussi être un bon mot, mais j’aime la folie du « multi style ». J’aime l’hybride, j’aime mélanger les genres. Rap, techno, rock. Je veux pouvoir synthétiser tout ce qui m’a influencé toute ma vie pour fabriquer un produit qui me correspond. Certains de mes auditeurs ont du mal à me comprendre. J’ai commencé par le trap, disons, dans le rap, mais j’avais déjà l’envie, dès les premiers morceaux que j’ai sortis, d’ajouter des guitares électriques, d’essayer le côté trap métal. Je n’avais pas forcément les connaissances, je ne connaissais pas de guitariste, je n’avais pas la voix pour ça… Tout est devenu beaucoup plus simple avec le temps. Mais j’ai toujours su quelle direction j’allais prendre, du moins jusque-là. J’avais ce rêve, une fois certains objectifs mainstream atteints, de passer en mode guitare, batterie, groupe… »

« Je ne faisais pas de musique quand j’étais adolescent, alors j’ai fini par faire le chemin inverse. j’ai un peu baise de cerveau le système. Au final, je trouve qu’il y a quand même un lien entre le rap, le punk, le rock et la techno : ce côté un peu alternatif. Cela m’a toujours paru tellement logique et cohérent… Et puis j’ai vu aussi que les gens de ma génération aux Etats-Unis aiment XXX, Petit Peep n’ont pas non plus hésité à mettre leurs inspirations rock dans leur son, donc ça me paraissait évident et j’étais là. Dans ma communauté, cela a bien filtré. Ceux qui sont encore là comprennent forcément. Après, ça divise encore beaucoup sur les réseaux et ce sera le cas toute ma vie je pense. Mais j’aime surprendre. Il est difficile de se résoudre à s’en tenir à un seul style, qu’il s’agisse de vêtements ou de musique. Je vois la vie un peu comme un jeu ou un manga, je suis mon personnage principal. J’aime changer de skin dans un jeu. Moi aussi je m’ennuie vite, alors si je peux éviter de faire la même chose que la semaine dernière au studio… La vie est un arbre de compétences pour moi. C’est la même chose pour le style vestimentaire. A un moment j’ai aussi voulu arrêter de m’intéresser uniquement au luxe et trouver un côté où on fait des friperies, un peu plus grunge, tout en gardant une partie, 10% de tout ce qu’on a. Si mon style ne m’appartient plus, je pars quand même. »

« Ce que j’aime, c’est donner un coup de pied dans la fourmilière. Je pourrais faire un exploit. avec Juliette Armanet. C’est drôle, ça n’aurait aucun sens. Voilà, j’aimerais quelque chose qui n’a aucun sens, comme ça. Ou avec le gars de Louise Attaque (Gaëtan Roussel ? Note de l’éditeur), tu vois, ce serait amusant, quelque chose comme ça. Moi, j’aime les choses inattendues. Tout ce que nous voyons est tellement nul. Il fait de la variété, tu le mets dans quelqu’un qui fait de la variété… ben oui, évidemment… Il faut bousculer tout ça. Je ne sais pas, baise-moi avec ça VianneyJ’adorerais faire un spectacle avec Vianney, vous voyez (rires). C’est génial (rires) ! Vive la liberté, « viva la libertad » ! Sois toi-même ! C’est très important. »

La soirée s’est poursuivie avec Luidji Et Yâmecomme pour nous titiller avant la vague rap du lendemain à W : Werenoï, Niska, Békar, Joséman
Luidji a tenu ses promesses et Yâme a fait sensation, entouré de trois chanteurs, avec un spectacle jazzy poli par une conception lumineuse élégante.

Luidji © Jean-Adrien Morandeau
Yâme © Jean-Adrien Morandeau

Pendant ce temps à 22 : du rock, du rock et encore du rock.
Nous nous souviendrons Cire chaude Et Lysistrates mais la révélation était Craie. Ce trio post punk originaire de Belfast mène une sorte de réincarnation du Jim Morrison. Lunettes de soleil et tenue tout noir, le chanteur est parfaitement habité. La transe n’est ni feinte ni surfaite. Ces garçons vivent leur musique comme si la terre allait imploser en trois minutes. Nous ne recommandons pas le spectacle aux épileptiques et à ceux qui souffrent d’acouphènes, mais nous avons apprécié leur sincérité et leur fidélité au rock.

Cire chaude © Jean-Adrien Morandeau

Vers 1 heure du matin, Mézerg Et Trinité a récupéré les festivaliers les plus « atmosphériques » pour leur faire taper du pied W jusque tard dans la nuit.
Les oreilles qui bourdonnent – ​​mais le cœur en fête – nous quittons la jolie petite ville de Bourges où l’ambiance est restée chaude tout le week-end.

Et psst… Au fait, c’est Noor qui a gagné le Prix ​​Printemps de Bourges Crédit Mutuel – INOUÏS 2024.

Texte Anne Vivien
Photo de couverture Mathieu Foucher

 
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