Critique de L’Amour crise | Libre comme l’art

Mardi soir, à la Cinquième Salle de la Place des Arts, Louise Latraverse a livré la première montréalaise de son “Only one on stage”, L’amour crie, devant un public fidèle et ravi. Un spectacle imparfait, mais débordant de tendresse. Rapport.

Malgré son expérience et sa riche carrière, Louise Latraverse ressemble toujours à une petite fille sur scène. Par moments, on a l’impression que l’actrice s’amuse dans une cour de récréation. Un terrain qu’elle explore et continue de découvrir… depuis 60 ans.

Dans ce premier solo, qu’elle pratique depuis plusieurs mois, la comédienne nous raconte les coulisses de sa vie. A travers des souvenirs, des anecdotes (un peu trop), de belles chansons, et de nombreuses rencontres. Ceux-ci sont tellement nombreux qu’on a parfois l’impression d’assister à un festival de « nom abandonné » : Bob Dylan, Janis Joplin, Bibi Anderson, Maurice Chevalier, Félix Leclerc, Pierre Bourgault, Denise Bombardier, René Lévesque, Pauline Julien, Michel Tremblay, Clémence DesRochers… La liste des personnes qu’elle rencontre sur son chemin est longue.

Au fil du temps

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PHOTO JEAN-CHARLES LABARRE, FOURNIE PAR PRODUCTION

En 90 minutes, Louise Latraverse démêle le fil tortueux de sa vie.

Contrairement à sa biographie publiée ce printemps, dont la forme est fragmentée et « non traditionnelle », le récit du spectacle est plus chronologique. De son enfance à Arvida jusqu’à son voyage initiatique en Inde en 1993. En passant par sa rencontre avec l’auteur Marcel Dubé, qui lui offre son premier rôle à la télévision à l’âge de 20 ans dans La Côte Sableuse. C’est sur ce plateau qu’elle tombe amoureuse de Claude Léveillée. Elle vivra « deux ou trois ans » avec le musicien qui l’aimait aussi… mais « moins que son piano ».

Cela se poursuit avec le succès de Filles, créé avec son amie Clémence, Chantal Renaud, Paule Bayard et Diane Dufresne. Puis nous raconte ses folles années à New York, son grand et tumultueux amour avec le père de son fils, l’écrivain Emmett Grogan, décédé d’une overdose dans le métro de Brooklyn. Un épisode tragique qu’elle aborde avec pudeur.

Puis, elle revient sur la passionnante aventure de Quat’Sous avec Paul Buissonneau. Un théâtre qu’elle a inauguré et dont elle a repris la direction au début des années 1980. Pour nous présenter Robert Lepage, René Richard Cyr et René-Daniel Dubois. Qu’elle laissera essoufflée. Avant de tout recommencer.

En 90 minutes, Louise Latraverse démêle le fil tortueux d’une vie tout sauf plate. En s’impliquant parfois dans son texte, posé sur un pupitre, et qu’elle consulte pendant la représentation, quand sa mémoire fait défaut… A 83 ans, on lui pardonne. Sa prestation est à la fois poétique, sensible et comique… quoique pas encore maîtrisée. Elle s’emmêle dans ses mots et se perd dans le temps. Pourtant, l’actrice rebondit grâce à son charisme et son franc-parler. La « petite fille » amusée est aussi une vieille dame indigne qui ponctue son récit de gros jurons.

Statut de liberté

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PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Louise Latraverse lors de l’enregistrement d’un épisode du podcast Juste entre toi et moi

Pour ce spectacle, Latraverse s’est entouré d’une petite équipe de collaborateurs : la comédienne Anick Lemay comme consultante en textes, le compositeur Christian Thomas pour la conception sonore, Pyer Desrochers pour les éclairages soignés et soyeux sans oublier le designer Denis Gagnon pour ses vêtements. Trois de ses tableaux sont accrochés au-dessus de la scène. On aurait aimé une mise en scène plus élaborée, car l’ensemble ressemble un peu à une conférence animée par un bon conteur.

«La seule quête que j’ai eue dans ma vie, c’est la liberté», confiait-elle récemment à son collègue Dominic Tardif, dans le podcast Juste entre toi et moi. À 83 ans, Louise Latraverse demeure une femme aimante, libre et marginale. Si vous aimez cette artiste sans compromis, ou si vous suivez sa carrière depuis des années, L’amour crie saura vous charmer. Sinon, l’histoire au long cours de cette actrice risque de laisser indifférent.

L'amour crie

L’amour crie

En tournée québécoise jusqu’en janvier 2025.

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