L’autoportrait surréaliste d’Olivier Varenne

L’autoportrait surréaliste d’Olivier Varenne

Publié aujourd’hui à 9h34

Lausanne s’est démenée (ou plutôt cette fois en trois) pour célébrer dignement la naissance du surréalisme en 1924. Le Mudac, puis Photo Elysée et enfin le MCB-a lui ont chacun rendu hommage, tentant d’y ajouter un codicille actuel. Je vous ai déjà parlé de tout cela. A Genève en revanche, rien. Rien d’officiel en tout cas, même si la gestion culturelle de la Ville peut parfois paraître surréaliste. Mais pour nous, ce serait plutôt sa version pratique. Un admirable complément aux manifestes plutôt abstraits lancés il y a un siècle par André Breton.

Vingt-deux œuvres

Heureusement, les galeries privées subsistent. C’est une bonne chose! Le double espace d’Olivier Varenne, rue des Bains, peut donc actuellement accueillir une exposition sur « l’Autoportrait surréaliste ». «À ma connaissance, quelque chose qui n’a jamais été fait», explique Jean-Hubert Martin, devenu co-commissaire de l’entreprise. Pas question pour lui de rassembler des centaines d’œuvres, comme pour la « carte blanche » que lui a offerte en 2022 le Musée d’art et d’histoire (MAH). Il n’y avait pas assez de place pour cela. Trop peu de matériel disponible également. L’exposition, où la plupart des pièces sont à vendre, a été constituée en deux mois et demi. Tout a commencé avec une œuvre de Hans Bellmer, le plus illustratif des membres du groupe. Disciple de Dürer ou de Hans Holbein encore plus que d’André Breton. Une deuxième œuvre de l’Allemand fut ajoutée par la suite. Le bonheur ne vient jamais seul.

« Nous ne voulions pas d’images trop réalistes »

Olivier Varenne

On compte finalement vingt-deux autoportraits dans la galerie principale, l’autre accueillant Jonathan Delachaux, qu’Olivier Varenne suit depuis longtemps, et que l’on a également vu chez Sébastien Bertrand. Le Neuchâtelois reste inclassable. Alors pourquoi ne pas le classer cette fois sous l’étiquette surréaliste ? L’homme montre les autoportraits qu’il réalise (si la raison y est pour quelque chose) un par an depuis 2003. Il se montre entouré des personnages imaginaires avec lesquels il vit. Celles-ci apparaissent parfois au public grâce à la magie de la lumière noire, ou tout simplement après un aspersion d’eau (à ne pas répéter trop souvent). Cette série est ici complétée par une Cindy Sherman hors du commun, qui doit dater des années 1980. Le photographe américain s’affiche pour une fois sans travestissement ni maquillage. Naturellement, tant que celle-ci existe encore chez la femme aux cent visages.

Cindy n’est pas la seule femme présente dans l’exposition, même s’il n’y en a pas beaucoup d’autres. Parmi les membres de ce « club de gentleman » que demeure ce groupe, le pape André Breton les voyait plutôt comme des muses agréablement passives. « Et puis nous ne voulions pas d’images trop réalistes, explique Olivier Varenne. Un autoportrait de la Suissesse Irene Zurkinden a ainsi été éliminé. Peu connue de nous, la Bâloise s’était montrée trop proche de ce qui devrait constituer la réalité. Une vérité qui, en revanche, a su transcender l’Argentin Leonor Fini, qui fait face dans un coin de la galerie une gravure où le Belge René Magritte s’est réduit à l’essentiel. Deux yeux, un nez et une bouche au milieu du vide.

Les jambes de Pierre Molinier

Sinon, il y a du beau monde dans ce plan « Rearview ». Des gens que Jean-Hubert Martin a souvent connu au soir de leur existence. Je citerai un grand dessin de Salvador Dalí des années 1930. Deux André Massons, dont l’un dissimule presque la figure du peintre dans un enchevêtrement de signes. Photos de Man Ray, solarisées ou non. Un grand Max Ernst très allusif placé sous le signe de Loplop. L’homme le plus présent apparaît cependant Pierre Molinier. Le Bordelais a droit à toute une série d’images où il apparaît déguisé en femme. “Il avait des jambes magnifiques”, se souvient Martin. On voit aujourd’hui moins les peintures de l’artiste, « où il assurait que le liant de la matière picturale était son sperme », que des photographies qu’il découpait et colleait pour les multiplier presque à l’infini. Guy Bärtschi l’a récemment exposé à Genève. Il y en a un demi-mur ici.

Coup brillant

Donc. L’expérience apparaît réussie avec son double emboîtement architectural. Elle vient chercher Olivier Varenne après son coup (et pour une fois maître) avec sa présentation d’œuvres contemporaines cet hiver dans l’ancien cinéma érotique Le Splendid, place Grenus. Les galeries privées locales ne présentent pas beaucoup d’expositions historiques (historiques même si Jonathan Delachaux est né en 1977 !). Les musées de la Ville de Genève non plus, d’ailleurs. C’est donc l’occasion d’y jeter un œil. Notons à ce propos que Victor Brauner, le borgne du surréalisme, n’est pas représenté ici. “Malheureusement, nous n’avons pas pu trouver la bonne pièce.”

Pratique

« Rétroviseur, L’autoportrait surréaliste », Galerie Olivier Varenne, 37-39, rue des Bains. Genève, jusqu’au 20 juillet. Tel. 022 810 27 27, site Internet https://varenne.art Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h, le samedi de 12h à 17h. L’exposition est accompagnée d’un téléfilm réalisé en 1972 par Jean-Christophe Averty, qui fut l’enfant terrible de l’ORTF. Prévoyez donc un certain temps de visite.

Né en 1948, Étienne Dumont étudié à Genève qui lui furent de peu d’utilité. Latin, grec, droit. Avocat raté, il se tourne vers le journalisme. Le plus souvent dans les sections culturelles, il travaille de mars 1974 à mai 2013 à la Tribune de Genève, commençant par parler de cinéma. Viennent ensuite les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le constater, rien à signaler.Plus d’informations

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