le recrutement communiste se poursuit

« École Lénine » le 24 février à l’Université de Fribourg. Activisme pour la Palestine. image : capture

En vue de la création du Parti communiste révolutionnaire en mai prochain, la formation au marxisme-léninisme se poursuit à l’Université de Fribourg avec l’accord des autorités cantonales. Les observateurs s’inquiètent de la « violence des propos » tenus par ces jeunes communistes, notamment lors du massacre du 7 octobre en Israël.

21/02/2024, 05:5321/02/2024, 09h10

Les 10, 11 et 12 mai aura lieu en Suisse la « conférence fondatrice » du Parti communiste révolutionnaire, le PCR, formation marxiste-léniniste qui entend renverser le système capitaliste. A cette occasion, les organisateurs, affiliés au mouvement L’Etincelle, Der Funke en allemand, espèrent pouvoir réunir « 500 participants ». Le 10 février, à Bienne, lors d’un projet de congrès destiné à asseoir le nom du PCR dans le paysage politico-médiatique, ils n’étaient encore que 200. Le recrutement se poursuit donc.

Et le recrutement passe par l’université, comme le révèle Watson Septembre dernier. Une « offensive marxiste », selon les termes utilisés, est alors lancée dans plusieurs villes francophones, Genève, Lausanne et Fribourg. « Êtes-vous communiste ? Rejoignez-nous ! », invitaient des autocollants ornés du portrait de Karl Marx, pointant tel l’Oncle Sam appelant les Américains à rejoindre l’armée pendant la Première Guerre mondiale.

Les personnes répondant à l’appel communiste – la jeunesse étant la cible principale – ont été invitées à suivre une formation accélérée au marxisme dans les universités de Genève et de Fribourg. Dans chacun d’eux, une association étudiante marxiste, reconnue par le rectorat, faisait office de structure d’accueil. A l’Université de Lausanne, les choses avaient pris un caractère plus officieux.

« Ces références à Lénine méritent un regard critique »

Samedi 24 février, les futures recrues potentielles du PCR se retrouveront toute la journée dans une salle de l’Université de Fribourg. C’est là que se tiendra « l’École Lénine ». Il s’agira de « tirer le meilleur parti de Lénine et du bolchevisme », selon cette page Web. « Parce qu’il n’y a pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire », proclame le tract invitant à la journée du 24. Nous sommes bien ici dans l’action politique et non plus seulement dans le cadre un peu feutré d’une lecture en cercle.

Le dépliant « École Lénine ».

« École Lénine » : nous parlons de celui qui, pour gouverner, s’est appuyé sur la Tchéka, la police secrète bolchevique qui a instauré la « Terreur rouge » de sinistre mémoire. Ce rappel ne semble pas déranger outre mesure l’Université de Fribourg. Certainement, concède Marius Widmer, responsable de la communication à l’Alma mater fribourgeoise :

« Ces références méritent un regard critique, les idées peuvent parfois heurter »

Pas d’appel à la violence, vraiment ?

La communication de l’Université de Fribourg se réfugie derrière le règlement de l’établissement, qui interdit les appels à la violence, les propos racistes, ainsi que toute forme de discrimination. La révolution marxiste-léniniste est-elle exempte de toute violence, même si l’on prétend ne vouloir prendre que « le meilleur de Lénine et du bolchevisme » ?

L’université est-elle le bon endroit pour procéder au recrutement pour la création d’un parti politique ? Là encore, que dit le règlement intérieur ? «L’Université de Fribourg ne met pas gratuitement de locaux à disposition des partis politiques», répond Marius Widmer. Par ailleurs, ajoute-t-il, « depuis sept ans que j’occupe ce poste, je ne me souviens pas qu’une seule réunion politique se soit tenue dans nos locaux ».

Il s’agissait pourtant bien d’une rencontre politique avec « l’École Lénine » le 24 février, organisée sous la bannière du Parti communiste révolutionnaire. L’Université de Fribourg invoque la liberté d’expression et le fait que cet événement se tiendra dans un cadre universitaire reconnu, celui de l’association étudiante « Société Marxiste Fribourg ».

Sollicitée, la Direction de la formation et des affaires culturelles (DFAC), dirigée par la conseillère d’État Sylvie Bonvin-Sansonnens, apporte à peu près les mêmes réponses que la communication universitaire.

« La manifestation annoncée a été tolérée par l’Université, car aucun appel à la violence n’est lancé, ni aucune atteinte au bon ordre universitaire n’est suggérée »

Le MAEC

Le canton ajoute :

« Dans une démocratie, c’est le cadre juridique qui détermine ce qui peut être fait ou dit. L’université est, par excellence, un espace de débat. Dans ce contexte, le campus d’une université doit également être considéré comme un espace d’échanges et de liberté. Toutefois, les idées ou l’idéologie de ces associations et des organisateurs de tels événements n’ont aucun lien avec les opinions du DFAC ou de l’Université.»

Le MAEC

Dans ce cas, est-on sûr d’être encore dans un cadre de « débats » et de « discussion », et non plutôt dans celui d’un endoctrinement volontaire ?

Le canton informera

Répondant au nom de la conseillère d’Etat, Marianne Meyer Genilloud, secrétaire générale adjointe du DFAC, affirme que «la question de la formation continue au marxisme au sein de l’Université de Fribourg se posera lors de la constitution du parti PCR et s’il apparaît que ce dernier continue à se maintenir tout lien avec le campus fribourgeois.»

Rejoint par Watson, le président du Parti libéral-radical fribourgeois, Alexandre Vonlanthen, se dit « attaché à la liberté d’expression ». Mais tout n’est pas possible, selon lui.

« Je suis d’accord qu’on débatte d’idées politiques dans une université, mais je ne suis pas d’accord qu’on utilise l’université à des fins de recrutement pour un parti »

Alexandre Vonlanthen, président du PLR fribourgeois

Sur les réseaux sociaux, des voix ont voulu alerter le canton et l’Université de Fribourg des récentes positions de L’Etincelle-Der Funke, le mouvement derrière le PCF, sur le conflit à Gaza. Sur son compte Instagram, L’Etincelle-Der Funke a relaté le massacre du 7 octobre en ces termes :

« Ce samedi 7 octobre, l’État réactionnaire d’Israël a été humilié par les combattants et les roquettes du Hamas. La réponse, brutale, ne se fait pas attendre.

Le Spark-Der Funke

Aucune nouvelle des milliers de civils massacrés ce jour-là. N’est-ce pas là une forme de racisme envers les victimes juives ?

Interrogé par un ancien étudiant de l’Université de Fribourg sur ce manque de considération pour les victimes israéliennes du 7 octobre, L’Etincelle-Der Funke semble vouloir rectifier le tir : « L’Intifada est un soulèvement populaire pacifique qui tire sa force de méthodes de lutte des classes, c’est-à-dire de lutte collective, la grève. Ce qui est différent des attentats terroristes du 7 octobre.»

“Ils disent des propos violents, ils sont décomplexés”

Scandalisé par les propos de L’Etincelle-Der Funke sur les réseaux sociaux, Michael Steiner, avocat à Berne, qui a été membre du Parti socialiste pendant 20 ans, estime que :

«Ces jeunes communistes suisses surfent sur l’antisémitisme en ne reconnaissant pas le droit des Juifs à avoir un Etat, l’Etat d’Israël»

Michael Steiner, avocat à Berne

« Ils prononcent des propos violents, ils sont décomplexés, ils osent dire des choses qu’ils n’osaient pas dire auparavant, considère l’avocat. C’est inquiétant en termes de propos politiques, même si, à leur sujet, on a affaire à des petits groupes. Au moins pour l’instant.”

« Lénine n’a plus rien à nous dire sur notre société »

Michael Steiner ajoute : « Ce sont de nouveaux communistes qui prétendent vouloir faire les choses correctement, ne pas répéter les horreurs du passé communiste, mais tout cela est faux. Lénine n’a plus rien à nous dire sur notre société.»

Nous avons essayé de contacter L’Etincelle-Der Funke par email via la plateforme du mouvement. Nous n’avons pas obtenu de réponse.

 
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