L’inquiétante montée en puissance des armes fabriquées avec des imprimantes 3D en Île-de-France

L’inquiétante montée en puissance des armes fabriquées avec des imprimantes 3D en Île-de-France
L’inquiétante montée en puissance des armes fabriquées avec des imprimantes 3D en Île-de-France

Cette arme en plastique n’est pas un jouet. Le très dangereux FGC 9 mm est une arme qui tire en rafale et peut être fabriquée avec une simple imprimante 3D. Il a été retrouvé entre les mains d’un jeune délinquant de 24 ans, arrêté dans la soirée du jeudi 23 novembre à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) en flagrant délit, par des agents de la brigade anticriminalité. . Si ce nouveau mode de fabrication d’armes reste marginal, il n’en inquiète pas moins les autorités qui voient dans cette nouvelle technologie un danger à ne pas négliger.

Il est midi, le 23 novembre, lorsque la police effectue une visite dans les espaces communs d’une cité en brique rouge, rue Robespierre à Ivry. « L’objectif était de rechercher de la drogue, des armes ou des motos volées que les dealers pensent pouvoir garder en sécurité dans leur fief », explique un commissaire de police. Il s’agit d’une stratégie de harcèlement mise en œuvre par le ministère de l’Intérieur en accord avec la justice et les bailleurs sociaux. Dans une cave, les agents mettent la main sur une mitraillette noire. Ce modèle est pour le moins inhabituel. “C’est une arme longue du FGC (putain de contrôle des armes) 9 mm ». Son chargeur de type Glock est équipé de dix cartouches de calibre 9 mm. Le tout est emballé dans un sac de sport contenant de nombreuses munitions de même taille.

«Cela peut se faire sans réelles connaissances techniques»

L’objet a été laissé sur place et les agents de la brigade anticriminalité d’Ivry ont mis en place un système de surveillance. “L’idée est d’identifier le propriétaire et de le prendre sur le fait”, a expliqué une Source proche du dossier. Vers 19h30, un jeune homme déjà connu des policiers tombe dans le piège. Il a été arrêté alors qu’il venait de récupérer la mitraillette et les munitions. Ce garçon habite non loin de là. Une perquisition a été effectuée à son domicile mais n’a pas abouti.

Le suspect est placé en garde à vue dans les locaux du service de police judiciaire départementale du Val-de-Marne (SDPJ94). Il a été conduit au palais de justice de Créteil le 27 novembre. Ce jeune homme a été écroué en attendant son procès qui se tiendra devant le tribunal correctionnel le 11 décembre. « L’intéressé est en état de récidive légale pour avoir été condamné en 2017 pour des actes punis de dix ans d’emprisonnement », précise le parquet. Il encourt donc dix ans et 150 000 euros d’amende. Il est également accusé du délit de ne pas avoir fourni les codes de déverrouillage de son téléphone.

“Certains modèles de FGC 9 mm sont fabriqués avec des pièces colorées et pourraient ressembler à des armes de paintball ou à des jouets”, note un responsable de terrain de la PJ. RD

C’est en 2021 que le FGC 9 mm fait son apparition en France lors d’une opération de police. Ce type spécifique d’arme à feu est fabriqué de manière artisanale et illégale avec de nombreuses pièces en plastique provenant d’une imprimante 3D. Sa longueur est de 50 à 60 cm et il pèse 2 à 3 kilos. Il tire des projectiles de 9 mm. Selon les modèles, ils peuvent tirer en rafale ou individuellement et peuvent être équipés d’un modérateur de son qui se visse sur le canon. Pour le réaliser, il suffit d’aller sur Internet, où se trouvent des vidéos et toutes les explications.

« Cela peut se faire sans réelles connaissances techniques et à moindre coût », explique un policier. Les pièces en plastique imprimées sont ensuite assemblées avec des vis, des épingles et du matériel trouvé dans les magasins de bricolage. Cependant, certaines pièces, comme le canon ou la culasse, ne peuvent être fabriquées qu’avec des équipements de précision comme un tour mécanique ou numérique que les armuriers clandestins se procurent sans difficulté.

“Certains modèles sont réalisés avec des pièces colorées et pourraient ressembler à des armes de paintball ou à des jouets, c’est pourquoi une information a été diffusée à tous les services de police afin qu’ils puissent identifier cette arme de guerre lors d’un contrôle routier par exemple”, note un Responsable de terrain PJ.

Ce n’est pas la première fois que le sujet des armes ou pièces fabriquées à l’aide d’imprimantes 3D est porté à l’attention des magistrats de Créteil. En avril dernier, un trafiquant d’armes parisien, âgé de 39 ans, connu pour être le fournisseur présumé de certains tueurs du crime organisé en Île-de-France, a été arrêté. Il a utilisé une imprimante 3D pour fabriquer les pièces manquantes des armes qu’il remilitarisait. Depuis, le trentenaire est décédé de maladie en prison.

Autre cas encore plus récent : le 27 novembre, un homme de 42 ans a été interpellé dans le 17e arrondissement de Paris. Il est soupçonné d’avoir fabriqué des armes avec une imprimante 3D et même d’avoir publié sur Internet des instructions pour leur fabrication. La fouille de cet homme, titulaire d’une licence de tir sportif, a abouti. La police a saisi une arme en état de marche fabriquée avec une imprimante, une autre arme en cours de fabrication, des munitions et tous les outils nécessaires. L’homme a expliqué qu’il s’agissait d’un « défi » pour lui et qu’aucune vente de ces armes n’a été détectée par les enquêteurs. Il sera jugé à la fin du mois.

Les armes des villes viennent des Balkans

Selon la police judiciaire, le trafic d’armes est aujourd’hui principalement un sujet lié au narco-banditisme. Et le secteur qui reste privilégié est celui de l’Europe de l’Est. « Les groupes criminels français empruntent principalement la route des Balkans via la Hongrie et l’Autriche, puis l’Allemagne. Plusieurs enquêtes judiciaires récentes illustrent également l’utilisation par des trafiquants de la Belgique et des Pays-Bas comme pays plateforme logistique, afin de transporter des armes et des explosifs, précise un spécialiste. A noter également que les importations sont facilitées par la présence d’une diaspora serbe et croate suffisamment importante en Île-de-France et dans la région lyonnaise.

En marge, les enquêtes mettent en évidence des ventes clandestines par des collectionneurs de pistolets ou de fusils volés lors de cambriolages et la remilitarisation d’armes neutralisées ou de pistolets d’alarme.

 
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