La vertigineuse descente aux enfers d’Olivier Boon, avocat au barreau de Bruxelles, et son étonnante reconversion

La vertigineuse descente aux enfers d’Olivier Boon, avocat au barreau de Bruxelles, et son étonnante reconversion
La vertigineuse descente aux enfers d’Olivier Boon, avocat au barreau de Bruxelles, et son étonnante reconversion

L’information a fait l’effet d’une bombe. Un scandale éclate au palais de justice, place Poelaert. C’était en 2013, il y a dix ans. Un avocat, accusé d’exploiter la pauvreté, a été envoyé derrière les barreaux. La presse titrait : «L’avocat du marchand de sommeil dort en prison ».

Sauf que dix ans plus tard, la cour d’appel de Bruxelles a mis les choses au clair et remis les pendules à l’heure. Contrairement à ce qui a été affirmé, Olivier Boon n’est pas, n’a pas été et n’a jamais été un marchand de sommeil. Entre temps, sa réputation était faite. Il a connu l’infamie. Cette affaire ruine sa carrière. Bien qu’il ait quitté le barreau, l’ancien avocat, aujourd’hui âgé de 59 ans, a incroyablement rebondi. Nous l’avons trouvé. Son témoignage va choquer. Voici son histoire.

Enquête

Avocat depuis 1996, Olivier Boon gérait une douzaine d’immeubles en région bruxelloise, principalement à Etterbeek, Ixelles, Saint-Gilles, Forest et Koekelberg. Selon ce qui a été affirmé, les logements étaient surutilisés dans des conditions effrayantes.

Telles sont du moins les conclusions de l’enquête menée par la police bruxelloise et la DIRL – Direction de l’Inspection régionale du logement. Les immeubles, pour la plupart vétustes, furent divisés, pour les rentabiliser, en appartements meublés exigus. Beaucoup ne dépassaient pas 20 m2. Aucun espace n’a été perdu. Nous sommes allés jusqu’à transformer les caves et les greniers pour accueillir du monde.

Les logements étaient rendus insalubres par l’humidité, la moisissure, la présence de nuisibles, de rongeurs, l’état des sanitaires et parfois l’absence de chauffage et d’eau chaude. Un bâtiment risquait de s’effondrer. Autres, dangers liés au raccordement au gaz de ville ou au câblage électrique.

Cela durait depuis des années. Et c’était rentable. L’ensemble des loyers représentait une fortune.

L’enquête a identifié 85 locataires, principalement originaires du Portugal, de la RDC et de l’Algérie.

Parmi eux, sept se sont constitués parties civiles tandis qu’Olivier Boon a été mis en examen pour « abus de la vulnérabilité d’autrui par la location d’un logement dans des conditions incompatibles avec la dignité humaine », et placé en détention pour trois mois.

Le couperet

Lors du premier procès, l’avocat a été littéralement massacré. Olivier Boon a été condamné à 30 mois d’emprisonnement (en partie avec sursis) et à une amende de 5 500 euros à multiplier par le nombre de locataires identifiés, soit 467 500 euros. Financièrement, le juge l’a quand même condamné à une confiscation de près de 1,5 million d’euros. Au total, Olivier Boon disposait de 1.911.840,58 euros. Et ce n’est pas tout : le juge lui a donné un an pour remettre les douze bâtiments.dans un état correct »à ses dépens.

De nouveaux avocats

Olivier Boon a fait appel. Les avocats spécialisés Pierre Chomé et Samuel Rosenblatt allaient désormais le défendre. La défense consistait à établir que si l’état des logements pouvait certainement laisser à désirer, aucun ne pouvait être considéré comme étant «contraire à la dignité humaine ».

En quoi cela consiste-t-il d’ailleurs ?la dignité humaine” selon la loi ? C’est là que la Cour d’appel constatera que la législation relative aux marchands de sommeil ne définit pas la notion de “la dignité humaine” et ne fixe aucun critère, laissant au juge le soin d’examiner «en bonne conscience les conditions de vie et d’hébergement des victimes, pour déterminer si ces conditions sont contraires ou non à la dignité humaine.

Les avocats ont démontré que contrairement aux allégations, Olivier Boon n’était pas désintéressé de l’état des logements mais au contraire y était attentif, effectuant des travaux qu’il avait certifiés par des organismes agréés, dont l’AIB Vinçotte.

Un autre argument a pesé : le logement a été visité, contrôlé et inspecté par les services sociaux du CPAS, qui n’ont jamais trouvé à redire. A l’époque, en décembre 2013, la DH donnant la parole à Olivier Boon, avait déjà titré : «Si je suis mis en examen, il faudra que des dizaines de CPAS soient mis en examen.»

et enfin

Convenant qu’il n’est pas contesté que le logement «présentait de nombreux troubles, dont certains résultaient de la vétusté », la Cour d’appel de Bruxelles considérera qu’il ne peut être exclu que « Certains troubles observés résultaient du comportement inapproprié de certains occupants ». En fin de compte, elle conclura que“ce n’est pas établi” qu’Olivier Boon a loué les locaux »dans des conditions incompatibles avec la dignité humaine ».

L’ancien avocat est donc acquitté sur ce point. Ce n’était pas un marchand de sommeil.

Dix ans plus tard, il a été condamné à une peine de travail « simple » pour avoir – seule plainte retenue – enfreint les règles d’urbanisme. Notamment en modifiant l’intérieur des bâtiments sans avoir obtenu les autorisations requises.

L’ancien avocat était toujours soupçonné d’avoir dissimulé 624 000 euros de loyer au fisc : il a d’ailleurs été relaxé de ce fait. Si bien que, revenant de loin, il échappe à l’amende de 467 500 euros ainsi qu’à la confiscation de 1 444 840,56 euros prononcée par le premier juge.

Son témoignage

Olivier Boon a accepté de répondre. L’image de la justice n’en ressort pas valorisée. “Le dossier, il a dit, faisait 20 000 pages. J’ai fait face à dix ans de procédure dont deux tentatives du juge d’instruction pour imposer une vente publique de TOUS mes biens meubles et immeubles. J’ai dû attendre quatre ans pour enfin obtenir, en 2017, à la troisième tentative après deux refus catégoriques du même juge d’instruction, l’accomplissement de devoirs supplémentaires indispensables à ma défense. Ces tâches ne seront également accomplies que de manière fragmentaire par la PJF. Ainsi une confrontation ne peut pas avoir lieu car le policier chargé de l’organiser attendra tellement longtemps que la personne à qui j’ai demandé à être confrontée mourra entre-temps. Quant à mon premier avocat, parlons-en, il a refusé, alors que j’étais en détention préventive, de transmettre un document essentiel au juge d’instruction. Heureusement, j’ai remplacé cet avocat par le cabinet Chomé. Il s’est avéré que ce document était en effet si essentiel que la cour d’appel le conservera pour l’acquittement de l’accusation portée contre le propriétaire des taudis.

C’est violent d’entendre ça. Est-ce ainsi que fonctionne la justice en Belgique ?

Sa nouvelle vie

Cette affaire ruine sa carrière. Olivier Boon a abandonné le bar. Mais ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. Se lamenter n’aurait servi à rien. L’ancien avocat a rebondi en se lançant dans le coaching. A Rixensart, il crée l’agence « Sky4DLimit », spécialisée dans le coaching de vie physique et personnel ([email protected]/0475696307, ndlr)

 
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