cinq histoires de passeurs de mémoire

cinq histoires de passeurs de mémoire
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Comment transmettre la douleur de l’exil, l’errance du réfugié ou la quête de survivants ? Voici cinq histoires et témoignages émouvants pour sensibiliser les nouvelles générations.

Extrait de « La Valise de Monsieur Li », de Bernard Villiot et Bérangère Mariller-Gobber. Éd. Glénat Jeunesse

Par Hélène Rochette

Publié le 16 mai 2024 à 10h00

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“Grand-mère”

Un matin, les odeurs entrelacées d’eucalyptus et d’essence lui reviennent. Le lendemain, cachées sous un écran de nuages ​​clairsemés, les rives poissonneuses d’un immense lac s’insinuent dans ses pensées. Comment vivait-elle là-bas, sous le soleil africain ? Aiguisé par les questions de ses petits-enfants, le souvenir d’une grand-mère vieillissante est ravivé. Poétique immergée dans les réminiscences d’un ancêtre expatrié, cette quête intime tissée par la graphiste Éléonore Douspis séduit par sa délicatesse. Rien n’est plus douloureux à vivre que de perdre ses repères. La grand-mère du titre souffre de deux maux : une amnésie partielle et le poids du déracinement. Matérialisant sa détresse à travers des petits cubes épars, éparpillés sur la page blanche dans un désordre fulgurant, l’illustratrice accumule les indices. Ici une chèvre ; un peu plus loin sur une cabane en terre cuite ; à côté une plantation de manioc, et là-bas un canoë… Agrémentés d’astucieux pop-ups, les designs minimalistes et tendres témoignent de l’importance de transmettre l’histoire familiale. Et témoigner avec clairvoyance de la richesse d’un tel héritage pour les jeunes générations.

Par Éléonore Douspis, éd. Albin Michel Jeunesse, coll. Trapèze, 30 p., 20 €. A partir de 5 ans.

« La valise de Monsieur Li »

C’est un petit personnage discret recroquevillé sur un banc. Un homme aux cheveux gris, immobile, silencieux et sans âge, assis là, patiemment blotti contre une vieille valise bleue. Les enfants du quartier apprécient la présence furtive de M. Li, tout comme ils chérissent les fines marionnettes en papier découpé que le mystérieux apatride fait danser sous leurs yeux étonnés… Aussi, quand la silhouette de M. Li disparaît un jour, sans prévenir. , l’inquiétude s’empare des petits qui s’interrogent inlassablement sur la disparition du vieux vagabond. A travers ce récit délicat tissé comme une fable poétique dont les rimes et les éclairs s’apparentent à ceux d’une série de haïkus, Bernard Villiot magnifie l’existence d’un réfugié en sursis. Bérangère Mariller-Gobber habille la solitude clandestine de cet artiste déchu de teintes anthracite et auburn. Leurs regards croisés nous invitent à reconsidérer avec tendresse les visages et les traits tirés de ces multiples flâneurs anonymes, qui, contraints d’errer, subsistent en pleine opulence dans les interstices de nos villes.

De Bernard Villiot et Bérangère Mariller-Gobber, éd. Glénat Jeunesse, 32 p., 13,50 €. A partir de 6 ans.

« Beate et Serge Klarsfeld. Non à l’impunité »

Leur histoire commence par un échange de regards en mai 1960. Entre l’étudiant Serge Klarsfeld, jeune juif français d’origine roumaine, et Beate Künzel, une Allemande vivant à Paris comme baby-sitter, l’amour et l’engagement iront toujours de concert. De la gifle infligée par Beate en novembre 1968 au chancelier Kiesinger, ancien fonctionnaire nazi, jusqu’à la traque de Klaus Barbie, l’ancien chef de la Gestapo de Lyon, toutes les actions du couple n’ont jamais cessé d’aboutir à la condamnation des criminels. Le nazisme et ses complices. Fondateurs de l’association des Fils et Filles de Déportés juifs de France, les époux Klarsfeld furent des combattants de la mémoire ainsi que d’infatigables pourfendeurs de l’antisémitisme. La détermination et le courage de Beate, combinés à l’abnégation de Serge, avocat infatigable et historien rigoureux, offraient les meilleurs boucliers contre le négationnisme. Recréé de manière romantique, le parcours de ces passeurs engagés, aujourd’hui fringants octogénaires, captive. Ce récit plein de verve et de passion, publié dans le recueil incontournable « Ceux qui ont dit non », se termine par un aperçu instructif des notions d’impunité et de crimes contre l’humanité.

Par Rachel Hausfater, éd. Actes Sud jeunesse, coll. « Ceux qui ont dit non », 96 p., 9,90 €. A partir de 12 ans.

« Déportés. J’avais ton âge”

En 2018, Karine Sicard Bouvatier réalise que ses propres enfants appartiennent à la dernière génération susceptible d’interagir avec les rescapés de la déportation et du nazisme. Animé par la volonté de transmettre au plus grand nombre ces trajectoires de vie, de souffrance, de terreur et d’espoir, le photographe a entrepris de faire dialoguer d’anciens déportés avec des enfants et adolescents ayant atteint l’âge précis où ces témoins sont allés en enfer. Ces longs entretiens saisissants, immortalisés dans de beaux portraits, racontent les abus, la honte, et les incroyables trésors de la résistance face aux coups infligés par les nazis, face à la torture, à la malnutrition, aux épidémies… Après avoir lu ces tissés histoires éclatées d’humanité, on ne peut oublier l’incroyable force de caractère d’Esther Senot, survivante de Birkenau, Bergen-Belsen et Mauthausen, qui transmet inlassablement son parcours dans les classes. Aujourd’hui nonagénaire, Esther s’inquiète de la résurgence de l’antisémitisme et du racisme et pointe le danger des réseaux sociaux sur « des jeunes malléables » dont beaucoup, souligne-t-elle, “Je n’ai pas entendu parler de l’expulsion « .

Par Karine Sicard Bouvatier, éd. La Martinière Jeunesse, 160 p., 12,90 €. A partir de 13 ans.

« 14-18 : Une minute de silence pour nos courageux arrière-grands-pères »

Immersion saisissante dans la boue des tranchées, ce magnifique album grand format nous plonge dans l’âme damnée d’un pauvre bonhomme à fourrure désespéré. Et comme l’intéressé semble rendu muet par l’horreur des combats, sa vie quotidienne au sein de son bataillon d’infanterie nous est restituée par la seule force de la ligne. Fragments d’obus, geysers de cendres, projections de graviers et de neige fondante… Les somptueuses illustrations au pastel de Thierry Dedieu n’édulcorent en rien l’angoisse, le dégoût, la crasse ou les visions insupportables du fantassin défaillant, juste à côté. Créateur hors pair, Dedieu entoure les casques et pardessus d’auréoles de tons terreux, sépia, bistre et marron. Au fil des pages, les visages des soldats deviennent de plus en plus usés, fatigués, creux. En fin d’ouvrage, ils préfigurent la reproduction de deux portraits éprouvants de visages brisés. Les graphismes raffinés de cette bande dessinée magistrale nous entraînent directement dans les assauts et les combats belliqueux au corps à corps, fusil et baïonnette à la main, des vaillants combattants. L’expressivité de cet album très documenté impose cependant que sa lecture soit réservée aux collégiens les moins sensibles.

Par Thierry Dedieu, éd Seuil Jeunesse, 40 p., 18 €. A partir de 13-14 ans.

 
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