Ici commence un amour – .

Ici commence un amour – .
Ici commence un amour – .

J’ai lu que tu commençais un nouveau cycle avec Ici commence un amourr. Pouvez-vous nous dire quel cycle se ferme et lequel s’ouvre ?
Quand j’ai écrit Nino dans la nuit Et L’été de la charogne, puis les deux recueils de poésie, j’ai abordé l’adolescence : les années vingt, la quête d’une identité, les illusions qu’on perd. Les rêves que tu as et les moyens que tu te donnes pour y arriver avec toute la violence que cela représente. Aujourd’hui, j’ai franchi une étape. Je me demande plutôt : que faites-vous une fois que vous avez survécu à cette période ? Peu importe d’où l’on vient, riche ou pauvre, l’intensité est la même. Une fois cela passé, et si cela s’est bien passé, on arrive à quelque chose de plus spirituel, de plus conscient de soi et des autres. Et à ce moment-là, que fais-tu ? Nous avons le désir d’être un artiste et de faire ce qu’il faut pour y arriver. Une fois cela fait, on se rend compte qu’il s’agit d’un monde d’images et d’illusions et que la vérité recherchée à travers la création ne s’y trouve pas réellement. Comment embrasser l’âge adulte après être passé à la jeunesse ? C’est justement le défi de Théo.

L’histoire de votre livre est aussi l’histoire d’un livre qui ne se fait pas, d’un livre inachevé en le livre. Il y a de très belles pages où Théo comprend qu’il s’égare dans ses affaires. Dans quelle mesure cette dualité entre ce livre que le héros n’a pas écrit et celui que vous étiez en train d’écrire a-t-elle régi votre écriture ?
C’est intelligent que ça existe… Plus sérieusement, j’ai voulu rendre compte de la position ambivalente de l’écrivain sur ce qu’il veut dire, et dans le cas où il s’exprime mal, sur ce qu’il fait de ce qu’il a déjà écrit. D’un côté je suis très agacé par ce discours réactionnaire qui prétend qu’on ne peut plus rien dire. Parce qu’il me semble logique qu’avec le temps, certaines choses ne puissent plus s’exprimer de la même manière. C’est une idée paresseuse. C’est précisément le travail des artistes et des penseurs de trouver de nouvelles formes d’expression, adaptées aux époques dans lesquelles ils sont amenés à penser et à produire. Et d’un autre côté, il y a quelque chose de réflexe, de réaction presque violente face à la volonté de certains de moraliser l’art. On peut tout à fait faire un discours qui joue avec les limites. Il suffit de trouver le formulaire pour le faire. On peut toujours être amoral, mais il y a une responsabilité d’écrire, dans le fait de poser les mots d’un imaginaire à travers lequel nous vivrons les années à venir, à travers les livres que nous écrivons. Et en même temps, pour moi, une œuvre qui se soucie d’être moralement acceptable est en passe de devenir de la merde. Il y avait aussi cette volonté de créer une rupture narrative forte. Amener le lecteur dans la fabrication des livres, dans cet univers de cahiers et de poèmes. Le livre que l’on achète en librairie est un produit fini, mais il existe une matière première pour l’écriture qui dépasse parfois même son propre auteur. Ce livre dans le livre est donc l’expression de cette ambivalence.

Comme ce livre dans le livre, votre histoire s’appuie sur différentes visions du monde. Je pense notamment à ce chapitre où Théo, héros nihiliste, passe un moment plein d’ironie et d’affection douce-amère à se faire tirer les cartes d’un militant LGBT un peu hostile. Pouvez-vous nous raconter comment vous en êtes arrivé à écrire ce chapitre ?
Je suis très intéressé par ce domaine pour sa charge symbolique. archétype des choses. L’astrologie ne m’intéresse pas en soi comme vérité. Mais j’ai accumulé une certaine quantité de connaissances sur le tarot. J’ai une spiritualité que je vis en dehors de tout dogmatisme religieux car le dogme me dégoûte profondément. Je fais avec ce qui me parle. Cette scène vient du fait que j’entends beaucoup de gens dire des bêtises sur l’astrologie, qu’il s’agisse d’horoscopes, de signes etc… C’est devenu une manière deessentialiser l’autre et de l’enfermer dans un discours fini. Quelque chose de presque un peu fasciste. Tandis que le Tarot de Marseille est la survivance alchimiste du Moyen Âge. C’est un immense patrimoine symbolique tout autour de la Méditerranée. J’ai donc voulu créer une scène pédagogique autour du rapport qu’on devrait avoir avec ces choses. Il ne s’agit plus de connaître l’avenir, mais de dessiner des symboles et de créer un discours de manière collective. Je voulais aussi parler de ce qui se passe avec des amis queer qui parcourent parfois les cartes pour créer de nouveaux récits sur l’identité. Nous sommes dépossédés de nous-mêmes par la société marchande, et le tarot est un outil comme un autre à la disposition des individus pour recréer le sacré autour de leur personne. C’est ce qui est puissant, je pense. Quant à l’hostilité de Louny, c’est pour moi simplement une personne dans la trajectoire de Théo qui vient se confronter à son hétéro prisme. Pour le sortir de cette attitude coloniale où le monde lui appartient parce qu’il le regarde, et qui lui dit que son point de vue n’est pas évident. Si Louny est quelqu’un d’un peu colérique, il y a surtout beaucoup d’amour qui circule dans cette scène.

 
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