des tableaux aux livres – .

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Dans les années 1980 et 1990, il était courant de retrouver les monologues de Clémence DesRochers, Yvon Deschamps ou Marc Favreau dans les rayons des bons libraires. Dans les années 2010, Louis-José Houde et Les Denis Drolet sont parmi les rares à avoir osé transformer leurs spectacles en livres. Depuis l’automne dernier, il semble que le phénomène ait connu une résurgence alors que les livres d’André Sauvé (Monologues et détours imprévisiblesÉditions de l’Homme), d’Adib Alkhalidey (Tabarnak québécoisStanké), de Virginie Fortin (Bruit dans le cosmosAtelier 10) et Marie-Christine Lemieux-Couture (Tueur de joies patriarcalesEn somme, tous ont pour origine la scène.

Les humoristes québécois ont donné des romans, des autobiographies, des développements personnels, des essais sociopolitiques, des recueils de chroniques et même des récits de voyage. Bizarrement, peu d’entre eux osent publier les monologues qu’ils défendent inlassablement en tournée. Marie-Ève ​​Gélinas, rédactrice chez Stanké, avance une théorie : « Peut-être que ça les inquiète de figer quelque chose qui est par nature éphémère. »

Pour Nicolas Langelier, directeur de l’Atelier 10, c’est d’autant plus surprenant que « la forme du se lever est propice à la lecture […] Une seule personne parle derrière un micro, sans accessoires ni décor : cela se transforme tout naturellement en livre ! Pour nous, c’est un créneau à occuper, d’autant plus qu’il y a un intérêt évident pour l’humour au Québec et que le territoire de l’édition humoristique n’est pas saturé. Si nous devons évoluer vers des pratiques artistiques plus populaires pour que les gens achètent et lisent nos livres, je pense que cela en vaut la peine. Collectivement, aujourd’hui, nous avons tout à gagner à ce que les gens continuent à lire. » L’Atelier 10 a donc donné naissance à une nouvelle collection, « Humour », dont le slogan est pour le moins prometteur : « Les textes humoristiques les plus originaux, marquants et pertinents du nouveau Québec. »

Quand vient le temps de choisir un monologue à publier, Marie-Ève ​​Gélinas explique qu’elle recherche un texte qui « se lit aussi bien qu’il s’écoute : il faut préserver l’oralité, pour qu’on puisse entendre la voix de l’humoriste. quand on lit. Notre objectif est de donner de la longévité à des textes qui possèdent des qualités littéraires indéniables. Kim Thúy, qui signe la préface du livre d’Adib Alkhalidey, ne tarit pas d’éloges sur l’hilarante Tabarnak québécois : « Il fallait rendre accessible à tout moment notre parole, partager la beauté, poser un geste social, voire philanthropique. »

Une question de génération

Nicolas Langelier admet volontiers son parti pris générationnel : « Il existe une nouvelle génération d’humoristes vraiment brillants, qui vont à l’encontre des clichés qu’on pouvait avoir sur le monde de la comédie il y a 10 ou 20 ans. années. Ces personnes, dont les créations sont intellectuellement stimulantes, et dont Virginie Fortin est tout à fait représentative, méritent, à mon avis, une place dans les librairies et les bibliothèques. »

L’idée de publier le texte de son premier spectacle, Bruit dans le cosmos, Virginie Fortin avoue d’emblée l’avoir emprunté au Britannique Stewart Lee : « C’est mon comédien préféré depuis que je l’ai découvert il y a plus ou moins 8 ans grâce à Guillaume Wagner. Avant de le voir sur scène, j’ai pu lire ses monologues et apprécier chaque mot. C’est également sous son inspiration que j’ai décidé d’inclure des notes de bas de page dans mon livre. En profitant des commentaires en marge du texte, on peut entrer dans la tête de l’humoriste, avoir accès aux coulisses, au pourquoi et au comment, à une forme d’autocritique et même à quelques flèches. . À mon avis, c’est une valeur ajoutée. Je suis vraiment contente que l’Atelier 10 m’ait permis de faire ça. »

Même si elle pense que son lectorat sera majoritairement composé de personnes ayant assisté au spectacle, Virginie Fortin espère que certains la repéreront grâce à son livre : « Peut-être que les gens ont aimé mon deuxième spectacle et qu’ils voudront découvrir le premier par la lecture. Ou que les autres s’en foutent d’aller voir des comédiens sur scène et qu’ils passeront un bon moment avec le livre. »

Publier un texte humoristique est aussi une manière de nourrir un répertoire. Pour Virginie Fortin, il n’est pas surprenant que cela se produise maintenant : « Il y a une nouvelle vague d’humour, se lever dont la densité se prête à la publication. Je ne veux pas donner l’impression que je manque d’humilité, mais je prends beaucoup de temps à écrire et à réfléchir à mes blagues. Je dois admettre que c’est très satisfaisant de les voir dans un livre. J’espère que d’autres comédiens se laisseront tenter par ça. »

Même si elle a du mal à se définir comme comédienne, Marie-Christine Lemieux-Couture a présenté plusieurs versions de son spectacle humoristique au cours des dernières années, Killjoy féministe, notamment en 2019 au Dr Mobilo Aquafest. Sous-titre Réflexions sur l’humour et la kyriarchiele livre qui vient de paraître chez Somme tout, Tueur de joies patriarcales, s’inspire du solo en question. « J’ai été le premier surpris par les rires que j’ai reçus en faisant une déclaration plutôt intellectuelle sans me prendre au sérieux. Comme ma pratique est avant tout littéraire, et que c’est là que je me sens à l’aise, c’est tout naturellement que j’ai eu envie de faire un livre à partir du spectacle. » Entre les morceaux de monologues, l’universitaire a glissé des essais sur les « mécanismes des inégalités et des injustices systémiques » : « Cette hybridité est assez caractéristique de ma démarche. »

Un bel avenir

« L’automne prochain, révèle Marie-Ève ​​Gélinas, Stanké publiera Baiser, le premier solo de Jonathan Roberge. C’est un très bon texte, que le public n’a pas eu la chance de connaître car le spectacle n’a jamais dépassé le stade du rodage ; Le fils de Jonathan a reçu un diagnostic de cancer. Nous avons également l’intention de publier le texte de la plus récente émission d’Adib, Putes et voleurs. Publier des monologues humoristiques répond à notre envie de découvrir de nouvelles écritures tout en reflétant l’hybridité actuelle des genres ; les frontières entre humour, récit et littérature sont de plus en plus poreuses. »

On apprend que l’Atelier 10 publiera prochainement le deuxième spectacle de Virginie Fortin, Mes sentiments. «Nous privilégierons bien sûr les comédiens dont les valeurs et les sensibilités correspondent à celles de l’Atelier 10», explique Nicolas Langelier. Pas question de se dénaturer ou d’aller vers des choses purement commerciales pour remplir nos caisses. L’idée est de prolonger notre vision éditoriale sous une forme différente. Nous avons déjà des projets en tête, mais ils ne sont pas encore assez avancés pour que je vous en parle. »

Tabarnak québécois

Adib Alkhalidey, Stanké, Montréal, 2023, 88 pages

Bruit dans le cosmos

Virginie Fortin, Atelier 10 « Humour », Montréal, 2024, 64 pages

Tueur de joies patriarcales

Marie-Christine Lemieux-Couture, Somme tout, Montréal, 2024, 96 pages

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