Deuxième tour des élections législatives

(Paris) Les Français étaient fortement mobilisés dimanche pour le second tour d’élections législatives historiques, dont le parti d’extrême droite pourrait sortir vainqueur mais sans majorité absolue à l’Assemblée, ce qui risque la paralysie.


Publié à 07:34



Didier Lauras au service politique de l’AFP

Agence France-Presse

La participation était en hausse dimanche à 06h00 (heure de l’Est) à 26,63%, le chiffre le plus élevé pour un scrutin législatif depuis celui de 1981 (28,3%), qui avait porté la gauche au pouvoir.

Le pays est aux prises avec un climat délétère, marqué par des insultes, des agressions physiques contre des candidats et des afficheurs, et la diffusion de discours racistes et antisémites.

Face à d’éventuelles perturbations dimanche soir, 30.000 policiers seront mobilisés, dont 5.000 à Paris.

“Il y a beaucoup de tension, les gens deviennent fous”, a commenté Laurence Abbad, une retraitée de 66 ans à Tourcoing (Nord), qui craint des violences dans la soirée après l’annonce des résultats.

PHOTO DE MOHAMMED BADRA, REUTERS

Une femme dépose son bulletin de vote au Touquet-Paris-Plage, dans le nord de la France.

A quelques kilomètres de là, à Lille, Cécile Artis, une cadre supérieure de 59 ans, s’inquiète de « la polarisation de l’opinion publique », tandis que dans la petite ville de Rosheim près de Strasbourg (Est), Antoine Schrameck, un retraité de 72 ans, se dit « anxieux » : « Nous sommes à un tournant de l’histoire de la République ».

Resserrage des trois blocs

Les bureaux de vote ont ouvert dimanche à 02h00 (heure de l’Est) en France métropolitaine, tandis que les électeurs de Saint-Pierre-et-Miquelon (Atlantique Nord), de Guyane, des Antilles, ainsi que de Polynésie et de Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud avaient déjà voté samedi.

Dans les grandes villes métropolitaines, ils resteront ouverts jusqu’à 14 heures HE, date à laquelle les premières estimations seront publiées.

Les premiers résultats ont été publiés dans certains territoires d’outre-mer, qui ne laissent en rien présager d’une tendance nationale. En Guadeloupe, les quatre députés sortants indépendants et de gauche ont regagné leur siège. En Martinique et en Guyane, la gauche a gagné.

Le président Emmanuel Macron a plongé la France dans l’inconnu en décidant le 9 juin de dissoudre l’Assemblée nationale après sa débâcle aux élections européennes.

PHOTO MOHAMMED BADRA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président Emmanuel Macron a voté au Touquet, dans le nord de la France.

Au premier tour, les Français ont donné le parti d’extrême droite du Rassemblement national (RN) – et ses alliés du parti de droite Les Républicains – largement en tête (33%), devant le Nouveau Front populaire (NFP, 28%) et le camp présidentiel de centre-droit (20%).

Vendredi, les sondages semblaient montrer un resserrement entre les trois blocs : l’extrême droite obtiendrait entre 170 et 210 sièges au second tour, pour une majorité absolue fixée à 289 députés. Elle serait talonnée de près par le NFP (155 à 185), suivi par les macronistes (95 à 125).

« Tentations populistes »

Mais les sondeurs font preuve d’une certaine prudence, car personne ne sait quelle force profitera de cette très forte participation.

« Une cinquantaine de circonscriptions se jouent dans une course très serrée », a déclaré le président délégué de l’institut de sondage Ipsos, Brice Teinturier.

Plus de 200 candidats de gauche et du centre se sont désistés, des dizaines de scrutins à trois, qui semblaient favorables au RN à l’issue du premier tour, se sont soudain transformés en duels beaucoup plus serrés.

« Aujourd’hui le danger, c’est une majorité dominée par l’extrême droite et ce serait un projet catastrophique », a prévenu le Premier ministre Gabriel Attal, chef de campagne du camp présidentiel.

La cheffe de file de l’extrême droite, Marine Le Pen, a dénoncé les manœuvres d’un « parti unique » de « ceux qui veulent conserver le pouvoir contre la volonté du peuple ».

Si elle réussit son pari et obtient une majorité suffisante, c’est son protégé Jordan Bardella, 28 ans, qui entrerait à Matignon avec un programme anti-immigration fort. Il s’agirait du premier gouvernement d’extrême droite en France depuis la Seconde Guerre mondiale.

PHOTO CHRISTOPHE ENA, ASSOCIATED PRESS

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, et Jordan Bardella, chef du parti

L’hypothèse suscite des craintes chez certains grands pays européens partenaires de la France, inquiets de voir un parti eurosceptique réputé proche de la Russie de Vladimir Poutine arriver au pouvoir dans l’un des piliers de l’Union européenne.

Sans citer aucun pays en particulier, le pape François a mis en garde dimanche contre « les tentations idéologiques et populistes ».

L’incertitude est telle que Gabriel Attal a déclaré que son gouvernement était prêt à assurer la continuité de l’Etat « aussi longtemps que nécessaire ». C’est-à-dire à gérer les affaires courantes en attendant la formation d’une nouvelle équipe, alors que Paris accueille les Jeux olympiques dans trois semaines.

Interrogé sur une éventuelle allocution du chef de l’Etat après 20 heures, son entourage a indiqué à l’AFP que “rien n’était décidé” pour le moment et que “tout [dépendrait] résultats “.

Lire “ La presse en France : urgence à Carhaix »

 
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