Pourquoi le pays veut réguler les réseaux sociaux – .

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Pourquoi le pays veut réguler les réseaux sociaux – .

Crédit photo, Getty Images

Légende, Le Cameroun veut réguler les contenus en ligne avec l’aide du réseau social Tiktok.
Informations sur l’article
  • Auteur, Armand Mouko Boudombo
  • Rôle, Journaliste de la BBC Afrique
  • Twitter, @AmoukoB
  • Reportage de Dakar
  • 4 juillet 2024

Le Conseil national de la communication, l’instance de régulation des médias au Cameroun, a signé un accord préliminaire avec le réseau social TikTok pour la régulation des contenus dans le pays. Une mesure qui réjouit et inquiète à la fois.

Une équipe du réseau social TikTok pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre vient de terminer un déplacement au Cameroun. Parmi les étapes prévues au programme, une rencontre avec les autorités de l’organe de régulation des médias camerounais, le Conseil national de la communication (CNC).

Au cours de cette rencontre, les deux organisations ont discuté du renforcement de leur « collaboration pour une régulation inclusive des contenus en ligne au Cameroun » dans un contexte marqué par « l’approche des échéances électorales », explique le Conseil national de la communication sur son site internet.

L’objectif est de « lutter efficacement contre les contenus en ligne qui pourraient porter atteinte à la paix et à la cohésion sociale », poursuit l’organisation, sans fournir plus de détails sur les contenus spécifiques qui seront réglementés.

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Contacté par la BBC, le président du conseil d’administration, Joe Chebonkeng Kalabubse n’a pas souhaité s’étendre sur le sujet, expliquant que le réseau social était d’accord sur plusieurs points, mais devait encore se référer à son service juridique avant d’entreprendre une quelconque action.

Arrêtez les discours de haine

Le régulateur camerounais a mis en avant les « initiatives mises en avant par TikTok » lors de la réunion. Elles visent notamment à « faciliter le travail des régulateurs, notamment la mise en place d’un portail permettant à la société civile et aux régulateurs de signaler les contenus illicites. Ce signalement est considéré comme une priorité ».

En bref, les dénonciations du Conseil national de la communication à l’encontre de TikTok pourraient être prioritaires et donner lieu à des actions prioritaires de la part du réseau social chinois. Les deux organismes ne précisent pas s’il existe des garde-fous.

Le CNC semble être en campagne pour la régulation des contenus en ligne. Fin avril, l’organisation avait réuni des blogueurs et des cyberjournalistes pour préparer un protocole d’accord « sur la manière dont les parties devraient se comporter à l’avenir et pourquoi ne pas nous aider (le CNC) à réguler les contenus en ligne ».

Il a ensuite estimé que « près de 50% des Camerounais ont des smartphones et cela signifie qu’ils peuvent publier ce qu’ils veulent. Et ce faisant, ils ne savent pas ce qu’ils font et ce sont ces blogueurs qui peuvent rectifier le tir ».

Contacté par la BBC, le Syndicat des Cyber ​​Journalistes du Cameroun, qui a pris part à la signature du pré-accord entre le CNC et TikTok, a ajouté que la mesure, si elle entrait en vigueur, protégerait les enfants qui sont très exposés à TikTok, notamment aux contenus non contrôlés.

Mais au-delà de cela, elle précise que l’accord proposé insistait sur le suivi des actions sur cette plateforme.

Contacté, TikTok a refusé de commenter les dispositions réglementaires que l’entreprise envisage de mettre en œuvre, expliquant qu’elle ne pouvait fournir aucun commentaire pour le moment puisque l’accord n’a pas encore été signé.

Les élections approchent

Crédit photo, Conseil national de la communication

Légende, Le président du Conseil national de la communication du Cameroun, Joe Chebonkeng Kalabubse (à droite) posant avec le directeur des politiques publiques de Tiktok au milieu et Jean Thobie Hond, le secrétaire du CNC après une réunion à Yaoundé.

Le Cameroun doit organiser trois élections l’année prochaine. Si le calendrier est respecté, les élections législatives et municipales devraient avoir lieu en février 2025, et l’élection présidentielle en octobre de la même année.

Le pays a cependant dû reporter les élections législatives et locales de 2012 et 2018, invoquant la nécessité d’ajuster la commission électorale pour les premières, et des problèmes financiers difficiles pour celles de 2018 qui devaient se tenir la même année que l’élection présidentielle.

La dernière élection présidentielle a été âprement disputée par le principal opposant Maurice Kamto qui a été emprisonné puis libéré quelques mois plus tard après avoir tenté de manifester avec ses partisans pour contester les résultats qui ont donné la victoire au président Biya.

L’élection présidentielle a également vu une montée des polémiques entre militants pro-gouvernementaux et ceux de l’opposition, conduisant le réseau social Facebook à fermer certains groupes de discussion hébergés sur sa plateforme.

Par exemple, le groupe « Le Cameroun c’est le Cameroun », qui rassemblait plusieurs centaines de milliers de personnes, a été temporairement fermé, avant d’être rouvert par Facebook, avec un nombre réduit de participants.

Son promoteur Mathieu Youbi, militant du parti politique de Maurice Kamto, a indiqué avoir été notifié par Facebook de la fermeture de son groupe, car ce dernier « ternit l’image du Cameroun et porte atteinte aux efforts de modernisation de l’Etat en construction ».

Facebook n’a pas répondu à nos demandes de commentaires sur ces allégations au moment de la publication de cet article.

Pourquoi l’accord est-il inquiétant ?

Crédit photo, Conseil national de la communication

Légende, Siège du Conseil National de la Communication du Cameroun à Yaoundé.

Contactés par la BBC, ni l’association des blogueurs ni le Syndicat des journalistes du Cameroun n’ont souhaité commenter ce pré-accord qui lie désormais le régulateur des médias au réseau social TikTok. Mais la mesure réjouit et inquiète à la fois Yannick Assonmo Necdem.

Journaliste et enseignant-chercheur, il juge pertinent de réfléchir à la régulation des contenus en ligne au Cameroun, « au regard des dérives linguistiques qui pullulent dans ces espaces numériques ».

Mais, le CNC étant un organisme gouvernemental, poursuit M. Assonmo Necdem « l’enjeu est de réguler sans tuer les formidables avancées en matière de liberté d’expression et de co-construction d’un espace public plus démocratique. La lutte contre les discours de haine et l’approche des élections ne doivent pas servir de prétexte pour museler la société, les acteurs politiques de l’opposition, les voix indépendantes et plus généralement les citoyens ».

Il rappelle qu’il s’agit d’une « préoccupation majeure quant à la nécessité de réguler les espaces numériques, tout comme cette préoccupation a été exprimée par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples concernant la lutte contre le terrorisme ».

Analysant ce pré-accord, Maurice Simo Djom, qui a coordonné, en 2020, la rédaction d’un ouvrage sur l’impact des réseaux sociaux au Cameroun, le voit d’un œil positif, compte tenu du souci des Etats de protéger les citoyens des dérives en ligne, notamment de la petite enfance.

Il a cependant ajouté qu’il était nécessaire de souligner ce qu’il appelle l’intégrité électorale, qui implique que les gouvernements protègent les processus électoraux contre toute ingérence.

Etant dans une période qui peut déjà être considérée comme pré-électorale, écrit Maurice Simo Djom, « nous suggérons que le gouvernement camerounais puisse discuter de toutes les options en signant cet accord, en sensibilisant les représentants de TikTok sur la nécessité d’un filtrage optimal des messages qui pourraient porter atteinte à l’intégrité électorale ».

 
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