Les femmes prises au piège d’un « régime d’apartheid » – .

Les talibans, insensibles aux critiques internationales, multiplient les mesures restreignant les droits des femmes en Afghanistan et créent, selon les Nations Unies, un « régime d’apartheid de genre » dont il est pratiquement impossible d’échapper.


Publié à 00:41

Mise à jour à 5h00



Ce qu’il faut savoir

Les talibans, qui ont repris le pouvoir à l’été 2021, continuent de multiplier les mesures restreignant les droits des femmes.

Leur effet cumulatif est si dommageable qu’il convient, selon les termes d’un rapporteur spécial de l’ONU, de parler d’un « régime d’apartheid de genre ».

La situation n’a pas empêché l’organisation internationale d’organiser en début de semaine à Doha un sommet avec les dirigeants talibans, excluant toute discussion sur la situation des femmes dans le pays.

Les militants qui défient les restrictions ou osent protester contre la situation risquent l’emprisonnement et la torture, y compris la violence sexuelle, car de nombreux cas de cette nature ont été documentés récemment.

Le quotidien britannique Le gardien a révélé mercredi l’existence d’une vidéo montrant une militante afghane violée à plusieurs reprises par deux hommes armés dans une prison d’État.

Les agresseurs, qui filmaient la scène, ont pris soin de montrer clairement le visage de la victime dans le but de l’utiliser ultérieurement pour la contraindre au silence à sa sortie de détention.

La femme, qui a pu plus tard quitter l’Afghanistan, a été avertie par le régime que les images seraient publiées sur les réseaux sociaux et envoyées à sa famille si elle continuait à critiquer les talibans depuis l’étranger.

D’autres femmes arrêtées pour avoir violé les restrictions vestimentaires strictes du régime ont également affirmé avoir été victimes d’abus sexuels.

Dans un rapport récent, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme en Afghanistan, Richard Bennett, a noté que la violence sexuelle fait partie des méthodes de torture utilisées dans les prisons contre les femmes et les filles.

M. Bennett a averti que les talibans ont « institutionnalisé un système d’oppression » des femmes qui représente une attaque contre la population civile suffisamment grave pour constituer un « crime contre l’humanité ».

En l’absence d’une action concertée de la communauté internationale, le système est voué à se renforcer, a-t-il déclaré, « à mesure que ceux qui lui résistent sont confrontés à une violence de plus en plus intense » et que « les modèles féminins et la notion d’indépendance des femmes » disparaissent.

Virage restrictif

Les talibans, revenus au pouvoir à l’été 2021 après le retrait des forces occidentales déployées en réponse aux attentats du 11 septembre 2001, ont d’abord tenté de présenter un visage plus modéré que lors de leur premier passage à la tête du pays.

Cependant, ils ont progressivement rétabli de nombreuses restrictions visant les femmes et ont accéléré le rythme à mesure que l’attention internationale se concentrait sur d’autres crises.

Entre juin 2023 et mars 2024 seulement, plus d’une cinquantaine de réglementations limitant les droits des femmes ont été introduites, ciblant tous les domaines d’activité.

PHOTO EBRAHIM NOROOZI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des étudiantes afghanes dans une classe d’école primaire à Kaboul, mars 2023. Les femmes n’ont plus accès à l’enseignement secondaire.

L’accès à l’enseignement secondaire et universitaire a été supprimé pour les femmes, limitant ainsi leur capacité à acquérir les compétences nécessaires pour obtenir un emploi rémunéré et devenir indépendantes.

Le droit au travail a également été restreint, empêchant les femmes de travailler pour des organisations non gouvernementales locales ou étrangères. Même l’emploi privé a été restreint, le régime obligeant les salons de beauté à fermer.

L’accès physique au lieu de travail et les déplacements quotidiens sont rendus difficiles par l’obligation pour les femmes d’être accompagnées par un membre masculin de la famille.

L’affaiblissement économique qui en résulte alimente les abus, d’autant plus que les talibans ont démantelé les institutions mises en place pour protéger les victimes de violences domestiques.

Les juges et procureurs spécialisés ont été remplacés par des mollahs sans expérience ni compétence juridique.

Sommet sans femmes

La gravité de la situation des femmes dans le pays n’a pas empêché les Nations Unies d’organiser il y a quelques jours à Doha un sommet sur l’Afghanistan, auquel ont participé plusieurs représentants du régime.

Les talibans ont exigé qu’aucune femme ne soit présente et que la question des droits des femmes ne soit pas discutée, suscitant de vives critiques de la part des organisations de défense des droits de l’homme.

Amnesty International, qui a publié en 2022 un rapport critiquant la « mort au ralenti » des femmes afghanes, a averti avant le sommet qu’une telle concession créerait un « précédent extrêmement préjudiciable ».

M. Bennett a noté dans la même veine que la « collaboration ad hoc » avec les talibans risquait d’être perçue « comme un signe de tolérance » envers leurs excès.

Roza Otounbaïeva, cheffe de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a assuré pour sa part qu’il était important que la communauté internationale « entame un dialogue direct avec le régime ».

PHOTO WAKIL KOHSAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, lors d’une conférence de presse à Kaboul

Elle a déclaré que cette mesure pourrait potentiellement changer la situation et permettre aux femmes afghanes de participer aux futures négociations.

Selon l’Agence France-Presse, le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, a salué « l’esprit de coopération » affiché par les Nations unies lors d’une conférence de presse organisée mercredi à Kaboul.

« Nous avons indiqué aux pays participants que les problèmes internes de l’Afghanistan – notamment ceux concernant son peuple et ses femmes – sont les problèmes de l’Afghanistan », a-t-il noté.

 
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