À Doha, le lent retour à la vie des corps brisés de Gaza

À Doha, le lent retour à la vie des corps brisés de Gaza
À Doha, le lent retour à la vie des corps brisés de Gaza

Shaïma Al Ghol ne quitte pas des yeux l’écran de télévision au-dessus de son lit d’hôpital. La bouche grande ouverte, elle regarde les images de la chaîne qatarie Al-Jazeera montrant les décombres des derniers bombardements israéliens dans la bande de Gaza. « Ma famille est toujours là» dit cette Palestinienne de 33 ans, ses deux jambes bandées posées sur le lit. Je suis ici à Doha, mais mon père, mon frère, ma mère, ma sœur et sa famille vivent tous dans une tente à Rafah. Comment ne pas suivre l’actualité ? »

Shaïma Al Ghol, à l’hôpital, à Doha, le 30 mai 2024. Elle souffre de multiples blessures aux jambes. Son mari, ses deux enfants et son enfant à naître ont été tués dans une frappe aérienne israélienne. NATALIE NACCACHE POUR « LE MONDE »

La maison de Shaima, située au sud de la bande de Gaza, a été bombardée le 12 février. Son mari Abdallah, leur fille Jinan, 10 ans, et leur fils Mohamed, 15 ans, ont tous été tués. Depuis le 18 mars, avec ses deux enfants vivants, Hodayfa et Maryam, et sa belle-sœur, Shaïma est au Qatar, hospitalisée à l’hôpital Hamad, spécialisé en chirurgie. Depuis le début de la guerre avec l’État hébreu, le 7 octobre 2023, à la suite de l’attaque sanglante du Hamas en Israël, le Qatar a évacué plus de 2 300 Gazaouis, dont environ 800 pour des raisons médical.

Sur son téléphone portable, la jeune femme montre une vidéo de Hodayfa, filmée juste après le bombardement de leur maison. Le visage et le corps du garçon de 10 ans sont couverts de poussière, venant d’être extrait par un voisin des décombres de l’immeuble effondré. « Mes frères et sœurs et mes parents sont coincés sous les décombres », crie-t-il en larmes. Une autre photo, soigneusement enregistrée dans le téléphone de Shaïma et devenue virale, montre le corps sans vie de sa fille Jinan, accroché à un mur suite à l’explosion.

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La survivante du bombardement est restée inconsciente pendant des jours, les jambes et le dos criblés d’éclats de munitions. Elle a subi 47 opérations. Son fils, qui marche avec une béquille, vers dix heures. Le visage toujours souriant, Shaïma explique que son défunt mari “n’est pas encore venu” dans ses rêves. «Mais mon frère l’a vu une fois. Abdallah lui a donné un chocolat pour moi. Et une autre fois, sa nièce l’a vu. Abdallah lui a demandé comment j’allais. Mais pourquoi ne vient-il pas me voir directement ? Il finira par venir. Oui. Inchallah ! »

” Quelle maison ? »

Lorsqu’on lui demande comment, après tant de drames, elle parvient encore à sourire, Shaïma élève la voix : “Tu veux que je pleure?” Pleurer ne nous a jamais aidé. Si je pleure devant mes enfants, ils vont s’effondrer. » Hodayfa pleure la nuit. Sa mère essaie de le distraire. Elle-même est tombée en panne une fois, lorsque ses enfants se sont rendus dans un centre commercial proche de l’hôpital.

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