Comment préserver la nappe phréatique genevoise avec une consommation d’eau croissante

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En Suisse, 80% de l’eau potable provient des aquifères.

MANU FRIEDERICH/© KEYSTONE / EQ IMAGES / Manu Friederich

La gestion de la nappe phréatique du Genevois, située entre la Suisse et la France, a servi de modèle global de répartition des eaux souterraines entre les différents pays. Mais dans un contexte de sécheresse et de croissance démographique, même cette réserve d’eau atteint ses limites.

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30 mai 2024 – 13h46

Lorsque la principale Source d’eau potable souterraine du canton de Genève atteint son plus bas niveau au milieu des années 1970, deux options se présentent aux autorités : construire une nouvelle usine pour capter l’eau du lac Léman ou alimenter artificiellement la nappe.

La première option aurait coûté environ 150 millions de francs suisses (165 millions de dollars). La seconde n’a coûté que 20 millions de francs, mais a représenté un défi technique majeur.

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Les autorités ont opté pour la deuxième solution, la recharge artificielle de la nappe, qui s’est avérée rentable : le niveau de la nappe transfrontalière s’est stabilisé et la population de Genève et des communes françaises voisines disposait d’eau en quantité suffisante. ‘eau.

Près de cinquante ans plus tard, la croissance démographique et les sécheresses extrêmes plus fréquentes dues au changement climatique mettent à nouveau les réserves d’eau sous pression. « La sécheresse de l’été 2003 a été un signal d’alarme précoce », déclare Gabriel De Los Cobosun hydrogéologue qui participait à l’époque au projet de recharge des aquifères.

S’ensuivent les sécheresses de 2022 et 2023. « Si la situation observée au cours des deux derniers étés se répète à d’autres moments de l’année et de manière prolongée, nous aurons un problème à l’avenir », prévient-il.

Les autorités suisses et françaises doivent désormais renégocier une solution durable. Ils ont signé en 1978 un accord historique sur le partage des ressources en eaux souterraines, qui a servi de modèle dans d’autres régions du monde.

La décision « risquée » de recharger artificiellement la nappe

Dix puits en Suisse et quatre en France font remonter à la surface des eaux souterraines provenant principalement de l’Arve, rivière des Alpes qui prend sa Source dans le massif du Mont Blanc.

La nappe phréatique du Genevois fournit environ 20% de l’eau potable consommée dans le canton de Genève. Avec le lac Léman, elle assure l’approvisionnement en eau potable d’environ 700’000 personnes dans la région transfrontalière.

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Un aquifère est une zone de roches ou de sédiments poreux, de sable et de gravier, saturée d’eau souterraine. Elle est alimentée par les précipitations ou par l’eau des rivières qui s’infiltre dans le sol.

Office fédéral de l’environnement

Dans les années 1960 et 1970, le niveau de l’aquifère a chuté de façon spectaculaire en raison d’une exploitation excessive et non coordonnée des deux côtés de la frontière.Lien externe. Certains puits se sont asséchés et ont été fermés.

La décision de restaurer la nappe avec l’eau de l’Arve était « risquée », note Gabriel De Los Cobos. « Il fallait des conditions hydrogéologiques adéquates et surtout une eau de bonne qualité à introduire dans l’aquifère », explique-t-il. Les autorités craignaient que l’alimentation artificielle ne pollue les réserves d’eau souterraine.

Les responsables de l’approvisionnement en eau ont construit une station de réapprovisionnement sur les rives de l’Arve à Vessy, en Suisse. Après avoir été traitée, l’eau de la rivière est infiltrée sous terre via un réseau de drainage souterrain de cinq kilomètres de long. La nappe phréatique se reconstitue en automne et en hiver, lorsque l’eau du fleuve est moins riche en sédiments et plus claire.

Peu après sa mise en service en 1980, la station de recharge artificielle de Vessy réussit à rééquilibrer le niveau de la nappe phréatique. En moyenne, elle injecte 8 à 10 millions de mètres cubes d’eau par an, un procédé devenu depuis monnaie courante à travers le monde.Lien externe.

>aquifère
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Kai Reusser / swissinfo.ch

L’eau n’est ni suisse ni française

La nappe du Genevois n’a pas été seulement une réussite sur le plan hydrologique.

La Convention Lien externesigné par le canton de Genève et la préfecture française de Haute-Savoie en 1978 est le premier à associer les collectivités locales de deux pays à la gestion d’un aquifère transfrontalier.

Les municipalités locales connaissent mieux les problèmes d’approvisionnement en eau et peuvent agir plus efficacement que les autorités nationales, observe Gabriel De Los Cobos, ancien membre de la commission de gestion des aquifères genevois.

«L’accord a fonctionné parce que personne ne parle de l’eau suisse ou française. C’est simplement de l’eau potable dont tout le monde a besoin et c’est ce qui compte », souligne-t-il.

Le canton de Genève a financé la construction de la gare. Les communes françaises proches de la frontière ont obtenu le droit de pomper gratuitement jusqu’à 2 millions de mètres cubes d’eau par an. Le reste est payable, dans la limite de 5 millions de m3.

>>Arvé
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L’Arve, à droite, se jette dans le Rhône à Genève. Le temps est nuageux en raison de la présence de nombreux sédiments.

CA 4.0 / Jérémy Toma

Nous consommons de l’eau « comme s’il n’y avait pas de lendemain »

L’aquifère genevois fait exception. Depuis 1980, les ressources en eaux souterraines ont diminué presque partout dans le monde et ce déclin s’est accéléré depuis 2000, selon une étude Lien externeévénement récent auquel l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) a participé.

Des États-Unis au bassin méditerranéen en passant par l’Australie, le monde « gaspille les eaux souterraines comme s’il n’y avait pas de lendemain », selon un communiqué de presse. Lien externeHansjörg Seyboldprofesseur de physique et de systèmes de gestion environnementale et co-auteur de l’étude.

Cela est particulièrement vrai pour l’agriculture et l’irrigation des cultures, note Hansjörg Seybold.

Le pompage excessif des eaux souterraines a un impact sur les humains et les écosystèmes, selon Débra Perrone, professeur agrégé à l’Université de Californie à Santa Barbara et co-auteur de l’étude. « Les puits peuvent s’assécher, laissant les gens sans accès à l’eau pour boire, cuisiner et faire le ménage », a-t-elle écrit dans un e-mail.

Les aquifères se reconstituent plus lentement

L’utilisation aveugle des eaux souterraines peut également avoir un impact sur le débit des rivières et provoquer l’affaissement des terres.Lien externe, affectant les maisons et les infrastructures. Dans les régions côtières, l’eau de mer peut s’infiltrer dans les puits et les saliniser lorsque le niveau des eaux souterraines baisse, les rendant impropres à la consommation humaine et à l’irrigation.

Le changement climatique exacerbe la rareté des eaux souterraines. Le climat devient de plus en plus chaud et sec et l’agriculture a toujours plus besoin d’eau. En raison de la diminution des précipitations dans certaines régions, les réserves d’eau souterraine se rétablissent plus lentement, voire pas du tout, selon l’étude.

La tendance peut néanmoins être inversée, estime Hansjörg Seybold, soulignant que l’aquifère genevois montre que le niveau des eaux souterraines ne diminue pas toujours.

>>Inondations à Jakarta
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Jakarta, la capitale de l’Indonésie, sombre également lentement en raison du prélèvement excessif d’eau dans les aquifères souterrains.

Bloomberg via Getty Images

Un modèle pour d’autres accords transfrontaliers dans le monde

L’accord franco-suisse sur la nappe phréatique de Genève a inspiré d’autres régions du monde, note Laurence Boisson de Chazournesprofesseur de droit international à l’Université de Genève.

C’est le cas du Soudan, du Tchad, de la Libye et de l’Égypte, qui partagent le système aquifère des grès nubiens, situé dans les profondeurs du Sahara oriental. C’est l’une des plus grandes réserves d’eau souterraine au monde.

La Jordanie et l’Arabie Saoudite ont également conclu un accord transfrontalier sur l’eau. En Amérique latine, un accord sur l’aquifère GuaraniLien externeregroupant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, entré en vigueur en 2020.

La clé pour gérer pacifiquement un cycle de l’eau perturbé par le climat est de « renoncer au « nationalisme de l’eau » et de se concentrer sur le dialogue », déclare Jean Willemin du Geneva Water Hub, centre spécialisé en hydropolitique et hydrodiplomatie.

Un nouvel accord pour faire face à la sécheresse

L’aquifère genevois est soumis à une pression croissante et l’accord actuel a atteint ses limites. La population de l’agglomération croît rapidement et pourrait atteindre 1,3 million d’habitants d’ici 2040, contre environ un million en 2020. Côté français, les autorités locales ont déjà demandé à pouvoir pomper davantage d’eau dans le sous-sol. -sol.

En cas de sécheresse automnale ou hivernale, comme cela a été le cas ces dernières années, il sera plus difficile de reconstituer la nappe phréatique avec l’eau de l’Arve, souligne Gabriel De Los Cabos.

Les pouvoirs publics suisses et français négocient actuellement un nouvel accord. Selon la proposition actuellement sur la table, la France devrait payer pour chaque mètre cube d’eau qu’elle utilise. Selon Gabriel De Los Cobos, qui continue de suivre les travaux de la commission compétente, cette mesure vise à encourager les économies d’eau.

Ce prix s’accompagnerait d’un pouvoir de décision accru et les communes françaises pourraient pomper davantage d’eau dans la nappe phréatique de Genève. En contrepartie, ils devraient limiter le pompage dans d’autres aquifères plus petits de la région, notamment ceux qui alimentent les rivières du canton de Genève, asséchées l’été dernier. Il leur serait également demandé de réaliser davantage d’études sur la nappe du Genevois sur leur territoire.

Le nouvel accord devrait entrer en vigueur en novembre. « Si aucune solution durable n’est trouvée, il ne reste qu’une seule alternative : réduire la consommation d’eau », conclut Gabriel De Los Cobos.

Texte relu et vérifié par Sabrina Weisstraduit de l’italien par Zélie Schaller / ptur

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