Des féministes éthiopiennes victimes d’un harcèlement en ligne « normalisé et invisible »

Des féministes éthiopiennes victimes d’un harcèlement en ligne « normalisé et invisible »
Des féministes éthiopiennes victimes d’un harcèlement en ligne « normalisé et invisible »

Betelehem Akalework, une militante bien connue des droits des femmes en Éthiopie, a dû déménager deux fois en seulement deux ans en raison de harcèlement en ligne, d’agressions physiques et de menaces de mort.

Avec ses collègues, elle utilise les réseaux sociaux pour promouvoir l’égalité des sexes en Ethiopie, pays conservateur, majoritairement chrétien, le deuxième le plus peuplé d’Afrique, avec quelque 120 millions d’habitants.
Ils abordent des sujets très sensibles, comme le harcèlement sexuel, le viol ou encore des pratiques traditionnelles dangereuses comme les mutilations génitales ou les mariages précoces.

Un engagement au prix élevé.

“Mes collègues et moi avons reçu des menaces en ligne, qui sont devenues de plus en plus violentes”, raconte Betelehem Akalework, 34 ans : “Les menaces de mort, le harcèlement sexuel, les viols collectifs et les menaces d’agressions physiques sont fréquents”.

La militante a cofondé le Réseau éthiopien des défenseurs des droits humains des femmes (EWHRDN), ainsi qu’une plateforme de plaidoyer appelée Afro Feminism – Seta Set Power (« Les femmes au pouvoir ») en 2021.

Depuis, ses e-mails et ses comptes sur les réseaux sociaux ont été piratés, ses informations privées volées et publiées en ligne. Ses coordonnées et ses photographies ont été publiées sur une chaîne de prostitution sur Telegram, a-t-elle déclaré. De nombreux hommes l’ont ensuite contactée.

“Le +vengeance porn+ auquel j’ai été confrontée a été très douloureux (…) Je suis une femme mariée avec deux enfants”, confie-t-elle en fondant en larmes.
« Ces attaques ont causé des dommages psychologiques inimaginables à moi et à ma famille. »

Betelehem affirme avoir été agressée physiquement lors d’un événement à Addis-Abeba, la capitale, par des hommes qui l’ont suivie jusque dans les toilettes puis l’ont menacée afin de la faire taire.
“J’ai dû changer de maison deux fois en deux ans”, en 2022 puis 2023. “Deux de mes collègues ont été contraints de faire de même en raison de menaces similaires.”

Selon une étude publiée en mai par l’ONG britannique Centre for Information Resilience (CIR), le harcèlement en ligne pousse les femmes éthiopiennes à limiter leur implication dans la sphère publique, tant sur internet que dans leur vie quotidienne.

“La violence sexiste via la technologie est si répandue en Ethiopie depuis si longtemps qu’elle est sous-estimée”, a déclaré à l’AFP Felicity Mulford, directrice de recherche au CIR. “C’est normalisé et invisible.”
En Éthiopie, les femmes et les filles sont plus sujettes à la haine en ligne que les hommes, représentant 78 % du total des cas connus, selon le CIR.

Dans son étude, l’ONG montre également que les militantes féministes sont souvent accusées d’homosexualité, illégale en Ethiopie et passible de 15 ans de prison, ce qui les expose à encore plus de risques.
Betelehem Akalework en a fait l’amère expérience : « Les gens sur les réseaux sociaux ont commencé à nous qualifier de militantes lesbiennes LGBT. »

Les attaques qu’elle a subies à ce sujet se sont intensifiées après une récente campagne contre cette communauté. L’année dernière, les autorités d’Addis-Abeba ont réprimé les activités homosexuelles dans les hôtels et les bars, appelant les résidents à signaler ces pratiques « abominables » à la police.

Une autre féministe active sur TikTok, Lella Misikir, dit avoir connu une résurgence du harcèlement en ligne après avoir lancé fin 2023 « Fishkaye Dimtse » (« Mon sifflet, ma voix »), une campagne qui encourage les femmes à porter un sifflet et à l’utiliser. en cas de violence.

Elle affirme avoir elle-même été agressée physiquement dans un café d’Addis-Abeba par des hommes qui ont menacé de la tuer si elle n’abandonnait pas son combat. Elle a quitté les réseaux sociaux pendant trois mois en 2023.
Les militants comme eux sont « obligés d’éviter les lieux publics et de se couvrir le visage avec des chapeaux et des masques », dit-elle.

Ces derniers déplorent l’absence de réaction des autorités.

Betelehem Akalework s’est un jour adressée à la police pour obtenir de l’aide, avec des captures d’écran et d’autres preuves des menaces qu’elle recevait.
« Ils ont déclaré qu’ils n’avaient aucun système pour identifier et poursuivre les responsables. A l’inverse, ils m’ont conseillé de quitter la sphère numérique.

Le CIR souligne qu’en Éthiopie, où 80 langues différentes sont parlées, les plateformes de réseaux sociaux ne disposent pas de suffisamment de ressources et d’employés pour surveiller suffisamment les publications abusives.

 
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