Pourquoi les États-Unis font-ils du Kenya leur premier « allié majeur » en Afrique subsaharienne ?

Pourquoi les États-Unis font-ils du Kenya leur premier « allié majeur » en Afrique subsaharienne ?
Pourquoi les États-Unis font-ils du Kenya leur premier « allié majeur » en Afrique subsaharienne ?

« Ce soir, la Maison Blanche brille grâce à nos invités », a déclaré Joe Biden à la délégation kenyane, en leur portant un toast. Sous cette tente dressée sur la pelouse de la résidence présidentielle jeudi 24 mai, devant 500 invités, William Ruto a répondu : « Je vous remercie très sincèrement […] l’accueil que nous avons reçu et l’hospitalité du peuple américain étaient exceptionnels ».

Lors de cette visite d’État, la première d’un dirigeant africain à Washington depuis 2008, le Kenya a été élevé au rang de« Allié majeur, non membre de l’OTAN » les États Unis. Concrètement, ce statut offre des avantages militaires et économiques aux pays qui en disposent sans être intégrés à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Aujourd’hui, 20 pays en bénéficient, dont la Tunisie, le Maroc et l’Égypte en Afrique. Le Kenya est le premier pays d’Afrique subsaharienne à recevoir ce titre.

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Le président américain ajoute : « C’est l’aboutissement d’années de collaboration. Nos opérations antiterroristes conjointes ont réduit le mouvement terroriste islamiste État islamique et al-Shabab à travers l’Afrique de l’Est. Notre travail commun en Haïti contribue à ouvrir la voie à la réduction de l’instabilité et de l’insécurité. ».

Si Washington mise beaucoup sur le Kenya, c’est parce qu’il y voit un havre de stabilité démocratique, en plus d’une locomotive économique. Joe Biden promet également de visiter le pays dans les prochains mois, en plus d’établir un nouvel accord commercial stratégique d’ici la fin de l’année.

Un statut qui scelle une coopération déjà bien établie

« Le Kenya est un pays de taille moyenne qui ne connaît pas de coups d’État, de jihadisme, de nationalisme hystérique, qui a un peu d’argent et qui dispose d’un territoire raisonnable », note Gérard Prunier, historien spécialiste de la Corne de l’Afrique, pour justifier le choix américain. L’anthropologue spécialiste du Kenya Benoît Hazard ajoute que le pays bénéficie d’une stabilité géopolitique, tout en bénéficiant d’une position géographique stratégique.

« Il existe des liens très forts entre les États-Unis et le Kenya », précise l’anthropologue. Le soutien stratégique dans les secteurs clés est important. Les États-Unis sont le troisième partenaire d’exportation du Kenya et cela pourrait s’accentuer avec le vote d’un traité de libre-échange.

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Les géants de la technologie tels que Google et Microsoft ont leur siège africain à Nairobi et prévoient d’investir prochainement 20 milliards de dollars, selon les autorités kenyanes. Le secteur du développement des énergies renouvelables est également au cœur des investissements. De nouveaux partenariats ont également été lancés dans la lutte contre le paludisme et le sida, ainsi que dans l’éducation.

Enfin, le soutien militaire américain est constant au Kenya, notamment à la frontière somalienne, pour lutter contre le mouvement terroriste islamiste Harakat al-Chabab al-Mujahidin.

Coopération militaire avec les États-Unis

Al-Shabab revendique des attaques meurtrières et très médiatisées au Kenya. En 2013, par exemple, un raid contre le centre commercial Westgate à Nairobi a fait plus de 70 morts. Et depuis début 2024, une trentaine d’attentats dans le pays ont été revendiqués par le groupe terroriste somalien, selon les données recueillies par le média britannique BBC. Les États-Unis coopèrent étroitement pour lutter contre al-Shabab et ont signé un accord de défense de 100 millions de dollars en septembre 2023. Un soutien est également apporté pour sécuriser la région des Grands Lacs, au sud-ouest du pays.

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Washington peut également compter sur le Kenya pour faire face à la crise sécuritaire et politique en Haïti. Nairobi s’apprête à envoyer un total de 1 000 policiers pour diriger une mission internationale, sous mandat de l’ONU, destinée à lutter contre les gangs armés qui contrôlent la quasi-totalité de la capitale Port-au-Prince. Deux cents s’y trouvent déjà depuis le 23 mai. Ce déploiement est le symbole de l’étroite collaboration sécuritaire entre les États-Unis et le Kenya.

Le Kenya, un pays proche de la Chine et de la Russie

Les deux gouvernements ont lancé un appel, selon le président américain, pour permettre “aux pays étranglés par la dette” avoir accès à « des pratiques de prêt transparentes, durables et accessibles ». Mais le plus grand créancier du Kenya est la Chine. Pékin a lancé de nombreux projets d’investissement à travers le continent, provoquant dans certaines situations des dettes très lourdes. La dette du Kenya envers la Chine s’élève à près de 70 milliards de dollars.

William Ruto, qui s’est rendu à Pékin en octobre dernier, a déclaré que les États-Unis avaient désormais l’opportunité de revoir complètement leur stratégie pour l’Afrique et de renforcer leur soutien au continent.

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Outre la Chine, les États-Unis affrontent également la Russie en Afrique, qui avance militairement ses pions. Le Niger vient par exemple d’exiger le départ des troupes américaines de son sol, tout en instaurant une coopération militaire avec Moscou.

Le président kenyan a également appelé Washington à étendre un accord ouvrant le marché américain à plusieurs pays africains, le « Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique ». Ce dernier doit expirer en 2025.

 
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