Procès d’une des épaves de migrants les plus meurtrières

Procès d’une des épaves de migrants les plus meurtrières
Procès d’une des épaves de migrants les plus meurtrières

Devant le palais de justice de Kalamata, dans le sud-ouest de la Grèce, en marge du procès de neuf passeurs accusés, le 21 mai 2024.

AFP

La justice grecque a abandonné mardi toutes les charges retenues contre neuf Egyptiens accusés d’être impliqués dans l’un des naufrages de migrants les plus meurtriers de la Méditerranée, et s’est déclarée incompétente pour juger cette affaire. La Cour “déclare que les neuf accusés sont acquittés” et que toutes les charges ont été abandonnées, a annoncé le juge du tribunal de Kalamata (sud).

Près d’un an après ce naufrage qui a fait plus de 80 morts et quelque 600 disparus, le procès de ces passeurs présumés, en détention provisoire depuis onze mois, s’est ouvert quelques heures plus tôt. Mais les avocats de la défense et le procureur ont immédiatement demandé que le tribunal se déclare incompétent car le naufrage, survenu dans la nuit du 13 au 14 juin 2023, a eu lieu dans les eaux internationales, à 47 milles marins (87 km). au large de Pylos, dans la péninsule du Péloponnèse (sud-ouest).

A l’annonce de la décision, certains accusés, âgés de 21 à 37 ans et en détention provisoire depuis onze mois, ont éclaté de joie, embrassant leurs proches ou levant le poing en l’air, tandis que les applaudissements éclataient. entendu dans la salle d’audience.

“L’enquête continue”

“Aujourd’hui, neuf migrants innocents ont été acquittés mais l’enquête se poursuit”, a assuré l’une des avocates, Effie Doussi. « Nous espérons que la justice grecque sera une fois de plus à la hauteur en trouvant les responsables de cette tragédie », a-t-elle ajouté. Ces neuf Egyptiens, accusés d’« appartenance à une organisation criminelle » et d’« homicide par négligence », risquaient la réclusion à perpétuité. La justice grecque les a également accusés de « faciliter l’entrée illégale de migrants sur le territoire ».

Les autorités grecques doivent maintenant se prononcer sur leurs demandes d’asile et ils devraient être transférés vers un camp de migrants, selon leurs avocats. Ils ont tous clamé leur innocence dès l’ouverture de la procédure, leurs avocats affirmant qu’ils n’étaient que des « boucs émissaires » pour cacher les véritables responsabilités.

“J’étais à l’hôpital, je venais de justesse de survivre au naufrage et je me suis retrouvé accusé (…) je ne sais pas pourquoi”, a assuré l’un d’eux. Un autre a affirmé devant le tribunal avoir payé 150 000 livres égyptiennes (environ 2 927 francs suisses) à des passeurs pour effectuer la périlleuse traversée vers l’Italie.

82 corps retrouvés

Cent quatre migrants, dont les neuf Egyptiens acquittés, ont survécu au naufrage de l’Adriana, un chalutier obsolète et surchargé, dans des conditions qui ont suscité de nombreuses interrogations sur les opérations de sauvetage menées par les autorités portuaires grecques. Le bateau était parti de Libye, en direction de l’Italie. Seuls 82 corps ont été retrouvés, même si, selon l’ONU, plus de 750 personnes se trouvaient à bord.

Human Rights Watch (HRW) avait mis en garde contre « un risque réel que ces neuf survivants soient déclarés ‘coupables’ sur la base de preuves incomplètes et douteuses », selon les mots de Judith Sunderland, vice-directrice pour l’Europe de l’ONG.

Les avocats des accusés avaient dénoncé de graves vices de procédure dans l’enquête : leurs clients avaient été arrêtés à peine 24 heures après avoir survécu au drame, sur la base de neuf témoignages seulement.

Lenteur des secours

Des associations d’aide aux migrants et plusieurs médias internationaux ont pointé la responsabilité des garde-côtes qui ont mis du temps à intervenir. L’ONG Alarm Phone et l’agence européenne de surveillance des frontières Frontex avaient signalé la présence du bateau aux autorités grecques alors qu’il se trouvait dans la zone de recherche et de sauvetage grecque.

Les autorités grecques, sur la défensive, ont insisté sur le fait que les migrants avaient refusé toute aide. De leur côté, les survivants affirmaient que les garde-côtes voulaient remorquer le chalutier surchargé, ce qui l’aurait fait chavirer.

Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, dont le pays est accusé de pratiquer des refoulements illégaux à sa frontière avec la Turquie, a jugé l’accusation des autorités portuaires « très injuste ».

Une enquête sur les éventuelles responsabilités des garde-côtes est en cours, mais les demandes d’accès au dossier ont toutes été refusées, selon les avocats des prévenus. En septembre, une cinquantaine de rescapés ont porté plainte contre les garde-côtes.

(AFP)

 
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