“Pourquoi sont-ils comme ça avec nous ?” – .

“Pourquoi sont-ils comme ça avec nous ?” – .
“Pourquoi sont-ils comme ça avec nous ?” – .

“Pourquoi sont-ils comme ça avec nous ?” se plaint Odrin, un immigrant haïtien à Saint-Domingue, du racisme et des difficultés de vivre en République Dominicaine.

Pourtant, cela fait 17 ans qu’il a franchi la frontière entre les deux pays qui se partagent l’île d’Hispaniola.

Aujourd’hui, Odrin, qui préfère ne pas donner son nom de famille, attend au centre de détention Haina, à Saint-Domingue, dans l’espoir de pouvoir libérer cinq proches arrêtés lors d’un rafle.

C’est dans cet ancien centre de vacances que sont rassemblés chaque jour des dizaines d’Haïtiens avant leur expulsion vers leur pays par camion.

Odrin, père de trois enfants, se dit fatigué. “Mon plan est de partir, mais je ne trouve pas d’autre option [ailleurs] et il est très difficile de retourner en Haïti », un pays parmi les plus pauvres de la planète et miné par la violence des gangs.

« De tous les gouvernements, c’est celui actuel qui s’est comporté le moins bien avec nous », assure-t-il, accusant l’administration de compliquer les procédures pour les Haïtiens. “J’ai donné [les papiers], mais ils ne les ont pas renouvelés. Ça s’éternise», déplore-t-il.

Déclarations fortes sur l’immigration et la sécurité, omniprésence d’Haïti dans les discours, multiplication des raids anti-migrants, construction d’un mur de 164 km le long de la frontière…

Le président dominicain Luis Abinader, qui brigue dimanche un second mandat, a fait d’Haïti sa principale affaire électorale, associant souvent l’immigration à la criminalité.

Massacres des deux côtés

Une politique qui plaît. Selon les sondages, 70 % des Dominicains approuvent la gestion du pays par Abinader, grand favori des enquêtes d’opinion. Ses opposants tiennent également un discours anti-immigration.

L’hostilité entre les deux pays n’est pas nouvelle. Haïti, ancienne colonie française émancipée en 1804, a occupé l’actuelle République dominicaine pendant 22 ans jusqu’en 1856, massacrant des milliers de personnes.

Le dictateur dominicain Rafael Trujillo a massacré des milliers d’Haïtiens en 1937.

Les Dominicains parlent souvent de l’immigration haïtienne comme d’une « seconde invasion ».

Les descentes ou descentes des services de l’immigration dans les quartiers sont quotidiennes. Critère principal de contrôle : la couleur de la peau.

“S’ils voient une personne à la peau foncée se promener, ils l’attrapent”, explique l’expert aux frontières Juan Del Rosario, qui estime qu’une politique anti-migrants est nécessaire, mais “mal conduite”.

« Persécution raciale », dénonce William Charpentier, coordonnateur de l’Office des migrations et des réfugiés de la République dominicaine, d’origine haïtienne.

Le mot « moreno » (marron) est désormais l’expression utilisée par de nombreux Dominicains pour désigner les Haïtiens.

Le pays est sous le feu des critiques des ONG et même des pays alliés pour le traitement réservé aux migrants haïtiens, mais Abinader se veut ferme. « Non seulement la République dominicaine va poursuivre les expulsions, mais elle va les augmenter », a-t-il insisté.

En 2023, Amnesty International a fait état de 250 000 expulsions, soit 120 000 de plus que l’année précédente.

« Frères » ou « morenos »

Pourtant, selon de nombreux économistes, les Haïtiens constituent un élément fondamental de la prospérité relative du pays.

Ils représentent 30 % de la main d’œuvre dans les secteurs de l’élevage, de l’agriculture (notamment la canne à sucre) et du bâtiment, selon l’ONU. Ils effectuent les travaux les plus difficiles. Et, selon la Banque mondiale, la croissance dominicaine est en danger, notamment à cause du manque de main d’œuvre.

Les Haïtiens, même ceux qui sont en règle, semblent s’être habitués à leur statut ou hésitent à en parler. « Il y a beaucoup d’abus », confie Jean Beby, un entrepreneur haïtien de 35 ans, qui nuance aussitôt : « ce ne sont pas tous les Dominicains ». Il ajoute qu’il n’en a pas subi lui-même.

Il tente cependant de récupérer sa moto entreposée dans le centre de Haina, qui lui a été confisquée lors d’un coup de filet. Un de ses ouvriers – sans papiers – l’utilisait lorsqu’il a été arrêté. “Maintenant ils [la police] demandez-moi 8 000 pesos (137 dollars) », explique Jean Beby.

Les relations sont plus détendues à la frontière, où les deux communautés sont habituées à vivre ensemble et à commercer. On parle ici de « frères » plutôt que de « morenos ».

« Ils maltraitent beaucoup les Haïtiens. Ils devraient mieux les accueillir », souligne Wilvennys Novas, 23 ans, un dominicain vivant à la frontière à Jimani, qui voit quotidiennement passer des camions chargés d’Haïtiens en provenance de Haina.

 
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