Certaines entreprises occidentales restent en Russie contre leur gré – rts.ch

Certaines entreprises occidentales restent en Russie contre leur gré – rts.ch
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Depuis le début de la guerre en Ukraine, près de 400 entreprises ont complètement quitté le territoire russe et il y en a encore près de 2 200, dont beaucoup de Suisses. Tous ne souhaitent cependant pas y poursuivre leurs activités, mais le Kremlin rend les départs difficiles.

Les entreprises qui ont quitté la Russie, notamment le cimentier suisse Holcim, Electrolux, Ikea, McDonald’s, Société Générale et Renault, ont réagi très rapidement en vendant ou en liquidant leurs entités locales. Certains ont subi des pertes importantes, vendant parfois leurs usines et leurs infrastructures, sans même être contraints de quitter la Russie.

Les sanctions européennes ne visent que les équipements militaires ou technologiques, mais pas les entreprises. Ils ont donc quitté le territoire pour des raisons d’éthique, de sécurité ou de réputation.

>> Voir le sujet de 12h45 sur les marques internationales ayant cessé leurs activités en Russie :

Comme McDonald’s, de nombreuses marques internationales cessent leurs activités en Russie en signe de protestation / 12h45 / 1 ​​min. / 10 mars 2022

Situation complexe pour ceux qui restent

Parmi ceux qui sont restés, la majorité avait réalisé des investissements importants avant la guerre, d’où leur attitude attentiste. Seulement, aujourd’hui, ils sont piégés, a expliqué lundi dans l’émission Tout un monde Agathe Demarais, chercheuse en géoéconomie au Conseil européen des relations internationales.

De nombreuses entreprises ont choisi de rester en Russie et se retrouvent aujourd’hui dans une situation très complexe.

Agathe Demarais, chercheuse en géoéconomie au Conseil européen des relations internationales

« Certains ont décidé de geler leurs activités mais d’y rester et de ne pas vendre leurs actifs. D’autres ont décidé de rester présents en Russie et d’y avoir des activités alors que l’argument moral est plutôt contre, puisque les impôts payés servent à financer l’effort de guerre russe », poursuit-elle.

Mais de nombreuses entreprises ont choisi de rester en Russie et aujourd’hui, elles se retrouvent dans une situation très complexe », analyse l’expert, alors que la guerre continue et que les sanctions occidentales se multiplient.

>> Voir le sujet de 19h30 sur les entreprises occidentales qui n’ont pas quitté la Russie :

De nombreuses entreprises occidentales ont quitté la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Mais certains, dont plusieurs entreprises suisses, ne l’ont pas fait / 19h30 / 1 min. / 6 mai 2024

>> Les derniers événements du conflit entre l’Ukraine et la Russie : L’armée ukrainienne reconnaît les « succès tactiques » russes

«C’est une situation assez toxique pour les entreprises occidentales qui ont établi des liens avec le gouvernement russe. Pour y faire des affaires, il faut toujours avoir un lien avec une personne proche du gouvernement. Mais aujourd’hui, c’est très difficile », ajoute le chercheur.

C’est pourquoi nombre d’entre eux ont entrepris des démarches pour quitter le pays, selon la liste établie par la Kyiv School of Economics (KSE).

1.200 entreprises ont entamé une procédure pour quitter le pays, mais une commission spéciale créée au sein du gouvernement examine la demande de départ de chaque entreprise étrangère

Andreii Onopriienko, directeur de la recherche politique à la Kyiv School of Economics

Les obstacles du Kremlin

Aujourd’hui, quitter le pays pour une société occidentale est plus compliqué qu’au début de la guerre. Le Kremlin multiplie les obstacles.

« 1 200 entreprises ont entamé une procédure pour quitter le pays. Mais les autorités russes ont créé une commission spéciale au sein du gouvernement pour examiner la demande de départ de chaque entreprise étrangère », explique Andreï Onopriienko, directeur de la recherche politique au KSE. « La commission se réunit trois fois par mois pour examiner environ sept dossiers. Cette procédure administrative est l’un des moyens par lesquels les autorités russes pourraient bloquer le processus de départ.»

L’entreprise étrangère qui souhaite partir est soumise à un certain nombre de règles, comme ne vendre qu’à des acheteurs russes ou être nationalisée.

Julien Verceuil, professeur d’économie à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris

Le gouvernement dispose d’autres moyens, comme faire payer aux entreprises une « taxe de sortie volontaire » ou imposer une décote à la vente, qui peut atteindre 90 à 95 % de la valeur des actifs. Certaines entreprises sont ainsi vendues pour un dollar ou un rouble symbolique, rapporte Julien Verceuil, professeur d’économie à l’Institut national des langues et civilisations orientales à Paris.

« Cela consiste à maximiser le coût de sortie pour l’entreprise et notamment à imposer un certain nombre de règles, comme par exemple ne vendre qu’à des acheteurs russes ou vendre à l’Agence nationale des biens de l’État, ce qui revient à nationaliser. Cette agence va à son tour privatiser les actifs nationalisés et éventuellement empocher une plus-value importante, ce qui n’est pas mal quand on est dans un contexte de déficit budgétaire.»

En réponse aux sanctions occidentales

Moscou a ainsi procédé à une série de nationalisations « temporaires ». Récemment, les filiales de l’entreprise italienne Ariston et de l’allemand Bosch ont été placées sous la direction du russe Gazprom.

Les entités russes du brasseur Carlsberg et du géant laitier Danone avaient déjà subi le même sort. Les douze usines et les 7 200 salariés de la multinationale française ont d’abord été repris par un neveu du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, avant que le Kremlin ne décide finalement de retirer Danone de sa liste des sociétés contrôlées. Mais il a exigé que son futur acquéreur soit agréé.

Vladimir Poutine lui-même a indiqué que les entreprises originaires de pays qu’il qualifie d’« hostiles » pourraient faire l’objet de mesures de représailles liées au gel des avoirs russes dans les pays en question.

Julien Verceuil, professeur d’économie à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris

Vladimir Poutine utilise les entreprises étrangères comme une arme pour faire pression sur les pays occidentaux et il ne s’en cache pas, selon Julien Verceuil.

«Il a lui-même indiqué que les entreprises originaires de pays qu’il qualifie d’« hostiles » pourraient faire l’objet de mesures de rétorsion liées au gel des avoirs russes dans les pays en question. C’est supposé et c’est officiellement indiqué, notamment par Dmitri Peskov [le porte-parole du Kremlin, ndlr]», souligne-t-il.

Sujet radio: Francesca Argiroffo

Adaptation web : juma

 
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