« L’université n’est pas un corps politique »

« L’université n’est pas un corps politique »
« L’université n’est pas un corps politique »

Depuis ce vendredi, la salle de l’ULiège est également occupée par une quarantaine d’étudiants pro-palestiniens, et jusqu’à plus de 150 lors de rassemblements. Vendredi dernier, les étudiants se sont adressés directement à la rectrice de l’ULiège, Anne-Sophie Nyssen, exigeant la fin de toute collaboration avec les entités israéliennes au cri de « Anne-Sophie, ça suffit ! Impliquez-vous maintenant ! Ce lundi matin encore, ils se sont installés à l’entrée de l’université, place du XX Août à Liège, pour protester avec force.

Ils ont ensuite été reçus par le recteur pour lui remettre un rapport de 19 pages censé montrer les liens »entre l’université et les acteurs importants du massacre en cours à Gaza, d’où la responsabilité des universités israéliennes.

Sur la base de ce rapport, les étudiants espèrent obtenir «un engagement écrit du rectorat pour un boycott total des universités et entreprises concernées ainsi que la fin d’une coopération potentiellement en cours.

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Le projet COPAC

Mais que dit précisément ce rapport ? Les recherches étudiantes compilées dans ce rapport ont permis, assurent-ils dans ce document, «mettre au jour la coopération entre l’Université de Liège et l’Université hébraïque de Jérusalem, impliquée dans la violation des engagements internationaux relatifs au territoire palestinien, et ce à travers le projet COPAC (Coherent Optical Parallel Computing, un projet de haute technologie informatique et industrielle ), financé à hauteur d’un demi-million d’euros.

Cependant, les étudiants écrivent toujours : «Elbit Systems, l’une des principales sociétés d’armement israéliennes, est également impliquée dans le projet..

Les auteurs du rapport concluent que «le lien entre le complexe militaro-industriel, l’armée israélienne et la réalisation d’actions contraires au droit international permet d’avancer une éventuelle implication dans les actions en cours dans les territoires palestiniens occupés».

« Les auteurs du rapport citent un article datant de 2021. Selon nos premières informations, que nous vérifierons davantage, l’accord avec cette université n’est plus actif », la rectrice Anne-Sophie Nyssen nous l’assure. “J’ajoute, et c’est important, que l’ULiège n’a pas d’accord-cadre institutionnel avec une université israélienne. Il peut aussi y avoir des recherches qui sont menées, et qui sont ensuite malheureusement utilisées pour un usage qui n’était pas prévu dans la convention de recherche… Mais nous nous procéderons à un examen plus approfondi, sur la base de ce rapport, et il est clair que nous ne coopérerons plus avec des partenaires qui ont un lien avec l’armée israélienne ou qui soutiennent le conflit actuel

Les auteurs du rapport font d’autres observations. ULiège, ajoutent-ils, « est également impliqué dans un projet d’imagerie médicale en neurosciences »,Esprit d’entrepreneur », en partenariat avec l’Université hébraïque de Jérusalem.

En quoi cela poserait-il un problème en matière de recherche scientifique ?

Parce que les neuf principales universités israéliennes, selon le rapport, ont toutes des liens avec «le complexe militaro-industriel israélien ». Cela démontre, selon eux, «l’implication de chacun d’eux dans l’apartheid, la colonisation et les crimes de guerre commis par l’armée israélienne.» Il faudrait donc, selon les étudiants liégeois pro-palestiniens, couper tout contact avec eux.

L’Université de Tel Aviv, par exemple, «entretient des liens avec l’industrie d’armement israélienne Elbit Systems», peut-on lire dans le rapport.

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L’Université Bar-Ilan compte »plusieurs cours et programmes exclusivement réservés aux officiers supérieurs militaires » et chercheurs en informatique sur ce campus « développer des algorithmes pour les véhicules sans pilote à usage militaire ».

Le rapport regorge d’autres exemples de ce type, pour d’autres universités.

De quoi faire évoluer la position des autorités rectorales liégeoises ? La rectrice Anne-Sophie Nyssen reste pour l’essentiel sur sa position.

mouette

Mais le boycott total est non, car le boycott de toutes les universités est le boycott de l’État. L’université doit rester un lieu d’échange et de dialogue. Parmi les partenaires qui travaillent dans les universités israéliennes, certains partagent nos valeurs et s’opposent parfois à la politique gouvernementale de Benjamin Netanyahu.»

»Les étudiants que j’ai rencontrés ce lundi souhaitent un boycott total des universités israéliennes. Ils sont très engagés, très fermes, et souhaitent continuer à occuper les bâtiments», poursuit le recteur. “J’écoute leurs revendications, car nous ne pouvons qu’être consternés par ce qui se passe à Gaza. Dès le 2 novembre, nous avons appelé à un cessez-le-feu humanitaire. Mais le boycott total est non, car le boycott de toutes les universités est le boycott de l’État. L’université n’est pas un corps politique. Il ne faut pas qu’il se transforme en parlement. Celui-ci doit, en principe, rester un lieu d’échange et de coopération entre chercheurs partageant des valeurs et les mêmes principes fondamentaux. Parmi les partenaires qui travaillent dans les universités israéliennes, certains partagent nos valeurs et s’opposent parfois à la politique gouvernementale de Benjamin Netanyahu. C’est important : nous n’avons pas pris de position de ce type à l’égard de la Russie. Nous procédons donc au cas par cas, en analysant chaque accord, pour chaque partenaire.

Anne-Sophie Nyssen est la rectrice de l’Uliège. ©MICHEL TONNEAU

“Pas d’affrontements”

Ce point de vue rappelle celui exprimé par plusieurs professeurs de l’UCLouvain et de l’ULB dans une carte blanche publiée ce lundi, et dans laquelle ils considèrent le boycott comme « une violation de la liberté académique »,

Anne-Sophie Nyssen le précise cependant : « Jusqu’à présent, les étudiants se sont comportés avec beaucoup de respect, sans heurts, et je les en remercie. Il faudra cependant vérifier si toutes les personnes présentes sont bien des étudiants de l’ULiège. Garantir également la sécurité des autres étudiants et que les activités académiques, à l’approche des examens, puissent se dérouler en toute tranquillité.»

 
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