Israël avance à Rafah, seul contre tous

Israël avance à Rafah, seul contre tous
Israël avance à Rafah, seul contre tous

D’un coup d’accélérateur, le tank aplatit les lettres «J’aime Gaza.» Il était encore tôt mardi matin lorsque l’armée israélienne a annoncé s’être emparée du terminal de Rafah, le long de la frontière égyptienne, après une intense nuit de bombardements sur cette ville où sont retenus 1,5 million de réfugiés gazaouis.

Les espoirs d’une trêve, qui ont suivi l’annonce surprise lundi soir par le Hamas de l’approbation d’un accord proposé par l’Egypte et le Qatar, ont rapidement cédé la place à la désillusion. Juge “loin des revendications fondamentales d’Israël”l’accord a été renié par le cabinet de guerre, qui a décidé à l’unanimité de poursuivre l’opération à Rafah « afin d’exercer une pression militaire sur le Hamas et de faire avancer la libération de nos otages et d’autres objectifs de guerre »selon le communiqué publié par le cabinet du Premier ministre.

L’armée israélienne a profité de la nuit pour prendre le contrôle de la frontière entre Gaza et l’Egypte, et d’une partie du corridor de Philadelphie, cette route longue de 14 km qui fait office de zone tampon avec l’Egypte, sans rencontrer de résistance significative. “C’est une prise très stratégique, a déclaré Chuck Freilich, ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale en Israël. Ce point de passage cache des tunnels par lesquels circulent les activités de contrebande du Hamas. L’opération, limitée, semble destinée à faire pression sur le groupe et à le pousser à accepter un accord. »

« Israël ne peut pas paraître faible »

En cantonnant ses déplacements à la frontière égyptienne et en médiateur de cette conquête militaire, Benjamin Netanyahu joue avec les nerfs de son allié américain, hostile à l’invasion de Rafah, mais qui, selon le site Axios, aurait manqué de transparence dans la rédaction du un nouvel accord.

Sa position dure s’adresse à son opinion publique. « Netanyahu et ses acolytes, en particulier ceux qui ont une expérience militaire (Benny Gantz et Gadi Eizenkot), veulent dire au public juif israélien, qui soutient massivement la guerre, qu’Israël a agi à Rafah, » déclare Ori Goldberg, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient à l’Université Reichman. Dans son propre esprit, Israël ne peut pas paraître faible, mais l’acceptation d’un accord a été présentée comme une capitulation. »

Surtout, ses partenaires politiques de droite radicale et religieuse ont menacé de quitter la coalition si un accord était signé avec le Hamas. De quoi provoquer l’effondrement de la coalition, et la fin politique de Benyamin Netanyahu. Pris entre le marteau de ses alliances politiques encombrantes et l’enclume de son allié américain, le Premier ministre israélien contourne les obstacles en jouant pour gagner du temps.

Le mythe de la « victoire totale »

« Cela me fait horreur de le dire, mais cette guerre profite à sa survie politique : il la fait sciemment durer» déclare Chuck Freilich, aujourd’hui chercheur à l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS). Pour moi, la guerre s’est terminée en décembre. Depuis, il ne s’agit plus que d’opérations statiques. Mais Benjamin Netanyahou ne peut pas dire que la guerre est finie, car il n’a pas obtenu de victoire militaire. Alors il pousse à entrer à Rafah, et entretient le mythe d’une « victoire totale » qui n’a plus de sens aujourd’hui. »

Israël doit encore envoyer une délégation au Caire pour poursuivre les négociations. Les prochains jours diront si ce début d’opération à Rafah a mis ou non une pression sur le Hamas.

 
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