Avec l’arrivée des tiques géantes en France, faut-il craindre un nouveau virus mortel ? – .

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Avec l’arrivée des tiques géantes en France, faut-il craindre un nouveau virus mortel ? – .

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Actualités éditoriales

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23 juin 2024 à 12h16

Dans le grand ballet mondial des maladies virales transmises par des insectes ou des arachnides se nourrissant de sang, certains virus ont joué ces dernières années des rôles de premier plan. Les virus de la dengue, du chikungunya ou encore du Zika sont devenus célèbres notamment depuis qu’ils ont atteint des régions où ils ne circulaient pas habituellement, comme le sud de la France.

Le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo pourrait bientôt s’ajouter à cette liste. En effet, le nombre d’infections par ce virus transmis par les tiques a augmenté en Europe. À l’automne 2023, Santé publique France a signalé son identification chez une espèce de tique invasive établie dans le sud du pays. Qu’avez-vous besoin de savoir?

Première identification directe en France

Le 24 octobre 2023, Santé publique France a annoncé que le virus de la fièvre de Crimée-Congo (CCFV) avait été identifié chez les tiques du genre Hyalomma (appelées aussi tiques à pattes rayées) récoltées dans les élevages bovins du sud de la France.

En France, le seul cas humain connu jusqu’à présent était un cas importé : celui d’une personne venant du Sénégal. A cette exception près, le virus n’a été détecté qu’indirectement, notamment chez le bétail, lors d’enquêtes de séroprévalence. Celles-ci consistent à rechercher dans le sang la présence d’anticorps dirigés contre certains pathogènes (ce qui indique une infection par lesdits pathogènes).

Cette découverte, faite par des spécialistes du Cirad et confirmée par le Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales de l’Institut Pasteur, est importante car elle permettra de mieux évaluer les risques d’émergence de cette maladie dans notre pays. Toutefois, ce n’est pas une surprise.

Un virus qui circule en Europe

Depuis 2013, 13 cas de CCHF autochtone – c’est-à-dire contractés dans le pays – ont été enregistrés en Espagne. Par ailleurs, des travaux rétrospectifs ont également révélé que des poches de sang collectées en 2013 contenaient des anticorps ciblant le virus responsable de la maladie, ce qui signifie que les donneurs avaient été en contact avec celui-ci. Depuis, en Europe occidentale, la maladie est considérée comme définitivement installée.

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C’est en 1944, lors de l’avancée de l’Armée rouge, que ce pathogène fut identifié pour la première fois, en Crimée (région ukrainienne annexée en 2014 par la Russie). En 1969, lors d’une épidémie au Congo, les scientifiques se rendent compte que le virus en question est le même que celui de 1944. L’association des deux noms donne le terme de fièvre hémorragique de Crimée-Congo.

On sait aujourd’hui que cette maladie circule de l’Asie (notamment l’Asie Mineure) vers l’Afrique, en passant par l’Europe du Sud et de l’Est, notamment dans les Balkans. Comment s’explique cette très grande aire de répartition ? La réponse réside dans le vecteur de ce virus : la tique du genre Hyalomma sp.

Une tique qui voyage dans les airs

Tiques appartenant au genre Hyalomma sp. (dont les principales espèces sont H. marginaatum Et H. lusitanicum) sont présents autour de la Méditerranée depuis plusieurs décennies.

Originaires d’Asie et d’Afrique, ils sont transportés par les oiseaux migrateurs. Lâchés au-dessus des territoires survolés, ils peuvent s’y installer lorsque les conditions sont favorables. C’est ainsi Hyalomma arrivé en Corse dans les années 1950.

On pense désormais que le changement climatique, qui augmente les températures estivales, diminue l’humidité et augmente les températures minimales en hiver, facilite de tels peuplements.

Autre différence : les tiques du genre Hyalomma chassent activement, contrairement aux autres tiques qui ont tendance à rester aux aguets.

Conspiration

Après l’éclosion, Hyalomma passe par trois stades de développement : larves, nymphes et adultes (mâles et femelles).

Comme toutes les tiques, Hyalomma alterne au cours de son existence entre des phases « libres » et des phases parasites durant lesquelles elle se nourrit de sang de vertébrés, avant chacune de ses métamorphoses, ou avant de pondre.

Si les adultes se nourrissent habituellement de grands mammifères (bovins, ovins, caprins, chevaux…), les hôtes des larves et des nymphes sont généralement de petits vertébrés (hérissons, musaraignes ou rongeurs comme les rats, les souris, les lièvres et les lapins…). ). ).

Lorsqu’une tique contaminée par le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo se nourrit d’un hôte, le virus peut passer dans son sang, puis contaminer d’autres tiques qui vont à leur tour propager le virus.

Il existe également une transmission horizontale appelée « co-feeding », qui correspond à un échange de salive entre tiques sur un même site de piqûre (sans que le virus ne passe par le sang). Quand une femme Hyalomma infecté pond des œufs, les larves qui éclosent ont également un pouvoir infectieux.

L’être humain est un hôte « accidentel » de la tique : il se retrouve parasité lorsqu’il pénètre dans les écosystèmes où vivent les hôtes habituels de la tique. Hyalomma. Le pic de contamination, qui correspond au pic d’activité des tiques, se situe entre avril et juillet.

Formes graves dans 20% des cas

Les humains sont généralement contaminés par le virus CCHF soit par la piqûre d’une tique infectée, soit par contact avec du sang ou d’autres fluides corporels provenant de mammifères d’élevage infectés.

La contamination peut également se produire par transmission interhumaine, en cas de contact avec du sang ou des liquides organiques (la transmission en milieu hospitalier, notamment chez les patients très symptomatiques, est une préoccupation majeure), et parfois via des surfaces inertes et des matériaux contaminés. par le virus.

De très rares cas de transmission possible sexuelle et materno-fœtale sont également suspectés. Par ailleurs, une transmission par aérosolisation de gouttelettes a parfois été rapportée.

Classiquement l’incubation (durée entre l’infection et l’apparition des symptômes) est de 2 à 14 jours, avec une durée moyenne de 5 jours. Bien que ce virus soit appelé fièvre hémorragique de Crimée-Congo, il faut souligner que les formes hémorragiques ne sont pas systématiques.

Environ 80 % des personnes infectées n’auront qu’une infection paucisymptomatique, limitée à un tableau de symptômes pseudo-grippaux, voire asymptomatiques (sans aucun symptôme). Les 20 % restants des patients infectés présentent cependant des formes symptomatiques qui peuvent être sévères et nécessiter une hospitalisation.

Une maladie qui évolue en trois phases

Les formes généralement sévères de la maladie se déroulent en 3 phases :

La phase préhémorragique non spécifique, pseudo-grippale (jour 1 à jour 7) : les patients présentent de la fièvre, des douleurs musculaires (myalgie), des maux de tête (maux de tête), des nausées avec vomissements et de la diarrhée ;

  • La phase hémorragique (jour 7 à jour 10) : les patients présentent un syndrome hémorragique externe se traduisant par divers symptômes tels que des saignements de nez (épistaxis), des petites taches rouges ou violacées sur la peau (pétéchies), des ecchymoses, des lésions hémorragiques de la peau et des muqueuses. des membranes (purpura), des saignements des gencives (saignement gingival), des hémorragies sous-conjonctivales (la conjonctive est le tissu transparent qui recouvre le globe oculaire et la face interne des paupières), la présence de sang dans les urines (hématurie) ou dans les vomissures (hématémèse) ;
  • La phase de convalescence (jour 10 à jour 20) : elle se traduit généralement par une grande fatigue (asthénie), une tachycardie, une instabilité de la tension artérielle, une chute des cheveux (alopécie), des problèmes d’attention et de mémoire, ainsi que des troubles psychologiques (troubles somatoformes : les patients paient attention excessive portée à certains symptômes physiques, ce qui leur cause inquiétude et souffrance).
  • Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité pour les formes graves de cette fièvre hémorragique est de 5 à 40 %.

Cependant, ces données proviennent d’époques et de régions très diverses où l’accès aux soins, notamment aux soins intensifs et à la réanimation, a pu s’avérer difficile. Ce taux de mortalité peut être considérablement réduit lorsque des soins intensifs de qualité sont prodigués tôt par des équipes expérimentées.

Diagnostic et prise en charge

Le diagnostic de la maladie repose sur des analyses par RT-PCR, une technique de biologie moléculaire basée sur la détection et l’amplification du matériel génétique du virus.

L’aide au diagnostic doit être systématiquement transmise au Centre National de Référence (après discussion et accord de celui-ci) et les prélèvements manipulés dans des locaux adaptés à la dangerosité du virus. Il s’agit d’un pathogène de classe 4, qui doit donc être manipulé dans une enceinte de confinement de type BSL4 (ou P4), laboratoires de haut confinement biologique dédiés à l’étude des virus les plus dangereux.

Il n’existe actuellement aucun médicament clairement validé pour les cas symptomatiques de fièvre hémorragique de Crimée-Congo.

L’OMS recommande d’administrer le plus tôt possible la Ribavirine IV, un antiviral autrefois utilisé notamment pour lutter contre le virus de l’hépatite C. Cependant, les différentes études de recherche visant à évaluer l’apport de cette molécule à titre curatif n’ont pas réussi à établir un consensus solide quant à son efficacité.

La meilleure prise en charge consiste à isoler rapidement le patient dans des services dédiés, avec une équipe formée à ce type de pathologie capable de prodiguer des soins visant à traiter les symptômes (hydratation, transfusion). Ce type d’unité existe au sein des établissements de santé de référence qui couvrent le territoire.

Pour l’instant, aucun vaccin validé n’est disponible pour lutter contre le CCHF (un vaccin est utilisé en Bulgarie, mais il n’a pas été validé par les autorités sanitaires internationales, faute de données fiables le concernant). Plusieurs dizaines de projets de plateformes vaccinales sont en cours de développement dans le monde, y compris en France.

Que faire pour se protéger ?

En l’absence de traitement spécifique faisant consensus (vaccin et traitement), la prévention s’impose. Certains gestes très simples s’avèrent très efficaces pour limiter les risques d’infection :

  • Dans les zones où les tiques peuvent être répandues, portez des chaussures fermées et des vêtements couvrants, et n’oubliez pas de mettre votre pantalon dans vos chaussettes.
  • privilégier les sentiers balisés (ce qui contribue aussi à préserver la nature) ;
  • utilisez des répulsifs pour la peau.

Au retour d’une promenade ou d’une intervention, inspectez systématiquement votre corps, notamment au niveau des plis de la peau, sans oublier le cuir chevelu.

Si une tique est présente, retirez-la à l’aide d’un dissolvant de tiques, sans utiliser d’alcool ni d’éther. Le site de la morsure doit ensuite être désinfecté et son état général surveillé. Si des symptômes apparaissent dans le mois suivant, vous devez consulter rapidement votre médecin.

N’oubliez pas que toutes les piqûres ne sont pas nécessairement contagieuses ; cela dépend de divers facteurs (espèce de tique, nombre, stade de développement, quantité d’animaux réservoirs, etc.).

Si la détection du virus sur les tiques vecteurs dans le sud de la France est certes source d’inquiétude, il ne faut pas tomber dans l’alarmisme. En effet, pour l’instant, la probabilité de transmission de vecteurs autochtones reste faible en France métropolitaine.

Seules certaines catégories de la population sont réellement à risque de contacter cette pathologie : les agriculteurs, les éleveurs, les vétérinaires, les équarrisseurs, ainsi que les randonneurs et autres campeurs durant l’été.

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