«Je veux tout vous dire mais je ne voudrais pas que mes enfants le sachent» – .

«Je veux tout vous dire mais je ne voudrais pas que mes enfants le sachent» – .
«Je veux tout vous dire mais je ne voudrais pas que mes enfants le sachent» – .

L’hiver dernier, nous nous sommes attablés à la cantine de la résidence Sainte Gertrude, dans les Marolles, à Bruxelles, pour discuter avec Mohamed El Khatib. A l’ombre du sapin artificiel, il nous a raconté les raisons pour lesquelles il avait choisi de franchir les portes d’une maison pour en faire le sujet principal de son exposition. Mohamed El Khatib (Beaugency – France, 1980) est dramaturge, metteur en scène et artiste associé au Théâtre National Wallonie-Bruxelles, qui coproduit La vie secrète des personnes âgées – actuellement sur scène à Bruxelles avant de partir en tournée en France.

On relirea le reportage dans les murs de la maison Sainte Gertrude, où est né un centre d’art.

»La plupart du tempsil nous a confié, les artistes qui travaillent dans les maisons de retraite explorent la fin de vie, la perte de mémoire ou d’autonomie. Ils ne travaillent jamais sur l’élan de la vie qui existe encore. Il est temps que nous arrivions à voir la vieillesse autrement qu’à travers ses stigmates. ».

Mohamed El Khatib n’en est pas à sa première incursion dans le foyer. En 2020, il fonde avec Valérie Mréjen, un centre d’art dans un Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), les Blés d’Or, à Chambéry, France. La fréquentation des « personnes âgées » – comme on dit –, des vieux – comme il l’écrit sans rechigner dans un langage gêné par ce qui nous rapproche de la mort – lui avait permis d’entendre les histoires qui se jouent encore (!) dans les corps et les cœurs de nos aînés.

Le suicide d’Anne, profondément amoureuse et séparée de son amant Jean-Claude à la maison de retraite car cela ne convenait pas aux enfants de ce dernier, avait fini par convaincre Mohamed d’enfin poser correctement les questions. Y a-t-il un âge où on n’a plus de désir ? Est-ce parce que nous sommes vieux que nous ne sommes plus amoureux ?

“L’envie est restée intacte”

Dès la première scène, ça bascule : à 91 ans, Jacqueline (June, ancienne journaliste à la RTB) a «je veux toujours faire l’amour», «et j’articule bien», pour tous ceux qui feraient mine de ne pas comprendre… Les huit participants, de vrais vieux, et non des comédiens, entrent dans le bal ; prenez le micro avec vigueur ; pousser le marcheur à regarder le public dans les yeux : «J’ai eu mon premier orgasme à 65 ans».

Jacqueline Juin, ancienne journaliste de la RTB. ©Sybille Cornet

Mohamed El Khatib réalise en direct et on ne sait jamais vraiment ce qui est répété ou spontané. Il faut dire que le spectacle doit être pensé avec souplesse lorsque le casting a entre 76 et 91 ans, même si apparemment la mort n’est pas une bonne excuse pour quitter la scène.

Non à l’infantilisation de nos personnes âgées

Aux discours savoureux, pétillants d’idées nouvelles – au hasard, Annie, qui constate qu’il n’y a pas de différences entre ses pulsions et ses envies à 20 ans et à 82 ans – ajoute la qualité d’un jeu, solide, celui de ces témoins vivants pas à tous prêts à mourir sur scène, malgré les défibrillateurs disponibles dans tous les coins.

mouette

Disons qu’il existe une échelle de 1 à 10 en matière de sexualité. Un est vraiment mauvais, et 10 est presque une chose spirituelle… La plupart d’entre nous n’ont pas beaucoup de 1 ou de 10, mais nous nous contentons de 5 à 6, si nous en avons. chance.

Tout converge (scénographie, lumières, vidéo) pour ne voir qu’eux : Annie, Micheline, Chille, Martine, Jean-Pierre, Jacqueline, Jean Paul et Yasmine. Pour être sûr aussi de ne pas les exploiter ou pire, de les faire parler pour nous faire rire. Même si on rit, parce que c’est caustique, libérateur, apostrophant. Leurs paroles ne sont pas un discours, même si leurs propos deviennent politiques lorsqu’ils nous interrogent sur ce que nous devrions (offrir) à nos personnes âgées. Mais surtout ils sont très eux. Et ils sont nous, nous sommes eux. La Salle Nationale se lève, elle ne peut pas faire autrement.

⇒« La vie secrète des vieux », au Théâtre National, à Bruxelles, jusqu’au 31 mai. Puis en tournée à travers la France, du 4 au 19 juillet, à Avignon, et plus près de chez nous, du 14 au 16 janvier 2025 à Arras. Info: https://www.theatrenational.be

 
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